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Les libraires - Numéro 115
Fiction documentaire : Tribulations au cœur d’une maison en révolution

Fiction documentaire : Tribulations au cœur d’une maison en révolution

Par Josée-Anne Paradis, Les libraires, publié le 21/10/2019

Samedi matin, 6h. Mes enfants et mon chum sont partis visiter la famille. Ainsi, j’ai la journée devant moi pour faire vivre une petite révolution à notre maison : la rendre la plus « verte » possible.

Il y a quelque temps, j’ai entamé la lecture de No Impact Man de Colin Beaven (10-18), le récit d’un citadin de Manhattan qui décide de réduire au maximum son empreinte écologique. Armé de courage et de créativité, il se lance dans le « zéro déchet » et partage avec nous à la fois son cheminement mental et ses actions concrètes, de même que les solutions de rechange qu’il trouve pour remplacer ses habitudes. Inspirée par cet Américain, j’ai aussi décidé de me lancer. Mais en bibliophile que je suis, je n’allais sûrement pas me jeter à l’eau sans de précieux outils d’information.

D’abord, je me suis concentrée sur l’aspect théorique des changements climatiques. Premier arrêt : la remise en question. Pourquoi n’ai-je pas changé mes habitudes avant? Je trouve ma réponse dans Le syndrome de l’autruche : Pourquoi notre cerveau veut ignorer les changements climatiques (Actes Sud), où le sociologue et philosophe George Marshall mène son enquête auprès de psychologues, militants, scientifiques et climatosceptiques pour comprendre ce qui pousse l’humain à savoir que la crise est à nos portes sans pourtant agir. Mais je n’en reste pas là. Car après la lecture du manifeste — intelligent, plein d’espoir et fort bien articulé — de la jeune militante Greta Thunberg Rejoignez-nous : #grèvepourleclimat (Kero), je suis complètement ébranlée : notre planète, je dois la protéger pour que mes enfants y aient de l’air frais à respirer, de l’eau potable à boire. Mais comment?

Dans Demain, le Québec (collectif, La Presse), je découvre des initiatives, de partout à travers la province, qui fonctionnent, qui détonnent, des gens qui ont osé proposer un nouveau projet de société concret, des visionnaires dans les domaines du transport, de l’énergie, des déchets, des bâtiments, de l’agriculture, de la finance, etc. Me voilà donc inspirée pour mettre sur pied un grand projet de société. Mais d’abord et avant tout, je dois faire la révolution dans mon salon.

L’heure du grand ménage
Samedi, 7h30. Mon thé du Labrador bu et mon muffin avalé, j’entreprends donc un grand ménage. Premier objectif : faire le bilan de ce qui est constitué de plastique dans ma maison, et progressivement le remplacer par des objets plus durables qui ne libèrent pas d’émanations toxiques et qui ne sont pas des perturbateurs endocriniens. C’est que j’ai lu Vivre sans plastique, un guide de conseils pratiques très clairs combiné à des recherches fouillées et vulgarisées, publié chez Écosociété par un couple américain (Chantal Plamondon et Jay Sinha) qui a pris le virage zéro plastique. On y détaille les différentes sortes de plastique, ceux qui se récupèrent et ceux dont la vie utile n’est que d’une seule utilisation, on propose des solutions de rechange à chaque objet de plastique, mais surtout, on propose au lecteur d’y aller à son rythme, de changer ici et là quelques petites habitudes de consommation à la fois, le tout en étant maintenant bien informé et en sortant enfin des ouï-dire. Cet ouvrage est réellement un incontournable. Toujours dans le très concret, j’ai utilisé Sans plastique (Caroline Jones, MultiMondes), qui présente 100 conseils pour changer nos façons de faire : ainsi, ma brosse à dents en plastique est devenue en bambou, j’ai pris l’initiative d’écrire à mon épicier pour l’inciter à réduire les emballages et l’anneau de dentition de ma fille s’est transformé en hochet en bois.

Qui dit grand ménage dit partir une brassée, laver les vitres, récurer le four, laver les planchers, et tout le tralala. Comme j’ai depuis quelque temps éliminé les produits ménagers industriels, je m’attelle à la concoction de mes propres potions maison, armée de Du sel, du citron, du vinaigre, du bicarbonate de soude (Shea Zukowski, Marabout), petit guide contenant plus de 250 recettes, dont le titre explique de quoi seront composés mes produits! Fascinant de découvrir tout ce qu’on peut faire avec ces ingrédients de base bon marché, écologiques et faciles de manipulation.

Direction : la cuisine
11h. Le ménage est bien entamé et avant que mon estomac ne crie famine, mieux vaut que je m’affaire en cuisine. Je réalise qu’il me manque de la farine et de la poudre à pâte. Hop! Une petite visite à l’épicerie en vrac du quartier voisin s’impose. Pour m’y rendre, j’opte pour la marche. J’abonde dans le sens de l’essayiste Marie Demers qui, dans l’ouvrage Pour une ville qui marche (Écosociété), déplore que nos aménagements urbains valorisent les déplacements motorisés et polluants, au détriment d’un urbanisme bon pour l’environnement et de la socialisation des citoyens. J’ai également en tête Airvore ou la face obscure des transports (Laurent Castaignède, Écosociété), un essai qui démontre les limites des innovations en transport pour contrer la pollution.

