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Histoires de flics

Histoires de flics

Par Norbert Spehner, publié le 10/12/2009
Au début était le paradoxe! En effet, dans les premiers récits dits policiers, les forces de l’ordre n’ont pas vraiment le beau rôle. Chez Edgar Allan Poe, le héros est un détective amateur aux intuitions fulgurantes alors que les policiers sont dépeints comme des incompétents, incapables d’interpréter correctement les indices. Même chose chez Arthur Conan Doyle, où l’inspecteur Lestrade, fine fleur de Scotland Yard, est un être borné, sans imagination, qui se fait damer le pion par le très futé Sherlock Holmes. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour qu’apparaisse le récit de procédure policière, mettant en scène des flics qui ne sont ni corrompus ni incompétents. Centré sur la description minutieuse du travail d’investigation des forces de l’ordre, ce sous-genre, toujours très populaire, constitue le noyau pur et dur du polar contemporain.
En Angleterre, Lynda Laplante, scénariste de la série dramatique Suspect no 1, est une des meilleures représentantes de ce type de récit. Le dahlia rouge est le deuxième volet d’une série mettant en vedette Anna Travis et ses collègues de la brigade criminelle aux prises avec une affaire qui sort de l’ordinaire: on a découvert le corps d’une jeune fille, coupé en deux et vidé de son sang. Ce crime sordide rappelle en tous points l’affaire du Dahlia noir (Los Angeles, 15 janvier 1947), un meurtre horrible jamais résolu. Le suspect s’identifie au tueur américain, bien décidé à narguer les forces de l’ordre et à déjouer les efforts des enquêteurs lancés à ses trousses. Avec un talent de conteur qui ne se dément jamais, l’auteure nous entraîne dans cette enquête minutieuse, rapportée jour après jour d’une manière quasi journalistique. Dans la première moitié du roman, les enquêteurs s’efforcent d’identifier le coupable, alors que par la suite, une fois l’assassin découvert, il s’agit encore de prouver sa culpabilité, de le piéger. Une histoire dramatique à souhait, des personnages crédibles et bien campés, un rythme de série télévisée, un suspense constant et un dénouement satisfaisant font de ce Dahlia rouge une lecture tout à fait passionnante.

L’inconnu du Nord, d’Anna Jannson, met en scène l’inspecteur Maria Wern, qui enquête sur le meurtre d’un campeur retrouvé égorgé à la lisière d’un bois. L’action est située sur l’île de Gotland, un des plus beaux paradis sauvages de Suède, un lieu de villégiature fréquenté par des milliers de touristes. Alors que l’inspecteur voit sa routine bousculée (les meurtres sont rares sur Gotland) par cette affaire qui présente quelques aspects bizarres, une épidémie de fièvre foudroyante se déclenche, semant la terreur dans la petite ville de Visby et ses alentours. D’abord plongé dans une histoire policière plutôt classique, le lecteur se retrouve bientôt dans une intrigue de thriller médical haletant à la Robin Cook. Aidée du seul médecin qui lutte encore, Maria Wern est bien décidée à mettre la main au collet du ou des responsables des malheurs qui frappent son île. Anna Jansson, une ex-infirmière, est l’un des auteurs de romans policiers les plus lus en Suède. Dans ce récit ingénieux et angoissant, elle utilise habilement ses connaissances des techniques de l’investigation criminelle et celles de l’univers médical pour en faire un mélange hautement dramatique. Ce roman, d’une actualité brûlante (il est question d’une épidémie de grippe aviaire), a été adapté au cinéma.

C’est aussi dans un décor insulaire que se déroule l’intrigue de Le mort du chemin des Arsène, de Jean Lemieux, deuxième volet des aventures du sergent-détective André Surprenant, membre de la Sûreté du Québec, en poste aux Îles de la Madeleine. Alors qu’il s’apprête à quitter l’archipel, Surprenant doit mener une dernière enquête. Quelqu’un a assassiné Romain Leblanc, un musicien au sommet de sa gloire, grand tombeur de femmes et riche propriétaire. Les suspects ne manquent pas, l’enquête s’annonce plus complexe que prévu. L’auteur fait défiler à la barre des témoins toute une galerie de personnages bien typés dont plusieurs avaient de bonnes raisons (jalousie, haine, cupidité, vengeance) d’éliminer le musicien. En dépit de quelques longueurs et d’un nombre un peu élevé de protagonistes, Lemieux nous entraîne une fois de plus, avec beaucoup de bonheur, dans l’univers particulier de cet archipel isolé, battu par les vagues et le vent, où se cachent de terribles secrets de famille, où bouillonnent les passions refoulées. Avec, en prime, une incursion dans le domaine de la musique traditionnelle où les rivalités professionnelles, la prétention et le choc des egos n’ont rien à envier à ce que l’on trouve parfois dans d’autres secteurs de la vie culturelle. Un récit agréable et dépaysant!

Dans Ciels de foudre, de C. J. Box, c’est un autre type de représentant de la Loi qui est le personnage principal. Joe Pickett est un garde-chasse du Wyoming qui applique la loi à la lettre. Impitoyable avec les braconniers, ennemi juré des fêlés de la gâchette en tous genres, il n’hésite pas à mettre son nez dans certaines affaires criminelles, même si elles ne sont pas de son ressort. Ainsi, quand disparaît Opal Scarlett, propriétaire du plus grand ranch de la région, il assiste impuissant à la querelle violente qui oppose les trois héritiers. Mais Opal est-elle vraiment morte? Malgré les objections de son supérieur immédiat qui le déteste, Joe Pickett est bien décidé à tirer cette affaire au clair, d’autant plus que le shérif local, un personnage veule et corrompu, refuse de s’impliquer. Pour compliquer davantage la situation, les cadavres commencent à s’accumuler à cause de la présence de John Wayne Keeley, un ex-guide de chasse qui a un compte à régler avec Joe. Comme les précédentes, cette sixième aventure de Pickett tient à la fois du western et du polar, alors que l’intrigue se déroule dans les décors grandioses, rugueux et sauvages de cet État américain du Far West qui, à bien des égards, a réussi à conserver son cachet d’antan et dont les habitants continuent de vivre selon un mode de vie très proche de la nature.



Bibliographie :
Le dahlia rouge, Lynda Laplante, Du Masque, 454 p. | 29,95$ L’inconnu du Nord, Anna Jansson, Le toucan noir, 432 p. | 32,95$ Le mort du chemin des Arsène, Jean Lemieux, La courte échelle, 454 p. | 29,95$ Ciels de foudre, C. J. Box, Seuil, 288 p. | 32,95$
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