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Littérature québécoise

Les libraires - Numéro 108
Votre rentrée littéraire 2018 : Littérature québécoise

Votre rentrée littéraire 2018 : Littérature québécoise

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 31/08/2018

À surveiller

Querelle de Roberval
Kevin Lambert (Héliotrope)
Après un premier roman remarqué (Tu aimeras ce que tu as tué), Kevin Lambert nous impressionne à nouveau avec un deuxième roman d’une grande puissance. À la scierie de Roberval, les employés sont en grève. Épuisés de ces conflits, les employés souhaitent se sortir de la misère et en veulent à leur patron. La situation risque de dégénérer; le chaos est si vite arrivé quand le malheur frappe.

 

Le visage originel
Guillaume Morissette (Boréal)
Poursuivant sa proposition audacieuse et sensible amorcée dans Nouvel onglet, Guillaume Morissette se fait l’observateur du désenchantement ambiant et de ce que signifient l’amour, l’art et l’argent à l’ère numérique. Daniel, 29 ans, n’arrive pas à se poser, oscille entre plusieurs emplois et rêve de créer de l’art sur Internet. 

 

Reine de miel
Simon Paradis (Marchand de feuilles)
Premier roman de grande envergure, Reine de miel débute tel un thriller alors qu’un corps est retrouvé dans une cuve de miel. Qui a commis le meurtre, mais aussi... comment? Puis, on bifurque : un artiste mexicain reconnu qui collectionne des masques fabriqués à partir de miel dévoile au lecteur qu’en plaçant devant son visage un des masques, il plonge dans l’univers d’un apiculteur bien précis… Entre hommage au miel, roman d’action et grande fresque familiale, Reine de miel fera assurément jaser. [JAP]

 

Les écrivements
Matthieu Simard (Alto)
Alors que le passé lui pesait, Suzor est parti sans jamais revenir. Quarante ans plus tard, celle qu’il a quittée, Jeanne, maintenant âgée de 81 ans, l’a presque oublié. Du moins, c’est ce qu’elle s’est efforcée de faire après son départ. Tout ce qu’elle avait enfoui refait surface lorsqu’elle apprend que Suzor est atteint d’Alzheimer. Elle doit le retrouver pour qu’il n’oublie pas ce qu’ils ont été, pour qu’ils partagent encore leurs souvenirs. Ce roman doux et sensible plonge avec finesse au cœur de la mémoire et de l’oubli.

 

Ce qu’on respire sur Tatouine
Jean-Christophe Réhel (Del Busso Éditeur)
La fibrose kystique, dont le narrateur est atteint, accable son quotidien. Usé par la vie et la maladie, il erre d’un emploi à l’autre, traîne son âme en peine. Entre ses errances, ses séjours à l’hôpital et sa vie qui s’égrène lentement, il rêve à la planète Tatouine et fréquente une fille rencontrée au Super C où il travaille. Après des recueils de poésie remarqués, Jean-Christophe Réhel livre un premier roman singulier sur les aléas de la vie, la maladie, la fatigue et la solitude.

 

Le nombril de la lune
Françoise Major (Le Cheval d’août)
Lauréate du prix Adrienne-Choquette pour son recueil de nouvelles Dans le noir jamais noir, Françoise Major récidive avec un nouveau recueil, comprenant vingt-cinq histoires, toujours aussi imagées. Elle y dépeint Mexico, cette mégapole où elle a séjourné pendant six ans, ce lieu de tous les possibles où se côtoient les extrêmes : beauté et laideur; tradition et modernité; amour et cruauté.

 

Les bains électriques
Jean-Michel Fortier (La Mèche)
Il y a un petit quelque chose des romans du terroir dans l’œuvre que dessine Jean-Michel Fortier. Après avoir prouvé son talent dans Le chasseur inconnu, il nous entraîne à nouveau dans un village, avec tout ce qu’il peut amener de commérages, d’étrangeté, de liens incongrus ou de personnages hauts en couleur. Le prétexte de ce retour au village : une comédienne, dix ans après son départ, revient sur les lieux qui l’ont vue grandir. Mais le tout ne se fait pas sans heurts pour certains… [JAP]

 

Roman familial
Maxime Olivier Moutier (Québec Amérique)
Dirigée par Danielle Laurin, la collection « III » chez Québec Amérique fait place à Maxime Olivier Moutier, qui succède à Catherine Mavrikakis et à Marc Séguin pour écrire autour de trois souvenirs marquants dans sa vie. Les souvenirs peuvent être inventés ou non. Dans Roman familial, Moutier fouille son enfance et observe les racines de son identité, ce qui l’a forgé. On embarque toujours dans les douces folies signées Moutier.

