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Littérature étrangère

Les libraires - Numéro 102
Rentrée 2017 : Littérature étrangère

Rentrée 2017 : Littérature étrangère

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 28/08/2017

À surveiller

Le déjeuner des barricades
Pauline Dreyfus (Grasset)

On lira avec une agréable délectation Le déjeuner des barricades : un grand hôtel chic en pleine révolution de Mai 68, alors que l’établissement huppé, occupé par le personnel, reçoit l’important jury d’un prix littéraire qui doit couronner un jeune prodige de 22 ans. Le tragique politique côtoie ici la frivolité de la richesse dans un roman éblouissant. Une « révolution en queue-de-pie » des plus épatantes. 

 

Cette chose étrange en moi
Orhan Pamuk (Gallimard)
Dans cet hymne à la ville d’Istanbul, le nobélisé plonge dans quatre décennies de la vie d’un homme qui cumule les petits boulots, cherchant à atteindre le bonheur. Ce sont 700 pages d’une épopée moderne s’étalant de 1969 à 2012. La chose étrange, à laquelle réfère le titre, c’est ce petit quelque chose qui fait du protagoniste un être unique, différent des autres et pour qui, finalement, la vie prendra une nouvelle tournure…

 

L’avancée de la nuit
Jakuta Alikavazovic (L’Olivier)
Déjà sur la liste de certains prix, ce roman – qu’on dit incandescent – parle d’amour et de liberté. Un gardien dans un hôtel tombe follement amoureux d’une mystérieuse cliente. Une nuit. Une passion dévorante. Puis elle disparaît. Il faudra attendre ensuite dix ans pour que les amants soient réunis, pour que le voile de mystère entourant Amélia et sa mère disparue soit levé. Ce roman, c’est un détour obligé.

 

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon (Acte Sud)
Lola Lafon (La petite communiste qui ne souriait jamais) revient en force en plaçant en son cœur l’affaire du kidnapping, en 1974, de Patricia Hearst, petite-fille du magnat de la presse William Randolph Hearst, qui avait finalement épousé la cause du groupe révolutionnaire. Lafon nous entraîne dans une audacieuse narration au « vous », alors qu’une Américaine est chargée – assistée de deux Françaises – de fouiller cet épisode historique sans se laisser berner par le traitement médiatique qui en fut fait à l’époque. Une relecture impressionnante. 

 

Leçons de grec
Han Kang (Serpent à plumes)
Des personnages blessés dans leur jeunesse sont au centre de ce roman tout en grâce, qui fait place à la reconstruction de soi. C’est l’histoire d’une muette qui a peur des mots, au secours d’un aveugle qui lui apprendra le grec. Par l’auteure de La végétarienne, qui a remporté pour ce titre le Man Booker Prize.

 

 

