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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 97
12 visages à surveiller en 2016

12 visages à surveiller en 2016

Par Alexandra Mignault, Les librairesJosée-Anne Paradis, Les libraires & Sabica Senez, publié le 24/10/2016

Juliana Léveillé-Trudel

Elle a signé un des meilleurs livres de 2015 : Nirliit. Un premier roman d’une justesse remarquable, tordant le cœur, dans lequel une jeune femme dépeint le Nord avec toutes ses splendeurs, toute sa richesse et toute sa dureté. Un premier roman puissant et beau qui sera d’ailleurs adapté au cinéma. Née à Montréal en 1985 et travaillant dans le domaine de l’éducation au Nunavik depuis 2011, Juliana Léveillé-Trudel a « l’impression d’avoir encore des choses à raconter sur le monde inuit ». Elle a entamé la rédaction d’une deuxième œuvre, qui se déroule aussi à Salluit et qui s’intéresse au passage à l’adolescence et à l’âge adulte, et qui s’inspire des enfants qu’elle a connus au camp de jour, des « enfants souvent formidablement résilients, mais qui éprouvent plus de difficultés en vieillissant ». Avec la finesse et la sensibilité de sa plume, il ne fait pas de doute que les lecteurs seront au rendez-vous pour ce deuxième opus.

Ses œuvres québécoises marquantes : Cowboy de Louis Hamelin, Les fous de Bassan d’Anne Hébert et Kuessipan de Naomi Fontaine

 

David Goudreault

Il ne fait pas les choses comme tout le monde. Il les fait à sa manière et il tient à sa liberté. C’est peut-être ce qui explique pourquoi son premier roman, La bête à sa mère, a frappé si fort.On y suit le parcours chaotique d’un jeune homme écorché, déséquilibré et violent, un paumé antipathique, voire haïssable, auquel on s’attache malgré tout, grâce à l’humour et à l’écriture aussi sensible que mordante de David Goudreault. Cette histoire se poursuit avec la même puissance dans La bête et sa cage, et se terminera avec Abattre la bête, qui paraîtra au printemps 2017. Pour la finale, l’auteur promet qu’« un torrent de flammèches, de feux d’artifices, d’incendie et d’amour impossible s’abattra sur la métropole ». Un rythme qui rappelle d’ailleurs qu’il faut découvrir sur scène la poésie du travailleur social et slameur (ou grâce à ses recueils Testament de naissance, S’édenter la chienne et Premiers soins).

Ses auteurs marquants : Réjean Ducharme, Gilbert Langevin, Pierre Foglia, Anne Hébert, Kim Thúy, Fred Pellerin et Hélène Dorion

L’œuvre qu’il ne cesse de redécouvrir : Celle du poète Yves Boisvert

 

Christian Guay-Poliquin 

Il a une écriture poétique, une narration douce et angoissante, des thèmes terre à terre. Né en 1982 à Saint-Armand, Christian Guay-Poliquin a travaillé sur des fermes et dans le domaine de la construction, où il a développé une fascination pour les « choses simples et profondes », pour « les récits qui sont enracinés dans le concret ». Pour explorer ce réel tangible, il utilise la panne d’électricité, élément qui le suit dans chacune de ses œuvres, mais de manière renouvelée, et qui « représente une sorte de catalyseur permettant à la fiction de mettre en relief certains aspects de la vie quotidienne qui passent normalement inaperçus ». Que ce soit avec Le fil des kilomètres (également paru en France et au Canada anglais) ou avec Le poids de la neige, il nous fait ainsi ressentir la détresse et la force de ses personnages, sans jamais sombrer du côté apocalyptique. Son prochain roman, sur lequel il travaille en même temps que sur sa thèse sur le récit de chasse, n’y manquera pas : l’électricité viendra également à manquer. Mais nous, nous serons au rendez-vous.

Son auteur phare : Réjean Ducharme avec L’avalées des avalés

Une œuvre québécoise marquante : Territoires fétiches de Marcel Labin

 

Chloé Savoie-Bernard 

Celle dont la thèse de doctorat porte sur la poésie féministe contemporaine au Québec a été révélée en 2015 grâce au recueil de poésie Royaume scotch tape (L’Hexagone). Elle a depuis écrit pour différentes revues (Nouveau Projet, Contre-jour, etc.) et récemment publié Les femmes savantes (Triptyque). Dans ces nouvelles, elle passe d’une écriture fugace, hachurée, rythmée comme le serait un slam, à un ton plus classique, posé, mais tout aussi pernicieux. « J’espère écrire des choses qui mettent inconfortables, qui pèsent sur le bobo. C’est ça que j’aimerais apporter au paysage littéraire actuel : l’envie de se tenir les deux pieds dans sa blessure », explique celle qui envisage d’écrire sur le quotidien avec un père immigrant, qui a connu la torture et l’emprisonnement politique.