 

L’ivresse du jour 1
Shanti Van Dun (Leméac)
La narratrice raconte la naissance de ses enfants, à qui elle est indubitablement liée. C’est beau et vertigineux. Maintenant que ces petits êtres ont besoin d’elle, elle perçoit le monde autrement et rêve de « voir tout se mêler, l’amour, le travail, les livres, les enfants, l’amitié, ce qu’on reçoit et ce qu’on donne… » Sensible et profond, ce premier roman touchera le cœur des mères  évidemment, mais pas seulement, parce que l’écriture y est fine et poétique.

 

Quelqu’un
Nicholas Giguère (Hamac)
Après son surprenant ouvrage Queues, Nicholas Giguère propose cette fois Quelqu’un, un roman écrit en vers, qui se déroule dans un bar gai en Beauce et traite de la solitude, du mal de vivre et de l’envie d’être aimé. Le jeune narrateur pose un regard désabusé sur le monde qui l’entoure, alors qu’il souhaite seulement être important pour quelqu’un et ne pas finir sa soirée seul.

 

Des retours réjouissants
Son dernier recueil de nouvelles (Êtes-vous mariée à un psychopathe?) remontant à 2009, il n’y a pas de doute : la nouvelle œuvre de Nadine Bismuth était attendue. Dans son roman Un lien familial (Boréal), elle renoue avec ses sujets de prédilection : l’infidélité ainsi que la complexité et les ambiguïtés du sentiment amoureux. C’est un bonheur de retrouver son regard aiguisé, son sens de l’humour et sa douce ironie. Après Chère Arlette en 2016, Arlette Cousture, l’auteure des Filles de Caleb, signe un autre roman choral, En plein chœur (Libre Expression), dans lequel elle explore le rapport à la religion à travers onze histoires, se déroulant de 1890 à 2000 et mettant en scène des personnages à la recherche de réponses et de paix, naviguant entre espoir, douleur et courage. L’auteure de populaires sagas historiques Louise Tremblay-D’Essiambre revient avec une nouvelle série, une trilogie, « Histoires de femmes », dont le premier tome, Éléonore, une femme de cœur, paraîtra cet automne chez Guy Saint-Jean Éditeur. Pour aider sa famille, Marion, 13 ans, travaille chez des gens riches où la cuisinière la prendra sous son aile. De son côté, Jean-Pierre Charland retrouve le clan de la famille Picard dans une nouvelle série. Dans le premier tome, Vies rapiécées (Hurtubise), Thalie, une médecin âgée de 45 ans, rentre d’Angleterre avec sa fille, née hors mariage, alors que sa mère est seule depuis la mort de son mari. Thalie espère trouver à nouveau l’amour. Dans de courts textes poétiques, dans lesquels les animaux lui servent de repère, Jean-François Beauchemin se remémore sa vie et tente de voir le monde différemment (Archives de la joie : Petit traité de métaphysique animale, Québec Amérique). L’auteur Biz signe Cadillac (Leméac), un roman qui parle de notre histoire, de notre grandeur, de hockey et de voitures. Derek, un ancien joueur de hockey professionnel, vend maintenant des Cadillac et attend un enfant avec sa blonde. La mort de son grand-père l’amènera sur le chemin de son ancêtre, fondateur de Détroit, là où Derek jouait au hockey. Jean-Philippe Baril Guérard récidive avec une œuvre toujours aussi crue et cynique, Manuel de la vie sauvage (Ta Mère), dans laquelle il s’intéresse au monde des start-ups et au capitalisme sauvage. Robert Lalonde offre Un poignard dans un mouchoir de soie (Boréal), un roman qui met en scène trois écorchés solitaires, dont la route va se croiser. Romain et Irène feront connaissance grâce à Jérémie, un jeune itinérant, un personnage fascinant. On se réjouit également des retours de Michel Tremblay (Vingt-trois secrets bien gardés, Leméac/Actes Sud), de France Théoret (Le théâtre de Dieu, Leméac) et d’Aki Shimazaki (Maïmaï, Leméac/Actes Sud).