Ces romans qu’on surveillera de très près
Chaque rentrée a ses grands noms, qui résonnent comme des coups de tonnerre aux oreilles des amoureux des livres. Ainsi, on parle du retour d’Amélie Nothomb, réglée comme une horloge suisse chaque année, avec Frappe-toi le cœur (Albin Michel). C’est également l’arrivée de Timothée de Fombelle dans les étagères pour adultes : l’auteur de Tobie Lolness présente effectivement Neverland (L’Iconoclaste), une aventure empreinte de souvenirs où on voyage au pays perdu de l’enfance que l’on porte tous en tous. Le grand Alan Moore, connu pour avoir notamment signé la BD V for Vendetta, nous offre cet automne Jerusalem (Inculte éditions), un roman monumental pour l’auteur qui, grâce à de très nombreux personnages issus d’une humanité déchue, nous entraîne dans les bas-fonds d’une ville où le passé, les pensées et les gestes restent marqués à jamais, pouvant être perçus de tous. Dans Made in China (Minuit), Jean-Philippe Toussaint nous entraîne à travers près de vingt ans de voyage en Chine, nous faisant découvrir cette riche amitié qu’il partage avec Chen Tong, un Chinois passionnant qui cumule les métiers (éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts). Attention : un nouveau Jonathan Safran Foer (retenez vos cris de joie!) est également au menu cette rentrée, sous le titre Me voici (L'Olivier). C’est dans notre prochaine édition qu’on vous en dévoilera plus sur la nature de ce livre! Cette année, Laurent Gaudé nous propose de plonger avec lui en poésie plutôt qu’en aventure romanesque, avec De sang et de lumière (Actes Sud/Leméac) : des poèmes engagés et vifs contre le sort réservé aux opprimés, inspirés de ses voyages. On surveillera également le nouveau Marie Darrieussecq, Notre vie dans les forêts (P.O.L.), qui s’inscrit dans la lignée des romans de dystopies politiques et sociales : elle livre une histoire de trafic d’organes, de clones, de gérontocratie et de totalitarisme à la 1984. Et finalement, on se penchera avec attention sur l’écriture modeste et réaliste de Marie-Hélène Lafon dans Nos vies (Buchet-Chastel), un roman qui plonge le lecteur dans la ville et ses solitudes, dans 

ces existences que tout un chacun mène, parallèlement.

À lire aussi
Dans l’épaisseur de la chair, Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)
La chambre des époux, Eric Reinhardt (Gallimard)
Là où le cœur attend, Frédéric Boyer (P.O.L.)
Trois jours chez ma tante, Yves Ravey (De Minuit)
Tout est brisé, William Boyle (Denoël)
Les histoires de Franz Martin Winckler (P.O.L.)
Un certain M. Piekielny, François-Henri Desarable (Gallimard)
La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)

Les premiers romans de la rentrée
Ils sont nombreux, les premiers romans de cette rentrée. Près de 20 % de la production française, en fait! Du lot, on notera d’abord le roman, en forme de conte initiatique, de Jean-Baptiste Andrea, intitulé Ma reine (L’Iconoclaste). À l’été 1965, le jeune Shell fera la rencontre bouleversante de cette « reine » qui joue dans l’enfance avec adresse alors que lui est tiraillé entre savourer le moment avec elle ou plonger dans le monde adulte. Chez Grasset, on s’attarde à Emmanuel Brault et Les peaux rouges qui nous plonge également dans un récit en forme de fable, écrit dans un souffle continu qui nous happe immédiatement. L’histoire est celle d’un homme simple et raciste, que la société entreprend de rééduquer. Oui, outch… Du côté d’Actes Sud, Imago fascine déjà par sa couverture, encore plus par son histoire : Cyril Dion écrit un roman politique, l’histoire d’un Palestinien de 30 ans à la poursuite de son frère enrôlé dans les forces du djihad. Qualifié de « river-trip normand » et de « malicieux », Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet (Finitude) raconte l’extravagante enquête d’un jeune homme, fasciné par cette pluie d’oiseaux morts dans son village natal, qui se produit étrangement dans l’indifférence totale. Chez Zulma, on se laisse dépayser avec le poète haïtien James Noël dans Belle merveille. Il raconte, de plusieurs voix colorées, l’histoire vivifiante d’un tremblement de terre qui a dévasté un pays, puis un tremblement de cœur, lorsque le protagoniste rencontre une Italienne bénévole pour une ONG, prétexte pour aborder les absurdités de l’aide internationale. Et finalement, les amateurs de soccer devront faire un détour vers Surface de réparation avec Olivier El Khoury, chez Noir sur Blanc. L’histoire d’un garçon arabe, au moment où son peuple n’a pas la cote en France, fan d’une équipe que personne n’aime (celle de Bruges), qui cherche sa place dans la société, tente de se construire en tant qu’adulte au gré de situations parfois cocasses, parfois qui suscitent le malaise! Et finalement, il ne faudrait pas passer à côté de Viet Thanh Nguyen et Le sympathisant (Belfond). Il a été lauréat du prix Pulitzer 2016, du prix Edgar du meilleur premier roman 2016 et finaliste du PEN/Faulkner : rien de moins. C’est à la fois une restitution historique et une oeuvre politiquement engagée que l’auteur nous présente avec l’histoire d’un général vietnamien, agent double au service des communistes, qui voyage de Saïgon à L.A., dans les années 80.

