Jean Barbe : Comment devenir un monstre

221
En chacun de nous sommeille un personnage monstrueux, un être qui n'a rien à voir avec ces créatures imaginaires qui habitaient les placards de notre enfance : une bête horrible qui reste indissociable de soi.

C’est cette part d’ombre que Jean Barbe a cherché à révéler à travers son deuxième roman, Comment devenir un monstre : « J’ai voulu créer un personnage monstrueux avec lequel il est possible de s’identifier et révéler la part de monstruosité en nous », déclare-t-il. Ce monstre, c’est un homme comme les autres, qui se terre dans son mutisme. Il est dans l’attente de son procès. Face à lui, un avocat tente de le cerner et de découvrir les circonstances entourant les crimes qu’il a commis. S’amorce alors une réflexion sur la condition humaine et la folie des hommes, dans un pays qui se remet péniblement d’une guerre fratricide. Parallèlement, Barbe a voulu avec son œuvre proposer une réflexion autour de ce qu’il considère comme « notre ambiguïté face à la violence » et « notre incroyable capacité à vouloir des réponses simples à des questions complexes ». Puisant à même l’actualité, l’auteur s’est inspiré de l’histoire d’un milicien qui a égorgé un bébé. Jean Barbe a saisi cette occasion pour se questionner sur l’itinéraire suivi par un individu pour qu’il en arrive à commettre des actes d’une telle barbarie : « J’ai pensé aux nazis amateurs de musique, connaisseurs des grands peintres. La culture n’est le gage de rien. J’ai fait du monstre un cuisinier, un amateur de bonne chère. J’ai voulu mon monstre normal, semblable à nous tous jusqu’à ce que les circonstances changent. » De façon sarcastique, le romancier souligne que « pour la guerre, [l’homme] se trouve du talent. On admire le talent. On valorise le talent. Le monstre était normal tant qu’il était banal. Il ne devient monstrueux que lorsqu’il devient excellent. Une société qui prône l’excellence est une société monstrueuse », de conclure Jean Barbe. Empruntant à différents genres littéraires, Comment devenir un monstre se donne des airs de quête philosophique, mais également d’enquête policière. L’œuvre dérange aussi par sa lucidité.

Publicité