À lire aussi
Encore et toujours des rien-pantoute, Marcel Sabourin (Planète rebelle)
La société des grands fonds, Daniel Canty (La Peuplade)
Mont de rien, Maxime Catellier (L’Oie de Cravan)
Françoise en dernier, Daniel Grenier (Le Quartanier)
Le modèle de Nice, Patrick Brisebois (Le Quartanier)

Des romans historiques à découvrir
Découvert dans À un fil du bonheur de Mélanie Calvé, le couple formé de William et Eva revient pour un deuxième tome dans Le magasin général (Fides). Les amoureux seront plongés malgré eux dans un événement douloureux de leur passé. Avec Vent du large (Libre Expression), Louise Lacoursière plonge à nouveau dans l’univers de « La Saline ». À la fin du XIXe siècle, oscillant entre Saint-Léon-le-Grand et Montréal, la vie de la famille Ricard s’avère mouvementée. Les belles fermières de Marjolaine Bouchard (Les Éditeurs réunis), ce sont huit sœurs qui dirigent la ferme familiale après le départ de leurs frères à la guerre. Les filles ont de 9 à 19 ans et ce sont les trois aînées qui mènent le bal, tentant de garder le cap pour le clan, malgré leurs différends et leurs doutes. Elles vivront aussi leurs premiers émois amoureux. L’auteur Pierre Chatillon, aussi compositeur de musique classique, présente L’homme au regard de lion (Fides), un roman historique qui s’inspire de la vie de Frédérick Rolette, un héros de la guerre de 1812. Alors que les Canadiens tentent de préserver leur identité, une histoire d’amour se trame entre une femme issue de la Haute-Ville de Québec et un homme de la Basse-Ville, deux jeunes provenant de mondes différents. C’est à Manhattan que Claude Dion nous transporte dans Il était une fois à New York (JCL). Youssef y débarque en 1858, après avoir quitté la Pologne. Dans le domaine de l’import-export où il travaille, il sera confronté à une famille influente. Il y a aussi Émilie de qui il tombera amoureux. Puis, il y aura malheureusement la guerre de Sécession qui obligera Youssef à s’engager. Comme dans sa trilogie « La famille du lac », Gilles Côtes campe son histoire en Mauricie. Dans La louve du Bas-Saint-Maurice (t. 1) : Le legs (Guy Saint-Jean Éditeur), la jeune Adèle, à la tête de l’entreprise familiale, est confrontée à un monde d’hommes dans lequel elle doit faire sa place. Sylvie Gobeil, quant à elle, raconte l’histoire de l’une des plus importantes philanthropes montréalaises du XIXe siècle, Marie-Louise Globensky, dans Lady Lacoste (Les Éditeurs réunis). À 17 ans, Marie-Louise épouse Alexandre Lacoste, avec qui elle aura sept filles. Elle souhaitera que ses filles suivent son exemple et deviennent des femmes engagées et déterminées. 

À lire aussi
Le temps de le dire (t. 4) : La force du destin, Michel Langlois (Hurtubise)
La marche des nuages (t. 3) : L’infâme, Josée Ouimet (Hurtubise)
La maîtresse d’école (t. 3) : La vieille fille des prairies, Ismène Toussaint (Les Éditeurs réunis)
La veuve aux talons rouges, Pascale Dussault (JCL)
Les saisons de l’espérance (t. 2) : Le désenchantement, Richard Gougeon (JCL)
Au cœur de la vallée (t. 2) : Partir ou rester, Madeleine St-Georges (JCL)
Chez Gigi (t. 3) : Amies pour la vie, Rosette Laberge (Druide)
Maggie (t. 4) : Le testament de Maggie, Daniel Lessard (Pierre Tisseyre)

