Germaine Dionne : Tequila Bang Bang

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Germaine Dionne a fait son entrée en littérature avec un Le Fils de Jimi (Boréal, 2002), court roman dans lequel elle racontait l'amour d'une jeune hippie pour son bébé, conçu une nuit de débauche où le LSD se mêlait gaiement avec la guitare de Hendrix. L'auteure y dépeignait la détresse amoureuse de Nastassia, qui multiplie les amants, et sa dépendance affective envers son fils. Dans Tequila Bang Bang, l'auteure décrit une relation plus conflictuelle : Emma et Madeleine, sa mère, traînent chacune un lourd passé qu'elles ne sont, pas plus l'une que l'autre, prêtes à effacer.

Comme des vases communicants, les deux livres de Germaine Dionne se répondent : « J’ai le sentiment d’avoir écrit, avec ce deuxième roman, l’envers du premier. Sinon, pourquoi serais-je passée d’une histoire d’amour symbiotique entre une mère et un fils à une histoire de haine entre une mère et sa fille ? Il y a là opposition, comme si j’avais écrit mon deuxième roman contre le premier », souligne l’écrivaine. Entre les deux récits, notons donc la récurrence de thèmes plutôt durs (angoisse, alcoolisme, toxicomanie, violence) et le décor, très « québécois », un village où tout le monde se connaît. Installée en Bretagne depuis plusieurs années, Dionne avoue que son« attirance pour le roman familial, qui s’inscrit cette fois dans un milieu rural, est directement liée à [son]  » exil  » .» Emma ne voit pas d’un bon œil que sa mère, une « vieille peau » qu’elle accuse d’avoir fait fuir son père, las des infidélités de son épouse, vienne troubler son univers, dont l’équilibre reste fragile : « La détresse d’un jeune adulte a quelque chose de romantique par rapport à celle d’un adulte vieillissant, explique l’auteure. À 20 ans, on ne craint pas d’exacerber son spleen  » en se la pétant « , alors qu’à 50 ans, on boit pour l’oublier. Je peux me tromper, mais il me semble que la détresse chez les adultes se manifeste davantage par le cynisme que par la violence des sentiments. Et le cynisme est pour moi une forme de résignation, de démission. » Cette idée, Dionne l’a bien figurée : accoudée au zinc du Viking, Emma se noie dans la tequila. Autour d’elle, une faune bigarrée s’ébroue, tente de l’empêcher de sombrer, l’incite à regarder vers l’avant. Tour à tour, Manon, la copine d’enfance, Georges, le séducteur, Nono, le proprio du dépanneur et Thierry, le tenancier français, livreront leur vision du drame qui se joue dans la tête d’Emma, dans laquelle l’image de Madeleine se superpose à celle d’un amour de jeunesse malheureux. Réussira-t-elle à faire table rase de son passé ? Oui. Mais de manière plutôt spéciale. La réponse dans Tequila Bang Bang, qui se goûte comme le nom de l’alcool qu’il porte : avec audace et fureur.

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