Pierre Vadeboncœur : «Je suis comme Don Quichotte, je me bats contre des moulins à vent»

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Analyste des mentalités actuelles, Pierre Vadeboncœur s'attaque, dans son dernier essai vitriolé L'humanité improvisée, aux thèmes de l'inculture et de l'indifférence, qu'il range tout uniment sous la bannière du postmodernisme. Observateur minutieux d'une époque qui achève de saborder ses propres références, il note malicieusement la place grandissante qu'occupent aujourd'hui dans nos sociétés des phénomènes comme l'insignifiance, le cynisme, la licence, le nihilisme et l'incuriosité. Un texte plein de santé, allègre, qui dit bien son refus des choses convenues, des modes intellectuelles, des dogmes et des idées reçues. À lire, même si l'auteur de La ligne du risque fait ici prompte justice d'une sensibilité qui manifestement, a du bon. Voici donc quelques extraits de l'entrevue que nous a accordé ce penseur bien de chez-nous.

Société de consommation

« Ce livre traduit ma sensibilité face au monde actuel et repose sur une intuition : l’évolution récente de la société est le produit ‘une improvisation qui obéit aux seuls besoins du négoce, de l’argent. Il reflète mon ras le bol : de la société de consommation, de la perte du sens des responsabilités, de l’état déplorable des mœurs, de l’omniprésence de la publicité et de l’argent. Nous sommes bombardés d’informations et d’images incohérentes qui créent un climat psychologique et humain déglingué. Nous perdons progressivement tout sens critique. »

Un sens à la culture

« Auparavant, la culture assurait une certaine cohésion de la pensée et des pratiques. Elle nous transmettait également des valeurs. La culture post-moderne est, au contraire, complètement éclatée. Les seules balises qui résistent pour l’instant sont la tradition démocratique et les sciences exactes. Paul Chamberland écrit dans son dernier livre, En nouvelle barbarie, :  » …des milliers d’écrans disent le refus de Dieu « ; autrement dit, le refus de la transcendance. J’essaie de m’approcher de ces phénomènes de façon globale, par des réflexions issues de mes propres lectures et celles d’amis que j’admire. Je suis un essayiste qui met son cœur au-dessus de sa raison. Je pense que tout ce que j’ai provient d’expériences et d’émotions et je traite ces dernières par une analyse aussi exacte que possible. J’essaye d’entrer de plus en plus dans mon univers intérieur. Pour l’humanité, je suis dans le doute… ».

Les visages de la politique

« Nous perdons progressivement le contrôle sur notre vie politique. Qui gouverne sinon le pouvoir occulte de l’argent? Tous les gouvernements y sont étroitement liés. Ce n’est pas par hasard si l’ensemble des médias, qui dépendent de la publicité, appuient finalement la droite. Les jeunes libéraux sont à droite comme jamais personne n’avait osé l’être au Québec. Les éditoriaux et la plupart des manchettes de la presse sont tendancieux. Tous les médias, sauf Le Devoir, et tous les autres gouvernements du Canada attaquent présentement le gouvernement du Québec pour ses positions indépendantistes. Ça dessine assez bien la configuration de ce qu’on considère comme l’ennemi! C’est ridicule et insupportable ».

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L’humanité improvisée, Pierre Vadeboncœur, Bellarmin

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