Une fois mes achats faits et mes pots Mason qui s’entrechoquent dans mon sac, je reviens à la maison, prête à m’installer au plan de travail de ma cuisine. Deux maîtres à penser m’accompagnent : Daniel Vézina, chef réputé, et Florence-Léa Siry, experte en zéro gaspillage qui est notamment l’une des chroniqueuses invitées du nouveau magazine culinaire de Télé-Québec Moi j’mange. Mon chum, qui manie les poêlons bien mieux que moi, préfère l’ouvrage La cuisine réfléchie (La Presse) de Vézina, qui contient 150 excellentes recettes qui maximisent chaque aliment, chaque façon de faire pour éviter de jeter quoi que ce soit. Contrer le gaspillage alimentaire par la connaissance des produits et des techniques, voilà ce qu’il défend. Moins forte que mon conjoint dans le domaine culinaire, je me tourne vers 1-2-3 vies : Recettes zéro gaspi de Siry (Glénat), car sa présentation festive, ses recettes simples et ses astuces bien expliquées m’inspirent. Me voilà donc avec une infusion de fruits abîmés prête à boire, des réserves de zestes d’orange au congélateur et un pain perdu à la courge au four. Miam!

Maintenant que tout est sens dessus dessous dans mon lavabo, je suis heureuse d’avoir sous la main mon éponge en tissu, que j’ai fabriquée grâce aux conseils trouvés dans Objectif zéro déchet en cuisine et au quotidien (Aurélie Lequeux et Sara Quémener, Hachette). On y apprend comment faire ses propres emballages et essuie-tout lavables, mais aussi son savon à vaisselle solide et liquide, ainsi que son détergent à lave-vaisselle. Côté nourriture, on y présente comment faire quelques condiments chez soi, de même que des idées de menus pour toute la semaine, en donnant des conseils précis et pratiques (par exemple : quoi faire des coquilles d’œufs? une poudre abrasive pour faire la vaisselle). Un livre encore plus pratique lorsque combiné à l’un des deux chefs précédents!

À go, on relaxe
19h. Mes repas de la semaine sont prêts — plusieurs inspirés de Mes grands classiques véganes de Jean-Philippe Cyr (Cardinal), car je tente de réduire ma consommation de viande pour limiter mon empreinte écologique —, j’ai droit à un moment de répit. Je choisis donc de me faire couler un bain, dans lequel je fais fondre une bombe de bain que j’ai moi-même confectionnée.

J’avais lu La beauté sans cruauté (Marie-Noëlle Gingras, Trécarré) et j’avais pris conscience de tous les produits chimiques ajoutés aux crèmes, shampoings, savons que nous consommons. Sans parler de tous ces emballages dans lesquels on les achète. Une autre façon de consommer moins, mais mieux, y était présentée. Cette lecture a ouvert en moi une brèche : je souhaitais passer aux fourneaux et me mettre à la confection de mes produits! J’ai trouvé beaucoup de conseils et de recettes faciles, classés ingénieusement par saisons, dans Fabriquer ses produits de beauté et santé de Régine Quéva chez Larousse (ouvrage génial pour savoir notamment comment soulager des crampes avec de l’argile, comment recharger son corps à l’automne), mais c’est à la lecture d’À fleur de pots (L’Homme) que j’ai été totalement conquise. Écrit par les Trappeuses, trois filles créatives à mi-chemin entre des sorcières modernes et des reines de beauté du naturel, cet ouvrage clair, québécois (idéal pour trouver les produits, les adresses et les références mentionnés!) et complet propose un tour d’horizon de ce qu’on peut facilement faire à la maison pour prendre soin de soi : pains nourrissants pour la peau, masques, déodorants, traitements capillaires, etc. En plus, elles expliquent comment faire des choix éthiques (hydrolats ou huiles essentielles? Huile d’olive ou huile de canola?). Une vraie bible! Mais comme j’étais insatiable et que je souhaitais essayer encore plus de recettes, je me suis tournée vers Cosmétiques non toxiques, de Sylvie Fortin (La Presse), qui recèle une foule d’idées de produits à élaborer pour soi ou pour offrir en cadeau.

L’eau a rafraîchi. Je sors du bain avant de m’enduire d’une crème hydratante à base d’huile de pépins de raisin, confectionnée par mes soins d’apprentie sorcière. Je saute dans mon pyjama, puis direction le lit, pour un temps de lecture.

20h, bien calée dans mes oreillers. Je feuillette Un futur renouvelable (Richard Heinberg et David Fridley, Écosociété), un essai d’actualité qui s’interroge sur les changements que nous devrons apporter lorsque l’énergie proviendra non plus des combustibles fossiles, mais des sources renouvelables, ainsi que les défis et les possibilités que cela occasionnera. C’est à nos portes, mais saurons-nous y faire face en douceur et avec équité? Pour faire ces prospections, ce livre fait un tour d’horizon détaillé, s’attaquant à tous les aspects (électricité, transport, bâtiment, etc.). Hier, c’était dans Perdre la Terre, de Nathaniel Rich (Seuil) que je m’étais plongée. On y expliquait qu’en 1979, on savait déjà ce que nous devions faire pour sauver la planète, mais que, malgré les cris d’alarme, personne, en trente ans, n’avait réellement bougé. Quoi faire, donc, maintenant? Non, moi je ne lis pas d’histoires à l’eau de rose avant de rejoindre Morphée!

Je ne suis pas parfaite. Je n’en fais sûrement pas suffisamment pour changer la trajectoire, individuellement. Je sais que quelques-uns de mes efforts seront vains, je sais que d’autres pourraient faire la différence. Mais je sais surtout que cela a du sens, pour moi, de prendre des décisions qui font en sorte que je chéris notre planète, plutôt que de la détruire, que je prends soin du sol qui verra grandir mes enfants. 21h20. Zzzzzz

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