À lire aussi
Fief, David Lopez (Seuil)
Ces rêves qu’on piétine,
Sébastien Spitzer (L’Observatoire)
Ostwald,
 Thomas Flahaut (L’Olivier)
La tanche, Inge Schilperoord (Belfond)
Pour te perdre un peu moins, Marin Diwo (Plon)

Ces romans qui font du bien
Pour des heures de lecture paisibles, on s’attardera au roman de Claudie Gallay, La beauté des jours (Actes Sud), qui nous plonge dans la magie libératrice de l’art et de l’imprévu, alors que la protagoniste possède un bonheur tranquille qu’elle mettra en jeu. On rira – jaune et noir, par contre – avec Trevor Cole dans L’Eugénie pratique (Flammarion Québec), alors que la bienveillante Eugénie décide d’éviter une agonie longue et difficile aux amies de sa mère en leur offrant une mort parfaite… Le hic : son père et ses frères travaillent au poste de police.

Quand la littérature fait écho à l’art
Il est slameur, chroniqueur, poète, écrivain, bref, Julien Delmaire maîtrise la langue. Dans Minuit, Montmartre (Grasset), il nous entraîne dans les bas-fonds de Paris, là où les gens vivent de peu de sous, mais de créativité, là où le peintre Steinlen, qui a fait la célèbre affiche « La tournée du Chat noir », rencontre Masseïda, une femme noire dont tous s’amourachent. L’écriture sensuelle de Delmaire sert à merveille ce roman d’atmosphère, d’époque, d’amour. Avec Olivia Elkaim (Je suis Jeanne Hébuterne, Stock), on plonge dans Montparnasse, cette fois aux côtés de la dernière flamme de Modigliani, laquelle il immortalisera dans plusieurs toiles. Toujours chez Stock, deux autres livres font référence à l’art : Le petite danseuse de quatorze ans, de Camille Laurens qui, dans une enquête personnelle, retrace le parcours de la danseuse de Degas immortalisée en bronze, ainsi que Gabriële, puissant roman signé par les sœurs Anne et Claire Berest sur leur grand-mère, la femme mariée au célèbre peintre Francis Picabia et amante de Marcel Duchamp. Dans cette enquête, on touche au début de l’abstraction en peinture, au désir de déconstruction de l’art ancien. Dans un esprit ludique et pointu, comme nous le propose souvent les éditions de Minuit, Julia Deck offre Sigma, un roman qui dépeint une organisation dont le but est de lutter contre les œuvres indésirables. Le tout s’annonce délectable!

À lire aussi
Le mystère Jérôme Bosch, Peter Dempf (Cherche midi)