Lire le théâtre
Déjà présentée sur scène, la pièce Ennemi public d’Olivier Choinière sera enfin publiée cet automne chez Leméac. Une famille, réunie autour d’un repas, discute de tout, s’exprime beaucoup, mais s’écoute peu et évite les débats. Chacun essaie de régler des comptes, de trouver le coupable des maux contemporains. Le dramaturge décrit les travers de la société, ce besoin collectif de s’insurger, voire de détester. Catherine Chabot, à qui l’on doit Table rase, qui traitait entre autres d’amitié, s’intéresse cette fois au couple dans le texte Dans le champ amoureux (Atelier 10), une pièce qui a été jouée l’an dernier à l’Espace Libre et qui sera reprise cet automne. Un couple, ayant vécu leur vingtaine ensemble, ne semble plus heureux, en témoigne leurs querelles. Dans la chambre, les ébats ont fait place aux joutes verbales. On renoue avec l’humour décapant de Fabien Cloutier dans Bonne retraite, Jocelyne (L’instant même). Jocelyne souhaite célébrer sa retraite avec sa famille lors d’un souper. Mais la rencontre familiale ne sera pas de tout repos, oscillant entre moments de jalousie, de maladresse et de confrontation. Cette pièce sera présentée notamment à La Licorne à Montréal cet automne et au Trident à Québec l’hiver prochain. Soulignons également chez L’instant même les parutions de L’art de la chute de Jean-Philippe Joubert (dir.) et de La bibliothèque interdite de Denis Plante. Dans sa pièce Nyotaimori (Ta Mère), l’auteure Sarah Berthiaume explore l’aliénation du travail et nos habitudes de consommation. Ce texte éclaté, parfois surréaliste, interroge notre rapport au monde. Mentionnons la parution chez Fides de Pièces de théâtre : L’œuvre complète illustrée de Gratien Gélinas, incluant ses œuvres phares Tit-Coq, Bousille et les justes, Hier, les enfants dansaient et La passion de Narcisse Mondoux. Aussi, en parlant de grand, À quelle heure on meurt? (Triptyque) rassemble des textes de Réjean Ducharme dans un collage du comédien et metteur en scène Martin Faucher.

À lire aussi
Jimmy, créature de rêve suivi de La noirceur et de Peepshow, Marie Brassard (Les Herbes rouges)
Extramoyen, Alexis Martin et Pierre Lefebvre (Hamac)

De la poésie pour s’inspirer
Après Clinique, la poète Roseline Lambert propose un recueil qui mélange récit, théorie, journal et poésie (Les couleurs accidentelles, Poètes de brousse). Marie Dupuis, quant à elle, revient avec un troisième recueil de haïkus, Le chat bourlingueur (Éditions David), qui recèle de détails, de ces petites choses qui forment une vie. L’auteure de Royaume scotch tape, Chloé Savoie-Bernard, présente Fastes (L’Hexagone), un deuxième recueil de poésie où elle poursuit son exploration du corps, rappelant le collectif Corps qu’elle a dirigé chez Triptyque. Après avoir investi le milieu carcéral dans Ailes de taule, le poète Éric Charlebois sonde cette fois la rupture amoureuse et ces couples qui s'étiolent dans Mitose (Prise de parole). Avec La ville inquiète (Poètes de brousse), Colin Zouvi publie un premier recueil de poésie, qui ne devrait pas être le dernier, tant sa voix est unique. De son côté, Carole David, lauréate du Prix des libraires du Québec pour son recueil L’année de ma disparition, nous offre à nouveau sa poésie sensible et clairvoyante dans Comment nous sommes nés (Les Herbes rouges). Après seize ans de silence, Stefan Psenak renoue avec la poésie dans le sublime titre Longtemps j’ai porté mes deuils comme des habits trop grands (Prise de parole). Sa lumineuse poésie contraste avec son exploration des deuils et de la souffrance.

La poète et médecin psychiatre Ouanessa Younsi, auteure notamment de Soigner, aimer, étudie les origines, l’enfance et l’identité dans Métissée (Mémoire d’encrier), un recueil de poèmes en prose. Patricia Lamontagne avait été finaliste au prix Nelligan en 1992 pour Rush papier ciseaux. Plus de vingt-cinq ans après, elle revient avec un second recueil, Presquailleurs (L’Hexagone), et une poésie toujours aussi intense et singulière. Nicolas Lauzon (Géographie de l’ordinaire et L’héritage du mouvement) a effectué une résidence d’écriture à l’Île Verte, où il était le gardien du phare. Le recueil de poésie qui en résulte, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (Du passage), reflète ce périple introspectif et contemplatif. Le poète dépeint l’île, le phare, le ciel, le fleuve, tout en abordant son travail d’écriture et ses rencontres. Sara Dignard (Le cours normal des choses) a réuni vingt-deux poètes et écrivaines de générations différentes pour réfléchir à leur espace de création en duo. Geneviève Boudreau, Nicole Brossard, Denise Desautels, Louise Dupré, Marie-Andrée Gill, Élise Turcotte, Rita Mestokosho et France Théoret, entre autres, ont participé à ce collectif, intitulé Ce qui existe entre nous : Dialogues poétiques (Du passage). Après un premier roman, Marée montante, Charles Quimper revient avec un premier recueil de poésie, Tout explose (Le lézard amoureux), oscillant entre le désir d’aimer et la peur de perdre. Chez Del Busso Éditeur, Marie-Élaine Guay hésite entre le doux et l’amer dans son recueil Castagnettes, abordant notamment le deuil. Dans Le chant du limon (L’Interligne), François Baril Pelletier imagine un monde meilleur, tandis que pour son premier recueil de poésie, Marie-Hélène Voyer parle de notre rapport au territoire dans Expo habitat (La Peuplade).

