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Les libraires - Numéro 104
Un peu d'histoire amérindienne

Un peu d'histoire amérindienne

Par Jean-Dominic Leduc, publié le 11/12/2017

Dans la foulée des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, très peu d’initiatives ont mis en lumière l’extraordinaire histoire de sa fondation. Outre Hochelaga, terre des âmes du cinéaste François Girard, c’est le 9e art qui sauve la mise avec un captivant diptyque publié chez Glénat Québec.

Les festivités du 375e ont été lancées par un spectacle à grand déploiement. Ont suivi la parade des géants et la course de Formule E qui, pour l’anecdote toponymique, emprunta l’avenue Viger, nom du premier maire de Montréal. Dans toutes ces activités, l’Histoire a brillé par son absence. Surtout celle des Premières Nations, dont plusieurs factions ont été essentielles à la construction de Montréal. Heureusement, le Québec compte parmi ses auteurs François Lapierre, émérite illustrateur et conteur qui explore, depuis ses débuts en 2003, la riche mythologie amérindienne. D’abord dans Sagah-Nah (Soleil, deux tomes), puis le superbe Chroniques sauvages (Glénat Québec), dont il signe le scénario et les illustrations, Lapierre investit le sujet autochtone avec une érudition rafraîchissante et une verve inédite.

En cette fin d’année commémorative, l’auteur livre 1642, Osheaga et 1642, Ville-Marie,un formidable diptyque qui relate la fondation de Montréal. Épaulé par Tzara Maud à la scénarisation, Lapierre y raconte cette naissance de la perspective d’un Algonquin et de celle d’un jeune colon français. Unis par une profonde amitié, les deux hommes feront tout en leur pouvoir pour préserver cet espace d’échange et de paix entre les deux cultures.

Pour 1642, Osheaga, Lapierre agit également à titre d’illustrateur. Son trait arrondi et élégant sied à ravir à ce pan de récit consacré au héros algonquin, offrant de magnifiques scènes en nature teintées d’un onirisme sublime. Coloriste chevronné (Magasin généralAvant la quêteLe grand mortLe troisième testament – Julius), il offre ici un travail chromatique d’une richesse et d’une sensibilité rares. Quant à 1642, Ville-Marie, c’est Jean-Paul Eid qui œuvre à titre d’illustrateur. À la suite de son extraordinaire Femme aux cartes postales publié aux éditions La Pastèque en 2016, Eid, l’un de nos plus grands auteurs de bande dessinée, offre un album époustouflant. Grand maître du découpage, il livre un haletant récit qui, malgré une densité narrative certaine, est d’une limpidité absolue. Son approche graphique naturaliste, doublée d’un souci du détail historique, le désignait comme le parfait candidat pour illustrer le récit mettant en scène le jeune et fougueux Gauthier.

Ce diptyque est indéniablement une très grande réussite. D’abord parce qu’il aborde l’Histoire avec une fougue contagieuse. Car si ce double récit repose sur de solides bases historiques, il s’avère aussi une captivante aventure. En ce sens, ce doublé devrait être intégré au corpus d’histoire comme lecture obligatoire. Aussi, il traite d’un sujet relativement peu fréquenté dans notre bande dessinée : les Autochtones. En cette époque où « l’autre » est source de peur, de haine et d’incompréhension, il est urgent de s’intéresser à ces peuples fondateurs qui sont malheureusement devenus les grands oubliés de l’Histoire, et à qui nous sommes collectivement redevables.

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Après Darwin, Marco Polo et Magellan, la collection Explora des éditions Glénat, consacrée aux grands explorateurs de l’Histoire, se penche sur le second voyage de Jacques Cartier en sol américain. L’explorateur y fait la rencontre des Iroquois, un peuple beaucoup plus érudit qu’il n’y paraît. À leur contact, il découvre une culture riche, dont il tente de consigner les moindres détails dans ses carnets. Il comprend rapidement que le succès de l’édification d’une colonie doit se faire avec la collaboration des natifs. L’illustrateur québécois Patrick Boutin-Gagné, à qui l’on doit La bête du lac, en collaboration avec François Lapierre au scénario, insuffle un dynamisme opportun à ce récit fort chargé. Son trait mangaesque et ses compositions généreuses nous font naviguer avec aisance dans cette haletante aventure. Un copieux dossier de huit pages clôt l’album.

Le 21 mai 1644, Tokhrahenehiaron, un Iroquois fait prisonnier par les Français, part seul en canot de Trois-Rivières en direction d’Ossernonon (État de New York), afin de transmettre aux siens l’offre d’un échange de prisonniers. Ce prélude à un éventuel traité de paix est l’occasion pour lui de pagayer près de 500 kilomètres en une vingtaine de jours seulement. Ce formidable voyage initiatique auquel nous convie le trop rare Louis Rémillard est l’occasion de réfléchir à notre rapport que nous entretenons avec ce territoire ancestral que nous souillons impunément, mais aussi à notre relation à l’Histoire qui fait mentir la devise « Je me souviens » qui orne les armoiries du Québec, ainsi que nos plaques d’immatriculation. Une lecture nécessaire, bouleversante.

 
                       

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