Histoires familiales
Plusieurs histoires de lignée familiale forment cette rentrée 2017. Tout d’abord, une histoire de malédiction au Seuil : L’empereur à pied de Charif Majdalani, où, depuis des générations, une famille libanaise est gouvernée par le sermon fait par leur premier descendant proclamant que chaque fils aîné doit hériter de la terre alors que ses frères seront à son service sans pouvoir avoir d’enfants. Mais qu’arrive-t-il si l’un d’eux décide de briser la tradition? Dans un roman plus personnel cette fois, toujours au Seuil, c’est le retour de Patrick Deville avec Taba-Taba : une histoire qui lui a été inspirée par l’ensemble de ses archives familiales. Dans ce roman-vérité, on voyage de 1870 à aujourd’hui, de l’Égypte à la guerre des tranchées jusqu’aux attentats de Charlie Hebdo. Alice Ferney, quant à elle, nous entraîne dans une famille catholique, les Bourgeois, de la Première Guerre à nos jours. Leur histoire donne le prétexte à l’écrivaine pour brosser un siècle d’événements qui ont marqué la France, puisqu’ils sont dans l’armée ou la marine, médecin ou avocats. À lire dans Les Bourgeois (Actes Sud). L’identité et la construction de soi au-delà de notre héritage familial sont les thèmes au centre du court et déroutant roman Je m’appelle Lucy Barton d’Elizabeth Strout (Fayard). Alors que l’héroïne, une écrivaine, est confinée à un lit d’hôpital, sa mère, avec qui elle a coupé les ponts depuis longtemps, vient à son chevet. Les discussions feront ressortir le bon comme le pire d’un passé qu’elle croyait avoir enterré. Dans Souvenirs de la marée basse (Seuil), Chantal Thomas ouvre la porte d’un court récit intime où une mère exprime son désir de liberté par la nage.

À lire aussi
Toutes les familles heureuses, Hervé Le Tellier (JC Lattès)
Sciences de la vie, Joy Sorman (Seuil)
La maison des Turner, Angela Flournoy (Les Escales)
Mon père, ma mère et Sheila, Eric Romand (Stock)

Pour les amateurs de nature
Paul-Bernard Moracchini
 nous entraîne dans l’errance d’un homme qui a décidé de vivre seul avec son chien dans les bois et vivant de chasse, afin de connecter avec son animalité profonde. Mais tranquillement, la réalité devient trouble, dans La fuite (Buchet-Chastel). Chez Gallmeister, on s’arrête sur Une histoire des loups d’Emily Fridlund qui, dans une atmosphère étrange, transporte le lecteur dans la vie d’une adolescente solitaire qui vit au bord d’un lac et des bois, dans le Minnesota. À travers ses nombreuses promenades en nature, elle rencontrera un nouveau voisin, un jeune garçon qu’elle devra garder. Mais ce qu’ils vivront la hantera jusqu’à l’âge adulte. De la forêt, on passe à la mer dans La nuit, la mer n’est qu’un bruit (Andrew Miller, Piranha), là où une femme décide d’écouter cet insistant appel du large pour surmonter la douleur qu’elle ne peut vaincre au sein de son couple, meurtri par une tragédie. Pour sa part, le narrateur d’Un bruit de balançoire (L’Iconoclaste)est isolé dans une cabane au fond des bois, d’où il écrit des lettres, à des gens ou des objets. Bien entendu, puisque c’est signé Christian Bobin, les réflexions sont un baume sur le cœur. Dans Sweetland (Leméac), Michael Crummey s’interroge sur les valeurs humaines grâce à l’histoire de la population d’une petite île au large de Terre-Neuve, sommée de quitter les lieux par le gouvernement. Un homme – descendant des fondateurs suédois de l’île – s’y oppose. Malgré lui, il se verra contraint d’y habiter seul, sans ressources et face aux intempéries, le tout sans perdre la raison.

À lire aussi
Par le vent pleuré, Ron Rash (Seuil)

Les blessures et leurs cicatrices
William Boyle propose une incursion à Brooklyn, dans la vie d’Erica, qui prend soin de son père, tyrannique, alors que son fils parti depuis longtemps revient, dans un état lamentable. C’est à lire dans Tout est brisé (Gallmeister). C’est également sur une blessure que pose son histoire Sophie Lemb, avec Leur séparation (Allary éditions), alors qu’une femme revient, trente ans plus tard, sur la séparation de ses parents. Un récit intime, qui tente de cerner la difficulté cicatricielle de cet événement. Du côté de l’éditeur Pleine Lune, c’est avec Palawan de Caroline Vu qu’on accompagne des boat people en provenance du Vietnam, en 1979, qui feront un arrêt aux Philippines et voyageront jusqu’en Amérique. Des années plus tard, on y suit Kim, qui, si elle a toujours menti sur sa vie d’avant son adoption en Amérique, souhaitera maintenant fouiller les traces de son passé, munie du profond désir de retrouver sa mère et ses sœurs. Ce premier roman de l’auteure – le second à être traduit – a remporté le prix Fred Kerner. 

