Notre culture kitsch, fierté québécoise!

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Motels, casse-croûtes, dépanneurs de villages, miniputt, le Madrid, la Labatt 50, les flamands roses en plastique, le pâté chinois et la poutine, en passant par les hits des Classels, de Belgazou, de Julie Masse, des BB et les tubes «Tourne la page», «L'Aigle noir», «Pleure dans la pluie» et nos roi et reine du quétaine Normand L'Amour et Mado Lamotte : mais oui, tout ça fait partie de notre patrimoine culturel! Cette liste allume une flamme sentimentale en vous, chers lecteurs bibliophiles? Bonne nouvelle, quelques livres sont parus sur le sujet.

Le processus se déroule majoritai­rement comme suit: une «chose» devient subitement à la mode, la majorité des gens l’adoptent avec enthousiasme, tellement d’enthou­siasme, qu’elle est achetée et utilisée à outrance. On se tanne, on passe vite à autre chose. On se force pour l’oublier, mais la «chose» est toujours là et devient très gênante. Des années plus tard, on ressort cette «chose» et on la hisse au sommet du palmarès kitsch.

Le kitsch fait son apparition avec l’industrialisation, alors que les gens de classe inférieure commencent à consommer des produits peu coûteux, imitant les produits de luxe: cela a créé une surabondance d’objets et de lieux à l’esthétique cheap.

Notre kitsch à nous Roxanne Arsenault, qui travaille à la sauvegarde des lieux kitsch québécois, a rédigé un mémoire de maîtrise sur l’histoire des lieux kitsch et exotiques du Québec. En concentrant ses recherches sur ces lieux hauts en couleur, elle souhaite que ceux-ci soient reconnus comme faisant
partie intégrante du patrimoine.

«Malheureusement, on ne leur accorde pas une grande importance. Ils sont souvent construits avec des matériaux sans grande valeur, puis sont fréquentés comme des restos familiaux un peu cheap. Il faudrait pousser pour que ces établissements soient reconnus, car ils sont menacés de disparition.»,
explique-t-elle.

Parallèlement, Sébastien Diaz a publié en 2009 le premier guide touristique kitsch de Montréal. Une liste totalement folle des lieux les plus éclatés, bigarrés et hétéroclites de la ville. Couverture similibois, ornée d’un stade olympique en or et de fleurs d’hibiscus hawaïen, Montréal Kitsch nous propose 98 lieux à visiter pour améliorer notre connaissance de la culture kitsch. Le livre commence avec treize incontournables incluant le stade olympique, le Gibeau Orange Julep Inc., le métro de Montréal et le cinéma l’Amour. L’histoire de chaque endroit suggéré nous est racontée avec humour et photos.

Les éditions Héliotrope s’intéressent également au sujet et ont fait paraître trois livres très éclatés portant sur ces éléments iconiques culturels que l’on voudrait bien oublier. Trônant sur la couverture de Motel Univers: bienvenue au Québec! (paru en 2006), une chaise en plastique, orange et grillagée, semble tout droit sortie de nos souvenirs les plus profonds. Feuilleter le livre nous plonge directement dans une ambiance nostalgique grâce aux photographies de David Olivier.

On y présente notamment une collection effarante d’enseignes rétro, d’architectures hétéroclites et de meubles au look discutable. Soutenus par une belle recherche, les thèmes nous sont livrés à travers l’écriture imagée et dynamique d’Olga Duhamel-Noyer. Elle nous raconte ses voyages et anecdotes découlant de la rencontre avec ses lieux presque mythiques.

Paraît en 2007, toujours chez Héliotrope, Maudite Poutine!, de Charles-Alexandre Théorêt. Qui aurait cru qu’un jour un essai serait écrit sur la poutine? Heureusement, le sujet est abordé de façon humoristique. L’auteur nous raconte la petite guerre qui sévit entre deux restaurateurs, l’un de Drummondville et l’autre de Warwick, sur les droits de paternité de ce symbole gastronomique de notre casse-croûte. Au fil de la lecture, ce qui surprend le plus, c’est d’apprendre que la poutine n’est pas qu’un plat banal: c’est aussi un objet politique, une source d’inspiration pour certains artistes. De plus, on apprend qu’on retrouve même de la poutine jusqu’en Corée!

La dernière parution de la maison d’édition dans cette sphère culturelle kitsch fait sourire: Sacré Dépanneur! de Judith Lussier. Comme la poutine et le motel, le dépanneur fait partie de notre paysage culturel. On s’y rend tous les jours pour diverses courses sans se rendre vraiment compte qu’il a changé le visage de notre province. Contrairement à l’histoire de la poutine, celle du premier dépanneur ne comporte pas de zones d’ombres. Le cheminement et l’évolution de ces petites épiceries familiales, jusqu’à l’expansion gigantesque de la chaîne Couche-tard, y sont racontés. Ce livre complète vraiment bien la série. Voilà donc trois petits livres vraiment amusants, tant par leur design que par le ton léger avec lequel les sujets sont abordés.

Encore plus secret que la poutine sur ses origines, le pâté chinois est une énigme. Plusieurs légendes urbaines courent, mais le mystère plane. Jean-Pierre LeMasson a rassemblé les informations connues concernant notre plat national. Ainsi, Le mystère insondable du pâté chinois est un livre complètement ludique, un petit thriller agrippant, jouant avec toutes les pistes qui pourraient se révéler utiles dans notre quête. De plus, on ne nous laisse pas sur notre faim, car des recettes de chefs sur des variations du pâté chinois concluent parfaitement cet ouvrage.

Le kitsch peut être poussé beaucoup plus loin: mouvement artistique, débat philosophique et sociologique exploré par Nietzsche, Kundera et Abraham Moles, phénomène mondial et symptôme lié à nos habitudes de surconsommation moderne, etc. L’étude du kitsch est loin d’être terminée, car ce dernier est toujours en évolution: laissons donc les experts en faire l’analyse. Je vous laisse sur une petite liste de livres et d’un site Web intéressant à consulter, en attendant la publication de livres sur le casse-croûte, le miniputt, les voyages à Old Orchard et, pourquoi pas, Hollywood Beach!

Bibliographie :
Montréal Kitsch, Sébastien Diaz La Presse 240 p. | 29,95$
Motel Univers: Bienvenue au Québec, Olga Duhamel-Moyer Héliotrope, 226 p. | 29,95$
Maudite Poutine! Charles-Alexandre Théorêt, Héliotrope, 160 p. | 24,95$
Sacré dépanneur!, Judith Lussier, Héliotrope, 226 p. | 22,95$
Le mystère insondable du pâté chinois, Jean-Pierre LeMasson Amerik Media, 140 p. | 22,95$
Quelques remarques à propos du kitsch, Hermann Broch Allia, 48 p. | 11,95$

Journal de Mado

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