À lire aussi
Nipimanitu : L’esprit de l’eau, Pierrot Ross-Tremblay (Prise de parole)
Jardin brisé, Pascale Des Rosiers (L’Hexagone)
Dans les bras de l’improbable, Lili Côté (Du passage)
La cuisine mortuaire,Louise Marois (Triptyque)
La rumeur des lilas, Stéphanie Roussel (Del Busso Éditeur)
Bien commun, Marcel Labine (Les Herbes rouges)
Les secrets de l’origami, Gabrielle Boulianne-Tremblay (Del Busso Éditeur)
Poupée de rouille, David Ménard (L’Interligne)
96Bric-à-brac au bord du lac, Charles Sagalane (La Peuplade)
Arpenteur du quotidien, Donald Alarie (Les Écrits des Forges)
Concerto pour gouttes de lune, Cristina Montescu (Les Écrits des Forges)
Cartographie des vivants, Sarah Brunet-Dragon (Du Noroît)

Des premiers romans à découvrir
Le professeur et historien Laurent Turcot, à qui l’on doit l’essai Sports et loisirs : Une histoire des origines à nos jours, se lance dans le roman historique avec le premier tome de « L’homme de l’ombre », Québec, 1770 (Hurtubise). Pierre Dubois, un Français arrivé depuis neuf mois dans la ville de Québec, découvre un corps. Comme il s’avère un suspect, il entreprend de trouver le meurtrier. De son côté, Clara Dupuis-Morency signe Mère d’invention (Triptyque), roman où la narratrice écrit une lettre à l’enfant qu’elle n’a pas pu avoir.L’éditeur comparele style de l’auteure à un mélange de Marcel Proust et de Christine Angot. Le premier roman de Jean-François Villeneuve s’intitule Les chambres obscures (Lévesque éditeur). Le père de Karim, un photographe de presse, est mort, lui laissant des tonnes de photos. Parmi celles-ci, le visage d’une inconnue. En plus de vivre son deuil, Karim essaie de retrouver sa mère, qu’il ne connaît pas. D’une grande puissance, Feue (La Mèche) se compose de plusieurs voix, dont celles des membres d’une famille brisée. La violence et la fragilité des êtres se révèlent dans ce premier roman d’Ariane Lessard.

À lire aussi
After, Jean-Guy Forget (Hamac)
Aux premiers temps de l’anthropocène, Esther Laforce (Leméac)
Une irrésistible envie de fleurir, Christine Michaud (Édito)
Saints-Damnés, Marie-Laurence Trépanier (Boréal)

Des romans sensibles et touchants
Après en avoir charmé plusieurs avec La fiancée américaine, Eric Dupont propose à nouveau une fresque incroyable avec La route du lilas. Trois femmes traversent l’Amérique en suivant la floraison du lilas et se racontent des histoires, se dévoilant peu à peu. Cette oeuvre est « un de ces rares romans qui nous aident à vivre », selon son éditeur, Marchand de feuilles. L’auteure d’Annabel, Kathleen Winter, explore les affres de la guerre, les ravages qu’elle entraîne chez les gens qui la font, dans un portrait touchant et original (Onze jours en septembre, Boréal). À Montréal, un homme erre. Même s’il s’appelle Jimmy, il affirme être le général James Wolfe, ressuscité pour récupérer les onze jours perdus lorsque le calendrier grégorien a été adopté. Cet homme brisé essaie d’oublier les horreurs de la guerre. Lyne Vanier, auteure de plusieurs romans pour les jeunes, publie cette fois un roman pour adultes : La mémoire du sable (XYZ). Après une mission en Afghanistan, Mathieu n’est plus le même. Désillusionné et troublé, il ne va pas bien, s’isole et consomme pour oublier. Avec L’homme-canon (Leméac), Judy Quinn dépeint un homme plus grand nature, un être libre, un père aimant, qui malgré ses travers et une grave encéphalite, marque l’imaginaire de sa fille et transcende le réel. Le roman de Yara El-Ghadban, Je suis Ariel Sharon (Mémoire d’encrier), s’inspire d’un fait réel. À Tel-Aviv, en janvier 2006, le premier ministre Ariel Sharon a sombré dans le coma, un état dans lequel il est resté pendant huit ans avant de mourir en 2014. Mais ce qui intéressait l’auteure, c’était de donner la voix aux femmes, de montrer l’humanité dans cette histoire.