À lire aussi
Fergus, année sauvage, Jaunay Clan (Les Allusifs)

Les grandes voix littéraires du monde
Voyager par les livres, c’est cliché, mais c’est un réel plaisir! Kei Miller propose une vibrante histoire de résistance en Jamaïque dans By the Rivers of Babylon (Zulma). En 1982, quand le jeune Kaia rentre de l’école sans ses dreads, coupés par son professeur, l’heure de la révolte sonne au sein du peuple qui réagit à ce geste sacrilège. La grand-mère du petit amorce alors le récit de sa jeunesse, alors qu’elle a vu l’ascension de l’homme à la source du mouvement rastafari. Dans la collection « Fictions du Nord » de La Peuplade, on voyage au Groenland aux côtés de cinq jeunes – autant de voix distinctes – dans Homo sapienne de Niviaq Korneliussen, une auteure queer à surveiller sans plus attendre. On y parle d’identité, de sentiments, de sexualité et de chamboulements chez une jeunesse qui croît dans un lieu où les tabous ne font que commencer à tomber. Ali Zamir, le jeune auteur d’Anguille sous roche, nous ramène quant à lui dans son archipel des Comores, cette fois avec Mon étincelle (Le Tripode) et des histoires d’amour, qui prennent leur ampleur grâce à son talent de conteur atypique. Pour visiter l’Inde, on se joindra à Meena Kandasamy dans La colère de Kurathi Amman (Plon), qui offre un récit polyphonique sur une grande tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans et qui a façonné l’Inde moderne. Toutes les castes ont droit à la parole dans ce roman où l’auteure joue avec le lecteur pour mieux rendre la force des événements. Selon The Independant, c’est « bouleversant ». Alice Zeniter, auteure et metteuse en scène de 30 ans, revient pour sa part avec un grand roman sur l’Algérie et la famille : L’art de perdre, qui, grâce à sa protagoniste qui devra remonter ses origines pour rencontrer son passé, nous expose une fresque familiale se déployant sur près d’un siècle, à travers traditions, intégrations, attentats. Et parce qu’il n’y a pas que des polars qui viennent des pays scandinaves, les fans de Karl Ove Knausgaard et son aventure à mi-chemin entre le roman et le journal intime seront ravis d’apprendre que le quatrième volet de sa série « Mon combat » paraît en septembre sous le titre Aux confins du monde (Denoël). On tombe alors à l’époque des 18 ans de l’auteur, alors qu’il habite une ville de pêcheurs – avec les longues nuits polaires que cela implique – et y est enseignant. L’alcool s’installe alors, de même que de troubles sentiments envers l’une de ses étudiantes. Dans Ceci n’est pas un paradis (Mémoire d’encrier), de May Telmissany, on découvre une Égypte en mouvement qui se place en toile de fond d’un récit intimiste.

À lire aussi
La sélection, Aravind Adiga (Buchet-Chastel)
Bakhita, Véronique Olmi (Albin Michel)
Poèmes et chansons, Felwine Sarr (Mémoire d’encrier)

Ces romans aux allures de fables
Kamel Daoud
qui nous avait ravis avec Meursault, contre-enquête revient avec Zabor (Actes Sud), un roman célébrant l’imaginaire et mettant en son centre un enfant qui croit avoir un don : il peut repousser la mort des gens à qui il fait une place dans ses cahiers d’écriture. Mais ce roman de Daoud, c’est surtout un hommage à la langue française! Du côté de P.O.L., c’est dans une fable écologique complètement déjantée que nous convie Joël Baqué avec La fonte des glaces, l’histoire de Louis qui, de retraité taciturne, deviendra icône de la cause écologique et se retrouvera notamment sur un iceberg géant au frais – la contradiction de Baqué est judicieusement choisie – d’un fabricant de boissons à base de glace polaire fondue. Avec Miguel Bonnefoy, on délaisse l’écologie au profit de la philosophie avec Sucre noir (Rivages), qui réécrit la légende d’un célèbre corsaire, de ses amours et de ses richesses, le tout à la manière du réalisme magique sud-américain.

