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Les lames de Dave Duncan

Les lames de Dave Duncan

Par Denis LeBrun, Pantoute, publié le 12/04/2006
Canadien d’origine écossaise, Dave Duncan a délaissé la découverte du pétrole (et la géologie) pour écrire de la fantasy: un genre de plus en plus apprécié par les jeunes adultes, bercés par les histoires fantastiques de Tolkien et la magie de Harry Potter. Après une trentaine de romans, l’une de ses œuvres majeures est enfin disponible en français: sa trilogie «Les Lames du Roi», publiée par les éditions Bragelonne, maison en pleine ascension presque entièrement consacrée au genre. Cette version magique des romans de cape et d’épée, pleine d’humour et d’action, se lit d’une traite et n’a pas d’autre prétention que de faire passer un bon moment, fait d’exotisme et de fiction pure.
Le Hall de Fer

D’emblée, on est fascinés par cette école de jeunes délinquants qui apprennent à devenir des bretteurs invincibles et les gardes du corps du roi et de la noblesse. Ces «lames» ne sont pas sans rappeler les mousquetaires mais, fantasy oblige, avec un rituel magique. Le futur pupille doit en effet planter une épée en plein cœur de la «lame» qui lui est assignée. La plaie se referme en quelques secondes et la lame est liée à vie à son pupille, au point où elle devient folle à la mort de ce dernier. Les lames sont les personnages principaux et le fil conducteur de la trilogie. Elles s’appellent messires Bandit, Moisson, Rien, Pillard, Fouet, Chien ou Mangeloup. Elles sont fidèles (surnaturellement!), fantasques, drôles et insatiables en amour… d’autant plus qu’elles ne dorment jamais.


À la recherche de la pierre philosophale

Premier tome de la trilogie, L’Insigne du Chancelier nous raconte la vie de Durental. Cette lame légendaire, d’abord liée à un seigneur veule, puis sauvée de la folie par un rituel de réversion, fut de nouveau liée par le roi Ambrose IV. Ce dernier lui donna comme mission de retrouver messire Constant, prisonnier dans un monastère à Samarinde, une lointaine contrée vaguement arabisante du fin fond du Chivial. Un lieu lugubre où chaque jour des moines guerriers supposés immortels affrontent en combat singulier, contre promesse de lingots d’or, tous ceux qui osent les défier. De l’or que l’on dit inépuisable! Mais Constant est-il vraiment prisonnier? Et que deviennent les corps de ceux qui périssent? Trahi, il revient néanmoins à temps pour contrer, à l’aide des sœurs blanches renifleuses, la conjuration des chiens, ourdie par les Élémentaires du Royaume (une confrérie de magiciens). Mais l’immortalité est une tentation bien forte pour un roi vaniteux! La prophétie selon laquelle Durental finirait par trahir son roi serait-elle vraie?


La lame rebelle

«Je regrette mais je ne peux pas»: ça ne s’était jamais vu, un candidat du Hall de Fer qui refuse en plein rituel d’être lié à son roi. C’est pourtant ce que Pillard, suivi aussitôt de Guêpe, son ami, osèrent. Le Seigneur des Terres de Feu nous transporte dans un autre continent, le Baelmark, dont les habitants aux cheveux roux, aux mœurs étrangement semblables à celles des Vikings, sont les ennemis jurés du Chivial. C’est la destinée de Pillard, de son vrai nom Paeahrd, tueur de dragon, bientôt Seigneur du Baelmark, qui nous est racontée. Une histoire de raids sanguinaires, d’enlèvements, d’esclaves brisés par magie, de conversations avec les morts, de luttes politiques pour le pouvoir, mais qui n’est pas dénuée d’honneur, d’amitiés et d’amour. C’est aussi l’histoire d’un mariage arrangé entre les deux nations rivales, qui tourne au désastre et a pour conséquence la mort d’un roi.


La fille du Roi

Dans Un ciel d’Épées, la princesse Malinda est la régente du royaume. Mais ses ennemis sont nombreux et prêts à toutes les conspirations pour l’empêcher de garder le pouvoir. Même les lames autrefois admirées sont désormais craintes et décriées à la suite de la folie meurtrière qui a suivi la mort du roi. Malinda lie, à l’occasion d’un rituel au Hall de Fer, messire Chien, une lame bourrue et exaltée qui a hâte de mourir pour elle, et qui devient son protecteur et son amant. Une armée levée par son cousin marchera pour détruire le Hall de Fer. Les milliers d’épées des lames disparues qui couvrent le plafond de la grande salle de ce lieu magique sont visées. Accusée de traîtrise et de meurtre dans un procès jugé d’avance, Malinda s’évade et décide changer le cours de l’Histoire…


Magie et uchronies

C’est en bien peu de mots résumer trois livres foisonnant d’intrigues et de rebondissements. Dave Duncan a du souffle: c’est un créateur de mondes à l’imagination débordante. C’est aussi un maître pour raconter des histoires trépidantes dont les personnages sont fouillés et attachants; il sait transformer un univers médiéval familier en des mondes exotiques où la réalité est mouvante. Car il ne faut jamais oublier la dimension magique de l’œuvre de Duncan. Méfiez-vous des petites entorses temporelles à travers la trilogie; elles ne sont pas fortuites. L’auteur est audacieux et peut vous réserver des surprises! La trilogie «Les Lames du Roi» représente de la grande fantasy, et Dave Duncan est un auteur qu’on pourra lire longtemps, puisque son œuvre commence à peine à être traduite en français.

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Bibliographie :
L’insigne du Chancelier, Bragelonne, 388p., 38,95$ Le Seigneur des Terres de Feu, Bragelonne, 407p., 38,95$ Un ciel d’Épées, Bragelonne, 410p., 38,95$
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