Bilan essai 2012: Nourrir l’esprit

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Prendre la plume comme une arme. En cette ère de revendications, voilà le chemin emprunté par plusieurs pour faire entendre leurs idées, pour nourrir la conscience collective, pour rendre compréhensibles des enjeux cruciaux. Faste cuvée de brillants essais, en 2012, dont la sélection suivante est loin d’être exhaustive.

« Quand l’appétit va, tout va », dit-on?
Dorénavant une plaque tournante de l’industrie minière mondiale, le Canada creuse ses sols afin d’en tirer certes des minerais, mais principalement des pécunes supplémentaires. Paradis judiciaire et fiscal, notre contrée fait le bonheur de bien des étrangers… mais pas celui de l’auteur Alain Deneault, qui, dans Paradis sous terre(Écosociété), dévoile l’aberration de cette exploitation et nous enjoint d’ouvrir les yeux sur la catastrophe qui se trame. Écrit pour les néophytes du sujet, le tout est vulgarisé avec soin et étayé de sources riches. Avoir toujours faim, du reste, n’est pas nécessairement gage de bonne santé…

Avaler la pilule
Critiquer le système public de santé sans y avoir mis les pieds est une chose; critiquer constructivement ses failles, tout en connaissant ses rouages comme le fond de sa poche, en voilà une autre. Le Dr Alain Vadeboncoeur offre, dans une argumentation détaillée, vulgarisée, honnête et sans faille, Privé de soins(Lux), son plaidoyer pour le système de santé public, pamphlet mettant à mal le système privé qui s’installe, sournoisement mais sûrement. Œuvre utile s’il en est une, ce petit ouvrage répond enfin aux de ceux et celles qui font de l’accès au système de santé une priorité.

Loin des fourneaux
Que ce soit Nancy Huston et sa réflexion sur le regard masculin détaillant le corps de la femme dans Reflets dans un œil d’homme (Leméac/Actes Sud); ou Lise Payette et ses valeurs de justice sociale, de liberté, de souveraineté et d’accès à l’éducation dans ses chroniques du Devoir rassemblées dans Le mal du pays (Lux); ou encore Françoise David qui dresse la genèse de ce en quoi elle croit et de sa vision sociale dans la biographie De colère et d’espoir(Écosociété), ces militantes furent, en 2012, de ces illustres femmes qui ont permis de nous faire grandir dans le giron d’une société à la fois consciente et conscientisée.  

Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es
Résumer en moins de cent pages les lacunes de nos comportements sociaux et économiques est une gageure. Et le faire de façon décapante, accessible et étayée est un tour de force. La juste part,de David Robichaud et Patrick Turmel (Atelier 10), hachure nos comportements sociaux et économiques, démontrant l’injustice sociale et l’iniquité qui affligent la société québécoise.

D’autres essentiels:
Une histoire populaire de l’humanité, Chris Harman, Boréal,
Les taupes frénétiques, Jean-Jacques Pelletier, Hurtubise
Allers simples, Frédérick Lavoie, La Peuplade
Vigneault. Un pays intérieur, Pierre Maisonneuve, Novalis
Pierre Laporte, Jean-Charles Panneton, Septentrion

 

TOP 3 – ESSAI
Par la libraire Pantoute, de Québec

Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments
Jean-François Lisée, Stanké, 150p., 22.95$
L’essai coup-de-poing de l’année, un pamphlet qui a dominé l’actualité des derniers mois par un auteur qui aime bien sauter dans le ring pour défendre ses idées. Pas sûr, toutefois, que l’ouvrage vieillira bien : la droite est loin d’être déboulonnée. Jean-François « Rocky » Lisée, maintenant au pouvoir, s’attelle à prouver que la gauche peut être efficace.

C’était au temps des mammouths laineux
S
erge Bouchard, Boréal, 232 p., 24,95$
Fabuleux recueil promis à une longue postérité, ce florilège de vingt-cinq essais est rédigé d’une prose vibrante, évocatrice, par un anthropologue, à la fois gars de truck et gars de bois, mammouth lui-même, « lourd et lent, éteint depuis longtemps ». Des récits d’indignation, de nostalgie, de souvenirs de ruelles, de chemins de Chibougamau, d’une visite enchanteresse du Facebook de Montaigne. Une œuvre majestueuse, comme la race des mammouths.

Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois
Mathieu Bock-Côté, Boréal, 184 p., 22,50$
Défenseur d’un nationalisme à tradition conservatrice, Mathieu Bock-Côté ne veut ni appartenir à la race des mammouths ni voir son Québec s’éteindre. Le multiculturalisme désagrège la société québécoise, le souverainisme est un échec; Bock-Côté veut penser le Québec autrement et propose un retour à une tradition nationale. Un discours pertinent et plein de fougue, une pensée de droite qui tente de s’articuler face à une gauche alerte.

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