À lire aussi
Sangliers, Aurélien Delsaux (Albin Michel)
La gloire des maudits, Nicolas d’Estienne d’Orves (Albin Michel)

Les femmes de la rentrée
Elles sont nombreuses à attirer notre attention. Il y a d’abord Léonor de Récondo, avec son Point cardinal (Sabine Wespieser) où elle plonge avec sensibilité et adresse dans l’univers d’un homme qui devient femme, d’un homme qui, tout simplement, a choisi d’être lui-même. Avec Anna Hope et La salle de bal (Gallimard), on entre dans un hôpital psychiatrique à l’hiver 1911. Inspiré d’un fait historique, ce roman parle de valse, de médecine et d’amour. C’est aussi le retour d’Audður Ava Ólafsdóttir, avec Ör (Zulma), et de Lydie Salvayre avec un livre politique et idéologique, dont le titre était encore inconnu au moment de partir sous presse. Monica Sabolo revient en forme avec Summer, l’histoire fantomatique de la disparition d’une adolescente, narrée par son frère, brisé par la tragédie. Et finalement, c’est une femme jusqu’alors tenue loin des écrits et des fictions de son fils que nous découvrirons dans le tout nouveau roman d’Alexandre Jardin : Ma mère avait raison (Grasset). L’auteur de L’île des gauchers y dresse un portrait bien ficelé de sa mère et de ses histoires — réelles — encore plus extraordinaires que celles que son fils a pu inventer dans tous ses romans. Une mère qui conserve notamment sur son bureau le crâne d’un ancien amant qui se serait tué pour elle, une mère aimante et de bons conseils, une mère drôle qui, bien entendu, en a fait voir à plusieurs de toutes les couleurs. La langue de Jardin y est ici souple et humoristique : du vrai bonheur.

À lire aussi
Les vacances, Julie Wolkenstein (P.O.L.)
L’été infini, Madame Nilsen (Noir sur blanc)
L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard, Isabelle Duquesnoy (La Martinière)

Pour les lecteurs audacieux
Avec Eric Chevillard, un lecteur ne s’ennuie jamais. Cette fois, l’auteur publie chez Noir sur Blanc un ouvrage qui remet en cause l’institutionnalisation de la littérature sous le titre Défense de Prosper Brouillon. C’est un faux roman, égayé d’illustrations et formé de fragments d’ici et là, aussi caustique qu’audacieux. Au Serpent à plumes, deux titres attirent notre attention : L’enfant de l’œuf d’Amin Zaoui – auteur qualifié de « Sade en liberté à Alger » – avec cette histoire d’amour racontée par un chien; et Un moustique dans la ville, l’histoire d’un moustique aux yeux bleus qui cherche son assassin, signée Erlom Akhvlediani. Avec l’incroyable Michel Le Bris, on replonge dans l’histoire du film de King Kong dans Kong (Grasset), grâce à un pavé imposant, exaltant.

À lire aussi
Éléphant, Martin Suter (Christian Bourgois)
La nature des choses, Charlotte Wood (Le Masque)
L’histoire de mes dents, Valeria Luiselli (L’Olivier)
Les buveurs de lumière,
Jenni Fagan (Métailié)

 



Découvrez également une entrevue avec Jaroslav Kalfar pour la parution de son roman Un astronaute en Bohême (Calmann-Lévy). 



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