Entrevues

Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 96
Daniel Grenier, traducteur et auteur,  nous parle de Nouvel onglet

Daniel Grenier, traducteur et auteur, nous parle de Nouvel onglet

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 30/08/2016

Il est né au Saguenay. Il habite Montréal. Il parle français. Cependant, c’est en anglais que Guillaume Morissette signe son premier roman, New Tab, traduit cette saison chez Boréal par Daniel Grenier, l’auteur (L’année la plus longue) dont la précision de la langue captive. C’est justement avec ce dernier que l’on plonge dans Nouvel onglet, afin de découvrir ce phénomène de « littérature alternative ».

« C’est un roman du malaise identitaire, certes, mais c’est également un roman hautement malicieux, qui ne s’en va jamais là où on l’attend », commente habilement le traducteur, à qui on doit également la version française de Douce détresse, de Niko et d’Attends-moi. L’histoire de Nouvel onglet, en apparence toute simple et d’inspiration autobiographique, est celle de Thomas, 27 ans, concepteur de jeux vidéo qui demeure dans le Mile End et qui partage sa vie entre futilités et aspirations; entre partys, clavardage et cours à Concordia. Mais assurément, la pertinence de ce roman se situe au-delà de l’histoire : « Dans le monde anglophone, le roman a été reçu avec raison comme un document très pertinent sur l’aliénation postmoderne des jeunes urbains et de ceux qu’on appelle les ‘‘millenials’’ (angoisse existentielle teintée de second degré, vacuité intellectuelle, désintérêt du politique, narcissisme de l’écran, etc.), déchiffre Daniel Grenier. C’est un livre qui s’inscrit dans le mouvement de la ‘‘Alt Lit’’, ou littérature alternative, qui a surgi aux États-Unis et au Canada anglais dans les dernières années et qui joue beaucoup sur ces questions. »

Celui qui assure qu’il « faut savoir s’oublier, se perdre, dans les mots de l’autre » a dû se frotter à la traduction d’une écriture aussi concise qu’empreinte d’une profonde ironie : « L’ironie de Morissette passe assez bien en français, car son écriture est très visuelle, ses images sont aussi puissantes qu’étranges. Ce qui est plus difficile à rendre, dans un cas comme le sien, c’est l’aspect ‘‘impressionniste ’’ de l’anglais hipster, son côté indéterminé et flou par essence, qui joue subtilement sur les répétitions et les contradictions. C’est presque une écriture bipolaire, qui contrebalance sans arrêt ses effets pour les miner. En français, il faut savoir doser les redites, les incises qui ponctuent littéralement la prose, tout en évitant de trop varier le vocabulaire afin de reproduire l’effet d’ambivalence langagière qui fonde le texte. »

Décidément, on a affaire à un traducteur qui sait de quoi il en retourne et il n’est pas étonnant de noter que la touche « Daniel Grenier » rehausse la qualité de ce Nouvel onglet. Et comme le dit si bien le traducteur, il ne serait pas étonnant que ce roman amorce une réflexion profonde sur le rapport ambigu que l’on entretient avec notre langue et notre culture. Après tout, Guillaume Morissette a maintes fois mentionné en entrevue qu’écrire en anglais était pour lui une façon de se réinventer…

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