François Nourissier: La maison Mélancolie

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Ce tendre titre cache l'une des plus denses histoires d'amour de François Nourissier. Son ivresse peu banale pour les habitations, vues comme des «couveuses à regrets, remords, amertumes, autant que des refuges pour les passions de l'amour», dure depuis plus de quarante ans.

En 1963, dans Un petit bourgeois, Nourissier écrivait déjà: «Les maisons, je les aime comme le dormeur aime les rêves.» Tous ces manoirs, villas, fermettes, presbytères, entre la Normandie et la Provence, sont autant de foyers que l’auteur a habités, retapés, aimés, quittés, puis regrettés. Aujourd’hui, ce fou d’annonces immobilières s’en tient à l’appartement parisien et au chalet en Suisse. À travers un roman morcelé, il raconte ses multiples déménagements, ainsi que quelques-unes de ses six cents visites de demeures, rendues par amour de la drague. Son plaisir: s’inventer acheteur et ainsi pénétrer l’intimité des occupants de ces murs de pierres et de lierre, «formidables cachettes où entreposer la vraie vie».

La maison Mélancolie nous séduit par ses descriptions de toits hérissés, murs ocrés, balustrades forgées, roseraies, volets, persiennes, portails. Chaque maison est unique, les «parquets miaulent» chez l’une, «l’escalier gémit» chez l’autre, mais toutes ont besoin d’affection pour ne pas se laisser aller, pour que la relation ait une «longévité suffisante» à la création d’habitudes familières. Maison-forteresse, maison-cachette, maison-refuge… c’est toujours porte close et volets fermés, loin des regards indiscrets, que les véritables existences se déroulent: «impossible et inutile d’imaginer une maison où l’on n’a pas aimé, baisé, frappé, risqué les plus abominables et délicieuses galipettes».

Bibliographie :
La maison Mélancolie, François Nourrissier, Gallimard, 248p., 27,95 $

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