Depuis mars 2020, les lecteurs peuvent se procurer des livres en anglais sur leslibraires.ca, tout en continuant de soutenir leur librairie locale. Pour marquer cette intégration (rendue possible grâce au soutien du ministère du Patrimoine canadien et de la Société de développement des entreprises culturelles et avec la collaboration BookNet Canada), nous vous dressons un panorama de ce qu’il y a de meilleur à découvrir du côté des auteurs anglophones de chez nous. Si on ne vous parle pas de Margaret Atwood, Mordecai Richler, Yann Martel ou encore Alice Munro, c’est que leur place comme incontournable n’a plus à être réclamée.

Afin de s’assurer que votre curiosité sera suffisamment titillée, on a demandé à Lori Saint-Martin, Mélissa Verreault, Jeannot Clair, Christophe Bernard et Madeleine Stratford de partager avec nous un coup de cœur : ils présentent ainsi chacun une œuvre, qu’ils vous détaillent avec profondeur et passion.

Avec ce dossier, nous vous prouvons que les talents anglophones méritent d’outrepasser les frontières pour trouver refuge dans votre bibliothèque. Allez, partez pour de grandes découvertes!

Illustrations : © Emilie Morneau

Dans ce dossier

Où les écrivains anglo-montréalais se tiennent (quand on n’est pas en confinement)

Pour beaucoup dont la langue maternelle ou la plus courante des langues secondes est l’anglais, Montréal est une ville de jeunesse éphémère. Les étudiants arrivent du reste du Canada (on dit ROC en anglais) ou des États-Unis pour fréquenter l’université — Concordia s’ils sont canadiens, McGill s’ils sont américains. Ils vivent parmi leurs amis dans le Mile-End, flânent quelques années après avoir obtenu leur baccalauréat ou leur maîtrise, vénèrent Leonard Cohen, font quelques blagues sur Céline Dion, écrivent leur roman montréalais (cataloguant les hivers à moins quarante, les pichets cheap, leurs années maigres de chômage ou d’emplois précaires parce qu’ils ne parlent pas français, la visite requise dans un resto de viande fumée), sortent vaguement avec quelqu’un qui a déjà eu une gig en première partie d’Arcade Fire, et finalement rentrent à la maison.

Miriam Toews : Pleurer aux éclats

Comme championnes de la résilience, on ne trouve pas mieux que les héroïnes de Miriam Toews. Les narratrices de ses romans tiennent le coup, malgré les règles aliénantes de leur communauté mennonite; elles survivent à des tragédies intimes, à des amours compliquées et à leurs autres « pauvres petits chagrins » (titre de son avant-dernier livre en français), qui sont, en réalité, immenses et déchirants. La tendresse, l’autodérision, un sens de l’humour à toute épreuve et une conscience aiguë de l’absurdité de toute chose : ces armes ne sont pas de trop dans la lutte de tous les instants que mènent les personnages de Miriam Toews. Malgré la triste histoire familiale qu’ils racontent, ses livres débordent de vitalité et de joie. Elle vous fait rire, elle vous brise le cœur, elle vous donne envie d’être son amie.

Kaie Kellough : Le nouvelliste qui étonne

Il y a dans la vie des carrefours où les destins se croisent, se nouent ou se détachent à tout jamais. En février dernier, au Salon du livre de l’Outaouais, Renaud Roussel me dit que les éditions du Boréal viennent d’acquérir les droits de traduction d’un recueil de Kaie Kellough fraîchement paru chez Véhicule Press. Je m’en réjouis : ça me fait toujours plaisir d’apprendre qu’une autrice ou un auteur d’ici paraîtra pour la première fois en français. La semaine suivante, Renaud m’envoie le fichier PDF : « J’aimerais te proposer de le traduire. » Dominoes at the Crossroads entre alors dans ma vie pour y rester dans les prochains mois. Voici l’histoire d’une rencontre avec un livre.

Jordan Tannahill : Quand de l’ambiguïté naît la magie

J’ai rencontré Jordan Tannahill en juin 2017, tandis que je participais au Banff International Literary Translation Centre. À cette occasion, lui et moi avons échangé quelques mots polis, sans plus. Sept mois plus tard, en écoutant la chronique de Monique Polak à Plus on est de fous, plus on lit!, j’ai appris que venait de sortir le premier roman de Jordan, Liminal, aux éditions House of Anansi. Curieuse, j’ai commandé le livre, que j’ai ensuite dévoré en deux jours. J’étais tout simplement incapable de le refermer.

Drawn & Quarterly : La librairie vivante d’un quartier bouillonnant

Fondée en 2007, la Librairie Drawn & Quarterly de la rue Bernard, à Montréal, est aussi liée au quartier du Mile-End que les fameux bagels qui attirent des fidèles des quatre coins du monde. Même si les touristes se sont faits plus rares cette année, l’endroit a su résister aux turbulences que l’on sait grâce à sa relation toute spéciale avec sa clientèle. Incursion dans le quartier général du Mile-End littéraire.
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