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Les libraires - Numéro 100
Le 100e

Le 100e

Publié le 10/04/2017

Qui l’eût cru : une revue québécoise d’actualité littéraire qui se rend jusqu’à son centième numéro! Mais nous y sommes bel et bien, 100 numéros plus tard. Si depuis son premier numéro, le 1er novembre 1998, la revue Les libraires a connu beaucoup de changements (de journal à revue, de noir et blanc à couleur, de Libraire à Libraires), elle perdure grâce à son équipe dévouée, aux libraires valeureux, aux lecteurs assidus et, surtout, grâce à cette passion commune pour les livres. Nous profitons donc de l’occasion de cette édition spéciale pour donner la parole aux anciens membres de l’équipe de la rédaction ainsi qu’aux libraires, maillon essentiel de la revue, sans qui elle ne serait pas aussi vivante, aussi vivifiante.

Ils ont fait de la revue celle que vous connaissez maintenant. Ils ont été parmi les membres fondateurs, ils ont dirigé les pages et l’équipe de rédaction, ils ont été chroniqueurs. Avec de tels prescripteurs passionnés, de tels visionnaires engagés, oui, il est parfois bon de retourner butiner du côté de nos « ex »!

Antoine Tanguay
De Libraire à Libraires, quelques souvenirs en rafale (et à l’infinitif)
S’asseoir avec Denis qui a (encore) une idée. Partager avec lui et Stanley, qui ne recule devant rien, pas même un entretien avec un enfantôme, le début de quelque chose de culotté, de grand et, soyons francs, sans doute voué à l’extinction. Se rendre compte que l’enthousiasme des Libraires est sans bornes et qu’il y a des limites à boucler un numéro à l’aube. Rencontrer ma future épouse dans une réunion. Réussir à la sortir du Saguenay (mais pas à sortir le Saguenay d’elle). La voir supporter des rédacteurs portés sur les délais élastiques et propulser Le libraire dans une autre dimension. Se dire que ce projet ira loin. Faire des entrevues, des portraits d’auteurs qu’on admire, et ce, souvent en exclusivité. Devenir plus sérieux, changer de maquette, passer en couleurs. Voir les cahiers se multiplier. Toujours remettre sa chronique en retard ou l’écrire sur le coin du bureau du graphiste. Déménager. Partir pour répandre du livre autrement. Être chanceux d’avoir collaboré à quelque chose de grand. Bien plus tard, choisir d’écrire à l’infinitif. Parce que dans infinitif, il y a infini. Pour une revue qui est passée du singulier au pluriel, on ne peut que souhaiter que ça, l’infinité.

Hélène Simard
Parcours sans fautes
Le 18 septembre 2000, le matin de mon arrivée à la revue Le libraire, on corrigeait le numéro 8. Mon collègue qui allait devenir mon mari m’a fait comprendre que nous n’avions plus le temps pour une lecture fine de ces grandes feuilles blanches imprimées en bleu cyan à renvoyer chez l’imprimeur au plus sacrant. J’aurais bien d’autres occasions d’user mes yeux de lynx. Et il a eu raison. Pendant cinquante numéros, j’ai lu, corrigé et révisé « craques », chroniques, articles, entrevues et dossiers. On a délaissé les épreuves papier pour corriger le montage final à l’écran. J’ai énormément appris sur le monde du livre et des librairies, la force du nombre et la beauté de la collaboration. J’ai connu des gens formidables, beaucoup de gens formidables, et j’ai compris qu’une coquille dans le gros titre d’une page couverture est une broutille comparée à la mort d’un homme. Le libraire devenu Les libraires est rendu à son numéro 100. Je suis fière et privilégiée d’avoir contribué à ce projet novateur et rassembleur encore très loin de l’essoufflement malgré ses presque 20 ans. Un beau parcours sans fautes, non?

 

 

Denis Lebrun
Une histoire bien arrosée…
La création du Libraire s’est faite autour d’une (ou deux) bière avec mon ami journaliste Stanley Péan (qui en fut le rédacteur en chef jusqu’à l’an dernier), et Claire Taillon, la gérante de la librairie Pantoute. Le lendemain, l’incorporation était faite. Nous logions au début dans un « très » petit local près de la librairie, rue Saint-Jean dans le Vieux-Québec, en face du bar Le Chantauteuil, ce qui tombait bien car nous avions besoin d’une salle de réunion, et comme les meilleures idées se conçoivent dans la détente, une bière (ou deux) n’était pas de refus! Parmi ceux qui ont vécu cette époque héroïque des premiers Libraire, citons Dominic Duffaud, complice de toujours, pour créer la grille graphique, et Antoine Tanguay (Alto), ancien « pantoutien », successivement responsable de la publicité, secrétaire de rédaction et directeur artistique… Et puis, un jour, arrive comme une fleur Hélène Simard, une jeune et jolie libraire des Bouquinistes de Chicoutimi. La belle, lors d’une entrevue d’embauche comme secrétaire de rédaction (elle deviendra plus tard directrice), à la terrasse du bar… ravit instantanément, devant nos yeux ébahis et légèrement embués, le cœur d’Antoine. Pas content du tout qu’il était, Laval, des Bouquinistes, en apprenant la nouvelle. Mais pour la bonne cause, et au bout d’une bière ou deux, tout était cependant réglé. Puis Le libraire grandit, grandit, devint Les libraires et atteignit son centième numéro. Santé!

 

Stanley Péan
Histoire de geek
À l’été 2001, Flammarion lançait La machine aux yeux verts, rétrospective inédite des nouvelles de l’Américain Harlan Ellison. En réaction à cette première parution en français de mon idole d’adolescence en trente ans, j’avais proposé de solliciter une entrevue avec lui.

Les plus jeunes de la rédaction, pas forcément branchés sur la speculative fiction des années 60, 70, n’avaient pas une idée claire de l’importance du flamboyant personnage, que Stephen King considère comme un mentor. Mais l’éditeur Denis LeBrun partageait mon enthousiasme. Entre geeks, vous savez…

J’ai donc contacté Ellison à Hollywood, via son site web, puis me suis laissé distraire par le Festival international de jazz de Montréal. Quand je me suis rappelé que le bureau était fermé pour les vacances estivales, j’ai consulté à distance notre boîte vocale… juste à temps, car le système s’apprêtait à effacer automatiquement la réponse positive d’Ellison.

De ma quinzaine d’années à la rédaction de cette revue cofondée en 1998 avec Dominic Duffaud et Denis, je garde de nombreux souvenirs de cet acabit : mes éditoriaux enflammés sur les préoccupations du milieu du livre, ma collaboration avec d’autres amoureux des Belles Lettres, dont plusieurs recrutés par moi, mon plaisir renouvelé à chaque nouvelle découverte littéraire et, surtout, surtout, ces rencontres avec des écrivains d’ici et d’ailleurs, toutes guidées par la passion.

 

 

100 libraires répondent à 100 questions

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