Son auteur phare : Catherine Mavrikakis

Une œuvre québécoise marquante : Les fous de Bassan d’Anne Hébert

 

Annie-Claude Thériault  

L’enseignante de philosophie n’a pas un, mais trois projets d’écriture en cours, alors que vient tout juste de paraître son dernier-né, Les filles de l’Allemand, un roman ambitieux qui charme déjà et qu’elle décrit comme une « sorte de fable réaliste » ou une « saga historique sous forme de conte ». Son premier roman, Quelque chose comme une odeur de printemps, avait lui aussi fait beaucoup jaser. Quand on lui demande ce qu’elle apporte au paysage littéraire, elle répond : « J’aimerais croire que je participe à une littérature québécoise où la langue et son rythme sont le centre du récit, où l’atmosphère est elle-même un personnage, où ce qui importe est de faire sortir l’être humain de lui-même le temps d’un roman. J’aime aussi penser que je contribue, à ma façon, à inscrire le territoire dans l’imaginaire collectif. » Des mots qui inspirent à la suivre.

Son auteur phare : Réjean Ducharme

Œuvre québécoise marquante : Le mur mitoyen de Catherine Leroux

 

Véronique Grenier

Cette enseignante de philosophie au cégep en a séduit plusieurs avec ses textes sans tabou, dans Urbania et sur son blogue Les p’tits pis moé, avec sa pièce de théâtre Moé pis toé et, surtout, avec Hiroshimoi, un court premier roman écrit en fragments, qui se lit d’un souffle. Une plongée dans le quotidien ordinaire d’une relation où une femme aime celui qu’elle ne devrait pas, ainsi que dans l’intensité et les détails de l’amour. C’est d’ailleurs ce dont Véronique Grenier se revendique : l’ordinaire. « L’ordinaire, j’aime ça. Dans tout ce que ça a de beau, dans tout ce que ça a de dévastateur. Tout est dans les détails », a-t-elle déjà révélé dans une entrevue dans La Tribune. Avec trois projets d’écriture en cours (un essai sur la santé mentale, un long monologue et un recueil de poésie), nous n’avons pas fini d’entendre parler d’elle. Et c’est tant mieux.

Son auteur québécois marquant : Josée Yvon

Œuvre québécoise marquante : Testament de Vickie Gendreau

 

Maude Veilleux 

Maude Veilleux, née en Beauce en 1987, le dit d’emblée : elle écrit ce qu’elle a envie de lire. Et si la Montréalaise d’adoption doit résumer son œuvre par trois mots, elle choisit avec soin « intime », « introspective » et « réaliste ». Celle qui a d’abord fait ses armes en poésie (Les choses de l’amour à marde, Last call les murènes) en garde une écriture ciselée, finement descriptive des émotions, précise, qu’on découvre avec grand plaisir autant dans Le vertige des insectes que dans son récent Prague. Ce dernier, justement, en dérangera peut-être plus d’un puisqu’on y parle de couple ouvert, de sexualité peu douillette. « J’espère que j’arrive à présenter des points de vue peu communs, les coins sombres. La trashitude humaine existe, est-ce qu’on peut en parler? Est-ce qu’on peut aussi la célébrer? » Sortez les trompettes et le gâteau : avec Maude Veilleux, on a toutes les raisons de vouloir la célébrer!

Son auteur phare : Simon Charles

Une œuvre québécoise marquante : Les plus belles filles lisent du Azimov, de Simon Charles (épuisé)

 

Kiev Renaud 

Elle avait 16 ans quand elle a publié son premier roman en 2007, Princesses en culottes courtes, grâce à un prix qu’elle a remporté. Si elle n’osait pas alors se dire écrivaine, Kiev Renaud confirme qu’elle a la trempe d’une écrivaine en 2016 avec Je n’ai jamais embrassé Laure, « un roman par nouvelles », un court roman construit comme des tableaux, qui explore notamment la beauté et le temps qui passe à travers une histoire de complicité, d’amitié ambiguë entre Laure et Florence, qu’on découvre par leurs regards, mais également par celui de Cassandre, la fille de Florence. Dans son prochain projet, elle veut poursuivre son « exploration du monde de l’enfance, dans son rapport à la violence et ses fantasmes sombres ». Mais on n’en sait pas plus, parce qu’elle est un peu gênée d’en parler, « un peu comme on l’est d’un amour naissant ». Pas de doute, Kiev Renaud est écrivaine. Elle avoue d’ailleurs : « Même quand je n’écris pas, mon attention et mon écoute sont celles d’un écrivain. »

Auteure québécoise marquante : Aude

Œuvre québécoise marquante : Les fous de Bassan d’Anne Hébert

 

