Mot de remerciements de Simon Roy

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Ce lundi 11 mai, ils ont été couronnés du Prix des libraires 2015. Simon Roy l’a remporté pour Ma vie rouge Kubrick (Boréal) dans la catégorie Roman québécois tandis que Hugh Howey a gagné le prix dans la catégorie Roman hors Québec pour Silo (Actes Sud).

Voici le touchant discours de reconnaissance de Simon Roy.

 

 

Mot de remerciements de Simon Roy

Engrenages, parts de marché, Loi 51, pourcentage du prix de vente, redevances, répartition de la tarte, écosystème fragilisé aux équilibres subtils… La chaîne du livre est pour ma part bien davantage qu’un simple schéma économique. J’aimerais ici rendre hommage à des gens dévoués et sensibles qui entretiennent un rapport étroit avec le livre.

Je tiens à exprimer d’abord ma gratitude aux lecteurs qui ont accepté le pacte de lecture proposé, soit une plongée inquié- tante dans une architecture labyrinthique à l’intérieur de laquelle s’articulent les 52 courts chapitres constituant la mosaïque qu’est Ma vie rouge Kubrick.

Mais pour qu’il y ait des lecteurs, il faut bien diffuser les livres, les faire connaître. Et à ce propos, je tiens à dire toute ma reconnaissance aux libraires, particulièrement les indépendants, qui ont recommandé depuis septembre dernier Ma vie rouge Kubrick. Je suis pleinement conscient de tout ce que je dois aux libraires qui ont cru en ce livre. Ils sont des acteurs fondamentaux de l’industrie du livre : il faut prendre le temps de discuter avec ces professionnels éclairés, qui font leur travail avec une réelle passion, parce qu’ils sont eux-mêmes à la base des lecteurs assidus et allumés. Les libraires de métier sont une véritable mine de connaissances culturelles, autant de références précieuses qu’il faut travailler à préserver. Dans un contexte difficile comme celui que l’on vit, il faut espérer qu’ils ne ressortent pas trop amochés des zones de turbulence qu’ils traversent et des bouleversements qui secouent actuellement le marché du livre.

Merci aussi aux critiques et blogueurs qui ont sorti de l’ombre ce petit bouquin tout bleu à la maquette sobre, écrit par un inconnu de surcroît, au moment où il se fondait parmi toutes ces nouveautés qui engloutissaient leur pupitre à la fin de l’été dernier. Sans leur apport, Ma vie rouge Kubrick aurait probablement été relégué aux oubliettes depuis l’Action de Grâce. Mais ces critiques, comment auraient-ils entendu parler de ce livre si ce n’était de la formidable équipe de Dimedia? Merci à Serge, merci à Mathieu. Et j’adresse mes remerciements tout particuliers à mon attachée de presse, Gabrielle Cauchy. Grâce à toi, Gabrielle, Ma vie rouge Kubrick s’est retrouvé entre les mains de personnes de qualité qui, apparemment, ont exercé une belle influence sur le destin inespéré de ce livre.

Je tiens évidemment à ce que soit reconnu l’excellent travail effectué par les gens du Boréal. À Pascal Assathiany, merci beaucoup pour la confiance. Les Éditions du Boréal, c’est avant tout une exceptionnelle équipe, compétente et aguerrie! Diane, Francesca, Sandra, Renaud, Vanessa, merci pour votre accueil, votre professionnalisme et votre générosité. Je suis choyé de pouvoir côtoyer des gens d’une si grande valeur. Parmi eux, j’aimerais aussi souligner le tact et la rigueur tout à fait remarquables de Jean Bernier et de Robert Lévesque, qui ont flairé ce que ces fragments autour du Shining pouvaient devenir. C’est un réel honneur que d’avoir pu compter sur votre collaboration.

Ce soir, en remportant le Prix des Libraires, je reconnais ce que représente cette récompense et je me sens comblé de voir Ma vie rouge Kubrick rejoindre, dans la liste des lauréats passés, des œuvres que j’ai lues et dont j’ai pu admirer la force et l’impact saisissants. Juste de penser que ces cinq dernières années des récits comme L’orangeraieLa fiancée américaineArvidaLa constellation du Lynx et L’énigme du retour se soient vus décerner le Prix des libraires me donne un vertige presque extatique. Et, il faut le dire et le répéter, le Prix des libraires est un prix tout simplement épatant dans la mesure où il prolonge, du mois des morts au mois de Marie, la visibilité et la durée de vie commerciale des œuvres finalistes de quelques mois. Le milieu du livre a bien besoin de ce genre de coup de pouce promotionnel. Et comme, à mon avis, on ne parle jamais assez de livres, le concept est franchement génial.

Néanmoins, c’est dans un état ambivalent que je reçois ce prix. Des sentiments contradictoires m’empêchent de m’abandonner totalement à la félicité qui devrait normalement m’habiter à l’annonce heureuse de cette récompense. C’est certain que je me sens aspiré ce soir par un vent chaud tout à fait délicieux. Mais en même temps, j’ai le sentiment d’avoir échafaudé ce succès sur le sol sacré d’un cimetière pour moi trop familier. Mais bon… J’imagine que tous les auteurs vampirisent à divers degrés leur entourage.

Pour l’inspiration, j’ai aujourd’hui comme hier une pensée admirative pour Stanley Kubrick. Pas de Shining, pas de Ma vie rouge Kubrick. L’équation est aussi simple que la dette est claire. Humilité et respect pour le maître continuent donc de s’imposer.

Merci à Catherine pour ton soutien qui est, sache-le, très apprécié. Merci à Colin et Romane, mes magnifiques enfants. Vous illuminez constamment ma vie.

Mais plus que tout, je dédie ce Prix des Libraires à ma mère, Danielle. Merci pour tout, maman. Merci malgré tout. Je t’aime.

Et moi, eh bien je pense qu’il ne me reste plus qu’à continuer d’avancer obstinément vers la lumière. Apprendre à marcher avec mes cicatrices ouvertes. Je n’ai guère le choix : je dois laisser les rayons du soleil pleuvoir sur moi comme les versets d’un ciel irradiant d’un magnifique rouge Kubrick. Simon Roy

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