C’est dans les années 1600, pendant l’époque d’Edo au Japon, qu’apparaît le haïku. Sa paternité est attribuée à Matsuo Kinsaku, mieux connu sous le nom de plume de Bashō. Fils d’un modeste samouraï, il se fascine dès l’adolescence pour la poésie et l’art de la calligraphie. C’est sous le charme de la nature qu’il arpente plus tard tout le Japon à pied. À la suite de ses pérégrinations, il nous lègue des carnets de voyage dans lesquels se côtoient prose et poèmes.

ce chemin
seule la pénombre d’automne
l’emprunte encore
– Bashō (1644-1694)

Par la suite, de nombreux poètes japonais, qu’on surnomme haïkistes, reprennent le flambeau, tels que Buson (1716-1783), Issa (1763-1828), Shiki (1867-1902), pour n’en nommer que quelques-uns.

le voleur
a tout pris sauf
la lune à la fenêtre
– Ryōkan (1758-1831)

Les règles du haïku
Au fil des siècles, le petit poème parcourt le globe et rencontre de multiples adeptes. À l’instar de toute autre forme d’art, il évolue. Traditionnellement écrit en une seule ligne verticale et comportant obligatoirement dix-sept syllabes ainsi qu’un mot de saison appelé kigo, on le connaît également sous la forme plus contemporaine de trois courtes lignes superposées.

Avec le temps, la contrainte des syllabes est un peu délaissée et fait place progressivement à une poésie se basant davantage sur l’économie de mots. Même si certaines règles se sont quelque peu assouplies, le haïku n’en demeure pas moins un poème codifié très complexe. Des années de pratique sont nécessaires afin d’en maîtriser toutes les subtilités.

Pour écrire un haïku, on doit d’abord cueillir un instant du quotidien. Il faut ensuite sélectionner des mots avec soin pour décrire cet instant, tout en évitant d’utiliser les figures de style. C’est justement dans cette absence de fioritures qu’on retrouve cette pureté propre au haïku. L’insertion d’un non-dit est aussi importante. Dire, sans tout dire, c’est l’un des points essentiels qui permettent au poème de ne pas se refermer comme une huître lors de la lecture. Voici un bon exemple de non-dit :

la porte claque
longtemps je regarde
tes pas dans la neige
– Jean Deronzier

Ce poème parle d’une dispute, sans doute celle d’un couple, il évoque la tristesse, le regret, l’amour qui s’éloigne. La suggestion est puissante, elle permet de faire ressentir l’émotion sans pour autant la nommer.

Au Québec
Chez nous, on s’intéresse depuis longtemps à la poésie d’origine japonaise. André Duhaime est l’un des importants pionniers, ayant contribué depuis la fin des années 70 à en faire la promotion. Jusqu’à ce jour, il a publié un grand nombre de recueils en plus d’avoir créé le site Internet Haïku sans frontières dans le but d’offrir une vitrine aux haïkistes d’ici et d’ailleurs.

sur les vitres
des traces de nez et de doigts
regardent encore la pluie
– André Duhaime

Pendant plusieurs années, Francine Chicoine a été à la tête de la collection « Voix intérieures – haïku » aux éditions David. Elle a aussi fondé le Camp littéraire de Baie-Comeau en 2011. Avec son amour inconditionnel pour ce court poème, elle a su guider les premiers pas de beaucoup de haïkistes.

Lorsque j’ai commencé l’écriture du haïku en 2013, je ne connaissais pas encore l’œuvre des grands maîtres japonais. C’est après avoir découvert les recueils québécois que j’ai eu la piqûre. Verser la lumière, de France Cayouette, est un incontournable et sans doute l’un des plus beaux recueils de haïkus publiés jusqu’à ce jour au Québec.

page blanche
il dit si bien les choses
le flot de lumière
– France Cayouette

La Drummondvilloise Hélène Leclerc, qui depuis 2007 s’est imposée comme haïkiste par son regard inédit et sa façon unique de dépeindre le quotidien, a beaucoup influencé mes débuts en poésie. Elle a publié cinq recueils et en a codirigé quatre autres. Son œuvre est un véritable hommage à la vie.

brise sur la grève
quitter un instant le roman
pour lire le fleuve
– Hélène Leclerc

En 2015, Jeanne Painchaud publie Découper le silence : Regard amoureux sur le haïku, aux éditions Somme toute. Il s’agit d’un essai dans lequel elle retrace son parcours de haïkiste. Elle y donne des conseils pour arriver à mieux maîtriser cette forme de poésie. Ce livre est une mine d’or d’informations.

à contre-jour sur les fils
des notes de musique
en forme d’oiseaux
–Jeanne Painchaud

Le plus petit poème du monde en a fait, du chemin, depuis son apparition au Japon et il continue de gagner en popularité. De nombreux haïkistes se réunissent même à l’occasion pour échanger leurs trouvailles et peaufiner leur art. C’est le cas des membres du Kukaï de Québec, dirigé par André Vézina et Jeannine St-Amand.

La pratique du haïku restera toujours une façon pour moi de continuer à m’émerveiller. La poésie, on la croise tous les jours, que ce soit dans un bruissement de feuilles, sur l’eau calme d’un lac ou même au détour d’une simple ruelle.

dans sa paume
mieux qu’une canne
la main du petit-fils
–Jimmy Poirier

LECTURES COMPLÉMENTAIRES
Pour en apprendre un peu plus sur le haïku :
L’esprit du haïku, Torahiko Terada (Picquier)

Une biographie de Bashō et plusieurs de ses haïkus traduits :
Bashō, maître de haïku, Hervé Collet et Cheng Wing Fun (Albin Michel)

Coup de cœur : un manga qui résume la vie de Bashō :
Matsuo Bashō : Le maître du haïku, Naho Mizuki (Hozhoni)

Pour initier les petits :
Mon été haïku, Jeanne Painchaud et Chloloula (Druide)


BIOGRAPHIE DU JIMMY POIRIER

Jimmy Poirier est libraire à la librairie L’Option, à La Pocatière. En plus d’avoir dirigé le collectif En attendant les étoiles sur le thème de l’enfance, il est l’auteur de trois recueils de haïkus, dont Cueillir la pluie et Le bruit des couleurs aux éditions David.

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