Trois guerres de Troie

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Grand nombre de lecteurs ambitieux ont pris la décision, un jour où un élan de motivation particulièrement puissant les tenaillait, de lire l’une des épopées les plus reconnues de la littérature mondiale, soit L’Iliade d’Homère. Un nombre plus restreint d’entre eux peuvent se vanter d’avoir terrassé la lecture de cette épopée. En effet, malgré l’universalité des thèmes qui y sont abordés, les habitudes de lecture contemporaines divergent légèrement de celles de nos ancêtres gréco-latins. Afin de permettre à tous de découvrir – ou de redécouvrir – L’Iliade d’Homère, je vous en propose trois réécritures qui relatent de manière différente les dernières années du siège de Troie. Personne n’aura envie d’abandonner sa lecture au (tristement) célèbre Catalogue des navires du chant II, promis!

Note au lecteur : Attention! Le texte qui suit comporte des éléments de l’intrigue de L’Iliade d’Homère. (Je vous ferai toutefois remarquer que l’œuvre a été écrite il y a près de 3000 ans, donc il est plus que temps de vous mettre à jour!)

D’Homère à Baricco
Avant de réécrire L’Iliade en 2004, Baricco avait un but bien précis en tête : lire le texte d’Homère devant public, tels les aèdes de l’Antiquité. Il a vite réalisé l’impossibilité d’intéresser un public contemporain à écouter un texte antique suffisamment longtemps pour se rendre jusqu’à l’enterrement d’Hector qui clôt le chant XXIV. Il a alors pris la décision d’en écrire une version contemporaine à partir de sa traduction italienne préférée. Plusieurs changements lui semblaient nécessaires, notamment en ce qui a trait aux nombreuses répétitions, qui étaient de mise à l’époque, mais qui sont devenues une source de frustration pour beaucoup de lecteurs du XXIe siècle, même ambitieux. Par ailleurs, le récit a été divisé entre différents narrateurs (de un à trois par chapitre), héros et simples soldats, hommes et femmes, Achéens et Troyens confondus. De plus, les dieux ont été évacués du récit en tant que personnages, même si les différents narrateurs y font fréquemment allusion. Chaque personnage s’est vu attribuer sa propre prose et s’approprie une partie de l’histoire de la chute de Troie.

Cette réécriture est somme toute fidèle au canon, tout en étant plus facile d’accès pour le lectorat actuel. Par contre, Baricco a gentiment triché afin d’offrir la chute de Troie en tant que telle à ses lecteurs : il a réécrit le chant VIII de L’Odyssée, pendant lequel l’aède Démodocos chante à un Ulysse anonyme la construction du cheval de bois qui a mené à la destruction, après plus de dix ans de siège, de Troie par les Achéens. Ceux et celles qui ont lu l’épopée originelle apprécieront autant que les néophytes cette aventure homérique et rêveront de l’entendre un jour lors d’une lecture publique!

La voix d’Achille
Les dix ans que Madeline Miller a mis afin de nous offrir Le chant d’Achille en ont valu la peine : tout y est parfait. Elle a choisi de raconter l’histoire du héros grec du point de vue de Patrocle, son compagnon. Des trois réécritures homériques que je vous propose, celle-ci est ma préférée. L’auteure s’est approprié le récit de la guerre de Troie tout en inventant la vie potentielle de Patrocle et Achille, le tout dans une structure apparentée à celle d’un Bildungsroman. En plus de présenter des personnages développés à la manière d’un roman plutôt qu’à la manière d’une épopée antique, le roman propose une réflexion sur les mœurs antiques, soutenue par une connaissance fondamentale des sujets abordés, dont des commentaires sur les mots du grec ancien utilisés par les personnages. Le fruit de son travail est un roman magnifique, qui subtilement aborde les thèmes qui font de L’Iliade une œuvre aussi magistrale et importante pour l’humanité, soient l’amour, la guerre et plus crucialement encore, la recherche, universelle, de la paix.

Les jeunes et Olympe
Malgré que seul le premier tome des « Chroniques de l’Olympe » soit paru pour le moment, cette série jeunesse signée Guy Bergeron s’annonce prometteuse pour faire découvrir aux jeunes adolescents la chute de Troie. Le vocabulaire y est plus simple et le texte rendu encore plus accessible au public que les deux autres réécritures, mais l’essentiel du récit y est. Bien que certaines simplifications m’aient semblé trop précipitées, Fils de Troie, le premier volet, est approprié à titre d’introduction à la culture antique.

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