Caroline Paquette

Entre son travail de conception de manuels d’apprentissage aux éditions Chenelière et sa vie de famille, elle jongle pour trouver du temps pour écrire. Et elle écrit toujours après avoir beaucoup lu. Caroline Paquette aime « les textes qui traduisent la complexité de la vie, sa force, ses nuances, qui essaient d’approfondir l’expérience humaine par la réflexion, mais tout en lui gardant sa saveur ». C’est ce qu’elle a réussi à rendre, en alliant la réflexion et la poésie, dans sa première oeuvre, Le monde par-dessus la tête, dans laquelle elle a voulu « décrire la réalité vue par un enfant qui n’en comprend pas tout, mais qui la ressent puissamment ». Pas étonnant d’être charmé par son envie « de livrer un regard curieux, attentif, ému sur le monde ». On se réjouit de savoir qu’elle vient de terminer un roman mettant en scène des personnages au tournant de l’adolescence et de l’âge adulte. Ça promet!

Œuvre québécoise marquante : Contes de Jacques Ferron

Auteur québécois marquant : Gaston Miron

 

Dominique Scali

La journaliste et auteure, qui a d’abord étudié en psychologie, est née à Montréal en 1984 d’un père italien et d’une mère québécoise. À la recherche de New Babylon (La Peuplade), son premier roman, a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général en 2015, au Prix des libraires du Québec et au Grand Prix du livre de Montréal. La recherche de l’authenticité mènera l’auteure vers l’ailleurs, aux États-Unis, à cette époque mythique et impitoyable qu’est le Far West du XIXe siècle, là où la vie, comme les paysages, était aride. « En raison de notre monde technologique, le western nous ramène à une époque très terre à terre », affirmait-elle en entrevue à La Presse, se justifiant d’être une Québécoise écrivant un roman qualifié de « western ». On ne serait pas surpris que cette fan de dépaysement poursuive son œuvre en explorant de nouveaux ailleurs, tous remplis de quêtes et de promesses.

Auteure québécoise marquante : Nelly Arcan

Œuvre québécoise marquante : La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy

 

Erika Soucy

L’auteure de 29 ans, originaire de la Côte-Nord, est passée par le Conservatoire d’art dramatique de Québec. Elle s’est fait connaître pour sa poésie avec Cochonner le plancher quand la terre est rouge et L’épiphanie dans le front. Très engagée dans ce milieu, elle a d’ailleurs cofondé l’Off-Festival de poésie de Trois-Rivières et participé à plusieurs événements artistiques. En novembre 2011, Soucy part au chantier de la Romaine pour y terminer un recueil de poésie. Elle y rédigera aussi un journal de bord sur ce monde plus grand que nature, qui deviendra le matériau de base de son premier roman : Les murailles (VLB, 2016). Ce livre, que Soucy mettra quatre ans à écrire, confirme son talent et sa fascination pour l’oralité, laquelle sert tout à fait la rudesse et l’humanité du récit. En attendant son prochain roman ou son prochain recueil, on pourra sentir sa touche à la Maison de la littérature, où elle travaille comme adjointe à la programmation.

Auteure québécoise marquante : Réjean Ducharme

Œuvre québécoise marquante : La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy

 

Pierre-Luc Landry

« J’accorde une importance presque absolue à la littérature et je crois en son pouvoir infini », nous révèle Pierre-Luc Landry. À ces mots, on comprend pourquoi il multiplie les projets littéraires. Éditeur et directeur littéraire de La Mèche, il enseigne au Département d’études françaises au Collège militaire royal du Canada à Kingston, est membre fondateur de la revue en ligne Le crachoir de Flaubert, a participé au collectif Il n’y a que les fous, a dirigé Couronne sud et a publié deux singuliers romans : L’équation du temps et Les corps extraterrestres. En ce moment, il travaille notamment à un troisième roman hybride, qui explore le territoire de l’enfance, à un essai sur l’homonormativité et la rhétorique médiatique sur l’homosexualité qu’il écrit avec un collègue professeur, un livre étrange élaboré en collaboration avec une plasticienne sonore, et finalement, à un recueil de nouvelles dont la thématique est le sexe entre hommes.


Auteurs québécois marquants :
Anne Hébert, Éric Plamondon et Catherine Mavrikakis

Œuvre québécoise marquante : Dans la cage de Mathieu Leroux

 

Crédits photo: 1. Théâtre de brousse, 2. Jean-François Dupuis, 3. Julieu Bois, 4. Valérie Lebrun, 5. Sarah Scott, 6. aucun, 7. Anne-Marie Piette, 8. Matthew Gaines, 9. Sophie Gagnon-Bergeron, 10. Michel Paquet, 11. François Couture, 12. Maxyme G. Delisle.

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