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Viva Italia!!

Viva Italia!!

Par Michèle Roy, Lorraine Guillet, Yves Guillet et Daniel Dompierre, Le Fureteur, publié le 17/06/2009

L’Italie est probablement le pays dont les régions ont le plus de «personnalité». Même si (ou peut-être parce que) culturellement nous y sommes liés, elle n’échappe pas à un exotisme certain et incite à l’évasion, tant en raison de ses villes riches en histoire que de ses paysages inspirants, qui comptent parmi les plus beaux au monde. L’Italie fait rêver. Et parmi ses nombreuses destinations touristiques, la région de la Toscane et la ville de Venise constituent certaines des plus magnifiques et représentatives de la dolce vita.

Éloge de l’épicurisme
L’Américaine Frances Mayes, professeure de littérature, achète sur un coup de tête une demeure délabrée au cœur de la Toscane. «Bramassole» devient la maison du bonheur et de tous les projets. Son mari et elle restaurent l’habitation et découvrent une région riche de ses gens, de ses coutumes et de ses traditions culinaires. De cette expérience naît Sous le soleil de Toscane, un récit intimiste, superbement écrit, à la manière du fameux Une année en Provence de Peter Mayle. Quelques années plus tard, Mayes publie Bella Italia, où elle évoque ses rapports avec les gens, les paysages, les monuments, les saveurs, les vins. Ce second livre suggère un art de vivre, dont nous partageons l’émerveillement l’espace d’un printemps, puis d’un été ensoleillé. Dans l’album En Toscane, enfin, l’auteur célèbre, à travers une sélection de photographies, les plaisirs de la vie à l’italienne: à la maison (la casa), dans la cuisine (la cucina), dans les restaurants (il ristorante), sur la place (la piazza), avec les fêtes traditionnelles, puis à la campagne, avec les vignobles et les champs d’oliviers.

À travers l’exploration des ressources infinies de son terroir d’adoption, Frances Mayes ne cesse de nous émerveiller avec les beautés du pays toscan, la richesse de sa culture et l’hospitalité de ses habitants. (M.R.)

Carnets vénitiens
Comme Paul Morand dans Venises, «je reste insensible au ridicule d’écrire sur Venise». J’en ai beaucoup rêvé avant d’y aller, et je vous invite à préparer votre voyage hors des sentiers battus avec quelques précieux guides.

Commencons par la journa­liste Liliana Magrini qui, dans Carnet vénitien, paru chez Gallimard une première fois en 1956 puis réédité en 2002, dévoile des lieux secrets et nous entraîne dans le quotidien de la ville. Poursuivons notre route avec Les balades de Corto Maltese des Italiens Guido Fuga et Lele Vinaello, qui ont recréé les promenades préférées du bédéiste Hugo Pratt, père du célèbre
personnage de bande dessinée. Abondamment illustré, l’album dévoile les icônes et les mystères de la cité des Doges. Un substantiel carnet d’adresses mis à jour en 2007 complète le tout. Quant à Michel Mohrt, un aquarelliste, il en esquisse les plus jolies scènes dans Les dimanches de Venise. Terminons avec un ouvrage de nature informative: l’instructif Venise de Jean-Michel Brèque est un guide historique, artistique, culturel et littéraire assez complet. Après ces lectures, vous êtes prêts à vous envoler!

Une fois sur place, plongez dans l’anthologie d’Agnès Michaux intitulée Le roman de Venise. Vous verrez la Sérénissime à travers les plus beaux textes des auteurs de tous les temps. Si le format poche
s’impose à vous, choisissez alors Les papiers de Jeffrey Aspern de Henry James, Seule Venise de Claudie Gallay ou n’importe quelle enquête du personnage fétiche de Donna Leon, le commissaire épicurien Brunetti. Vous apprécierez son plus récent opus en grand format, Requiem pour une cité de verre, qui se déguste jusqu’à la dernière phrase!

Vos enfants vous accompagnent? Pour les plus grands, voici une suggestion de polar: Le professeur a disparu, la première enquête de P.P. Cul-Vert par Jean-Philippe Arrou-Vignot, et pour tous, Le luthier de Venise, un beau conte illustré par Frédéric Clément. De retour à la maison, remémorez-vous vos souvenirs avec Venise de Toni Catany, un bel album de photographies aux teintes un peu délavées à la manière des images anciennes. À moins que vous ne préfériez les vues aériennes de Marcello Bertinetti dans Venise vue du ciel.

Allez, bon voyage! Moi, à défaut d’y aller avec vous, je crois que je vais tout relire! (L.G.)

Direction sud
Moins emblématiques, peut-être, les régions du Sud ont tout de même inspiré plus d’un auteur. Grâce à cette riche littérature, transportons-nous d’abord en Ligurie, avant de descendre en Campanie, dans les Pouilles et, finalement, en Sicile.

Lorsque je pars en voyage, j’aime bien apporter avec moi un livre qui me plonge dans l’ambiance ou le décor du pays visité. Parlant voyage, on ne saurait passer à côté du sympathique Avril enchanté de l’Australienne d’origine anglaise Mary Beauchamp (1866-1941), mieux connue sous le nom d’Elizabeth Von Arnim. Paru en 1922, ce roman plein de charme raconte comment deux amies, lasses de la grisaille londonnienne, se trouvent deux compagnes pour pouvoir louer durant un mois un château dans la région de Gênes. Ce huis clos permet à l’écrivaine de faire ressortir les caractères de ces femmes bien différentes les unes des autres, et ce, avec un humour tout à fait anglais.

