Entrevues

Littérature policière

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Ian Manook

Ian Manook

Par Sabica Senez, publié le 27/11/2015

Lauréat du nouveau Prix international du roman policier de Saint-Pacôme.

Entrevue réalisée par Les libraires en octobre 2015, pour son catalogue de Noël.

Vous êtes un grand voyageur et vous publiez sous quelques pseudonymes. Devrait-on y voir un désir de vivre plusieurs vies à la fois?
La tentation est grande en effet de vivre plusieurs vies à la fois, mais les voyages contribuent en fait exactement au contraire. Faire d’une seule et même vie quelque chose de plus dense, de plus riche et de plus varié. Quant aux pseudos, c’est plus par jeu et par volonté de ne pas me prendre au sérieux que j’y ai recours. Déjà, jeune journaliste pigiste dans les années soixante et soixante-dix, je signais mes articles de sobriquets américains à double sens : Larry Tournel, Henry Bambell, Harry Cover… Par la suite, mes pseudos littéraires ne furent que des clins d’œil phonétiques à la langue brésilienne : Paul Eyghar (faire du stop en brésilien), Jacques Haret (le caïman du Mato Grosso). Voyager ou inventer des pseudos, c’est donc plus mieux vivre ma vie sans prendre la grosse tête plutôt que de m’inventer plein d’autres vies prétentieuses.

Quelle richesse a pu apporter à votre écriture la découverte d’autres cultures?
C’est par l’envie de décrire les émotions et les paysages qui m’ont marqué que je suis venu à l’écriture. Trouver les mots, dans sa propre langue, pour essayer de dire les choses d’autres mondes et d’autres cultures; raconter sa vie nouvelle à ceux qu’on aime et qu’on a laissés loin de soi; tirer de sa solitude des raisons de rester encore un peu plus longtemps seul parmi des amis nouveaux et lointains, c’est de là que vient l’écriture. Voilà ce qu’apportent les voyages et les rencontres.

Au Québec, parce que le marché est tout petit, aucun écrivain ne peut connaître un succès de l’ampleur de celui que vous vivez en France. À quel moment ce succès étouffe-t-il la création plus qu’il ne l’alimente?
Je suis trop jeune comme auteur et trop vieux comme homme pour pouvoir répondre à cette question. Pour l’instant, l’envie d’écrire dépasse de loin le bonheur d’être vendu. C’est l’avantage de commencer tard. À mon âge, je ne cherche à construire ni une carrière, ni une œuvre. Et puis je porte toujours un bonnet breton porte-bonheur dont j’ai fait cercler de fer le rebord à l‘intérieur pour m’empêcher d’enfler de la tête…

J’ai lu que votre prochain livre ne serait pas un polar. Peut-on en savoir un peu plus?

En fait, je faisais référence à un roman « littéraire » que j’avais écrit avant les Yeruldelgger et que j’ai repris depuis. Je l’ai retravaillé et il est terminé. Mais le prochain manuscrit que je proposerai à mon éditeur sera encore un polar qui se déroulera encore « ailleurs », mais bien loin de la Mongolie. C’est après ces quatre polars noirs que j’envisage de faire une petite pause « blanche ».

Notre coopérative vous a remis en octobre le tout nouveau Prix international du roman policier de Saint-Pacôme. Quelle place occupent les libraires dans votre vie?

Contrairement à ce qu’on pense, Yeruldelgger n’a pratiquement bénéficié d’aucune télé, de pratiquement pas de radio, et de très peu de presse. Le succès s’est construit à partir du bouche à oreille parmi les lecteurs et du buzz sur la toile, mais surtout sur grâce aux coups de cœur des libraires. J’ai une relation très particulière avec les libraires. Il y a une librairie à deux pas de chez moi à Paris, et j’y passe au moins une fois par jour. Les librairies sont des endroits captivants, des cavernes l’Ali-Baba, des îles au trésor. Je suis souvent fasciné par la culture des libraires et leur connaissance des livres qu’ils proposent. Il m’est souvent arrivé, lors de signatures à Paris ou en province, que certains connaissent mieux mes personnages que moi. Au cours d’un dîner avec des libraires, après une signature à Lyon, j’ai été sidéré de les entendre citer entre eux des extraits de dialogue que j’avais moi-même oubliés. Ce sont des gens de passion, agressés de toute part par un environnement économique et médiatique avide de superficiel et de rentabilité, et qui sont pourtant les garants de notre survie intellectuelle. Parce que chaque livre est une parcelle de notre liberté de penser.

Quels livres aimeriez-vous offrir à Yeruldelgger, le personnage central de vos deux polars, pour ce Noël?
Je lui offrirai Rencontre avec des hommes remarquables de Gurdjeff et Dersou Ouzala de Vladimir Arseniev. Et puis quelques livres de Stefan Zweig, de Buzatti ou de Malaparte.

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