Poème : Ne brûlons pas les racines

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Poème : Ne brûlons pas les racines
Un poème inédit de Maya Cousineau Mollen, écrit dans le cadre du carnet thématique Je lis autochtone! 

En ces temps d’incertitude
Où les frontières ferment

Insécurité identitaire des cœurs
Nos voix unies, nos âmes nerveuses

Je galvaude ma pureté de 6.1
Telle une insolente sauvagesse
Habituée à sa liberté de pensée

Mes versions identitaires
Dansent autour de moi

Chantant la berceuse folle
De l’appartenance perdue

D’une poétesse aux traits de Squaw
Qui fouette les mots de sa douleur

Seul un aède pleure en silence
Se nourrissant de noirceur
Afin de trouver la beauté
Dans une agonie

Ménestrel de ce requiem
Chantonnant en strophe
L’opéra des crépuscules

Sa musique d’âme
Se terre dans les bas-fonds
Du dernier chapitre

Au-delà de mes traits ronds
Chevelure ciel de novembre
Mes yeux si petits
Mais qui voient tout…

Mes racines sont partout
Du pays des Vikings
Au Nitassinan indomptable
Des larmes de l’Irlande
Et d’une Europe divisée

Égarement d’une sauvage
Sur le béton de Paris…

L’amène au chevet de Notre Dame
Qui affligée par un feu intérieur
Cette flamme dévorante

Peine à rester digne et droite
Sera-t-elle survivante
Ou magnifique gisante

De ces clergés arrogants
De ces fous de Dieu
Qui fut instrument Inquisiteur
Semant douleur et colère

Mon courroux décolonial
Retient son souffle
Auprès de toi gente Dame

Te voir au-delà des sacrilèges
Mesurer ton Histoire
Mesurer ta mémoire…

Je calme mes chevaux de l’Apocalypse
Car ombrageux et piaffants nommés
Violence, Rage, Rancune et Mépris
Afin de te souhaiter de renaître

Je dépose une plume de paix

 

Maya Cousineau Mollen, de la nation Innu d’Ekuanitshit (Mingan), a été adoptée de façon traditionnelle par des parents québécois, choisis par sa mère biologique. Dès l’âge de 14 ans, elle écrit de la poésie. Elle a publié des textes dans Moebius et Exit, ainsi que dans les collectifs Languages of Our Land/Langues de notre terre et Amun. Son premier recueil de poésie, Bréviaire du matricule 082, est paru en 2019 aux éditions Hannenorak et a remporté le prix Voix autochtones. Maintenant conseillère en développement communautaire pour le compte de la firme EVOQ Architecture, Maya poursuit son travail auprès des communautés et les encourage à reconquérir leur empreinte culturelle et historique et à l’exprimer grâce à la poésie de l’architecture. Ses implications sont nombreuses : elle a fait partie de la Wolf Pack Street Patrol, qui regroupait des bénévoles des Premières Nations et des Québécois afin d’apporter un soutien aux itinérants, a été une alliée dans le dossier Kanata, a fondé l’Association étudiante autochtone de l’Université Laval et a travaillé pour l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.


Photo : © Anna Staub

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