Plus grave, Le Christ s’est arrêté à Eboli, publié en 1945, est quant à lui fortement inspiré d’un pan de la vie de son auteur, Carlo Levi (1902-1975). Antifasciste en pleine époque mussolinienne, Levi est mis en résidence surveillée au milieu des années 1930, au sud de la région napolitaine. Le Christ ne s’est pas rendu à Gagliano; il s’est arrêté à un village voisin. Le narrateur raconte l’année qu’il a passée dans ce lieu de misère où, peu à peu, il réussit à se faire accepter par ces gens de peu résolus à leur sort. C’est un livre empreint d’une grande humanité.

En 2004, le talentueux Laurent Gaudé voit publier, chez Actes Sud, son magnifique roman, Le soleil des Scorta, qui mérite cette année-là le Goncourt. Je le dis, c’est un des meilleurs livres que j’ai lus ces dernières années. Avec la puissance narrative qu’on lui connaît, Gaudé met en scène une famille pauvre du Sud de la péninsule italienne vivant depuis les années 1870 sous le poids d’un tragique secret qui a forgé l’identité des membres de plusieurs générations. Honnie par les villageois mais attachée à sa terre, la famille réussit à se faire une vie, qui n’est pas pour autant exempte d’adversité, mais qui est emplie de fierté et de joies. Un grand livre, et un conteur hors pair. Puis, avec La porte des enfers, paru en 2008, c’est à Naples que cet auteur français nous amène, dans une quête impossible, presque magique. (Y.G.)

Le roi guépard
Le guépard, l’unique roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, est une sorte de testament. Le livre est à peine achevé quand l’écrivain est emporté par la maladie. C’était en 1957. Porté par une écriture lyrique empreinte d’une profonde nostalgie, Le guépard raconte la fin de la vie du prince Fabrice Salina, grand aristocrate de Sicile. Mais c’est aussi la fin d’une époque qui nous est décrite, une période confrontée aux bouleversements politiques et sociaux: l’Italie moderne se profile. Le prince Salina, personnage attachant, tendre mais très fier, est le spectateur parfois amusé des tourments d’un monde nouveau, avec les émois et les passions qui bousculent le passé, les traditions. Il cherche à
comprendre les raisons qui font s’agiter les uns et les autres, criant haut et fort leur désir de liberté, leur soif d’indépendance et leur espoir dans une république salvatrice.

Salina revoit son parcours, celui de sa famille, et pressent sa mort. On sent la fatigue et un sentiment de résignation chez le vieux prince, qui s’ouvre au monde, regarde sa vie en face et se demande comment tout cela finira. Combien de temps encore la jeunesse du cœur survivra-t-elle à la vieillesse du corps et à l’usure de ce monde qui change? Ce personnage demeure debout avec sa stature et sa prestance, encore émerveillé par ce qui l’entoure, jusqu’au ciel de milliers d’étoiles. Il réaffirme en un dernier souffle ses valeurs, ce en quoi il a toujours cru, mais laisse aussi percer ses doutes. Tout ce qui compte vraiment, pour qui a vécu. Pour qui veut lire aussi un roman magnifique! (D.D.)


Bibliographie :
Sous le soleil de Toscane, Frances Mayes, Folio, 464 p. | 15,95 Bella Italia, Frances Mayes, Folio, 426 p. | 14,95$ En Toscane, Frances Mayes et Edward Mayes (texte) Bob Krist (photo), Quai Voltaire, 272 p. | 76$ Venises (avec un CD d’entretiens), Paul Morand, Gallimard, 218 p. | 18,25$ Carnet vénitien, Liliana Magrini, Le Promeneur, 190 p. | 31,50$ Les balades de Corto Maltese, Guido Fuga et Lele Vianello, Casterman, 220 p. | 42,95$ Les dimanches de Venise, Michel Mohrt, Folio, 128 p. | 12,95$ Venise, Jean-Michel Brèque, PUF., 406 p. | 56,95$ Le roman de Venise, Agnès Michaux, Albin Michel, 400 p. | 36,95$ Les papiers de Jeffrey Aspern, Henry James, Livre de poche, 188 p. | 10,95$ Seule Venise, Claudie Gallay, Actes Sud, 304 p. | 14,95$ Requiem pour une cité de verre, Donna Leon, Calmann-Levy, 284 p. | 32,95$ Les 14 autres enquêtes de Brunetti sont publiés chez Points, environ 14,95$ ch. Le professeur a disparu: Enquête au collège, Jean-Philippe Arrou-Vignod, Folio Junior, 128 p. | 11,50$ Le luthier de Venise, Claude Clément (texte) et Frédéric Clément (ill.), L’école des loisirs, 32 p. | 9,50$ Venise, Toni Catany, Du Rouergue, 188 p. | 54,95$ Venise vue du ciel, Simona Stoppa (texte) et Marcello Bertinetti (photo), White Star, 188 p. | 74,95$ Avril enchanté, Elisabeth Vob Arnim, 10/18, 368 p. | 14,95$ Le Christ s’est arrêté à Eboli, Carlo Levi, Folio, 302 p. | 14,95$ Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, J’ai lu, 248 p. | 11,95$ La porte des enfers, Laurent Gaudé, Actes Sud, 266 p. | 29,95$ Le guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Points, 360 p. | 15,95$

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