Depuis vingt ans, Kerim vit à Montréal et il est toujours resté en contact avec sa muse Mina. Mais comme il n’a plus de ses nouvelles, il décide de rentrer en Afrique pour tenter de la retrouver. La violence faite aux femmes, le pouvoir des hommes et le courage des femmes sont au cœur de ce roman d’, Mina parmi les ombres (Boréal). Dans Planètes (Annika Parance), Mario Cyr raconte avec sensibilité l’histoire d’un homme dans la vingtaine dont la vie est chamboulée lorsqu’il tombe amoureux d’un autre homme. Écrit par fragments, ce roman clame la liberté et la soif de vivre. Dans le roman La face cachée des cailloux (L’instant même), l’auteure Chantale Gingras illustre le quotidien, les joies et les peines de plusieurs personnages gravitant dans la ville de Québec.

À lire aussi
La vie magique, Natalie Jean (Leméac)

Pour apprivoiser le deuil
Sur un banc public, Sam attend son père tous les jours, même s’il est disparu depuis des années. Sam raconte son enfance à des passants dans Le père en mémoire de Réal Brisson (Sémaphore). À Montréal, trois femmes, Fara, Maddy et Rose, gravitent dans le quartier Pointe-Saint-Charles où elles tentent de vivre malgré un deuil. C’est à découvrir dans Le rosier de la pointe d’Alice Zorn (Marchand de feuilles). En mai 1980, un jeune militant rêve en grand, pense déjà à la victoire du référendum. Son élan sera éprouvé par la défaite référendaire et la mort de sa mère. Mais des amitiés seront marquantes; l’effervescence de la jeunesse également. À lire dans Les amoureux du jour 2 de Pierre Cayouette (Druide).

Des lectures pour réfléchir à la complexité de l’âme humaine
Chez Sémaphore, Yves Chevrier campe son histoire à la fin des années 50, à l’époque où la société québécoise se transforme. Un jeune homme se tourne vers Dieu et découvre la complexité des êtres dans J’avoue que j’y ai cru. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, trois familles d’origines diverses s’exilent sur une île, là où elles auront des enfants et là où des millions d’abeilles et des oiseaux de mer y vivent. Andrée Christensen sonde l’âme humaine et ses mystères dans L’isle aux abeilles noires (Éditions David). Dans Effacé (L’instant même), Alain Raimbault raconte l’histoire d’un passé douloureux, qui a forgé le jeune garçon maintenant adulte. Maryse Latendresse sonde les liens qui unissent les êtres, la complexité et la beauté des relations humaines dans Harakiri (Hamac). Deux écorchées doivent affronter une tragédie ensemble, ce qui les amènera à se lier forcément. Le roman Les étrangères (XYZ) s’inscrit dans le travail amorcé par Lucie Lachapelle dans son film documentaire Village mosaïque, réalisé en 1996. Avec son enfant, Rose quitte la Gaspésie où elle est née pour s’installer à Montréal dans un quartier défavorisé. Dans son immeuble, elle fera la connaissance d’autres femmes avec qui elle nouera des liens. À 19 ans, Luc Mercure rencontre un homme qui aura une incidence dans sa vie. Dans Le goût du Goncourt (Québec Amérique), il se remémore cet événement tout en réfléchissant à la mémoire. La mémoire, tout comme l’écriture, triture, invente, change, les souvenirs et les faits.

Du côté de la nouvelle
Des femmes de générations différentes ont abordé leurs déboires amoureux dans le collectif Larguer les amours, paru en 2017. Voilà que c’est au tour des hommes de s’attarder au même sujet, aux ruptures et aux couples qui se défont, à la complexité des relations amoureuses. Stanley Péan, Tristan Malavoy, Alexandre Jardin, Steve Gagnon, Guillaume Lambert et Carl Bessette, notamment, signent des textes dans À leur tour de larguer les amours (Tête première). Philippe Brach ajoute ses mots à ceux des hommes, tout comme l’avait fait Lisa LeBlanc dans la version féminine. Marie Ouellet, qui a vécu dix ans à Paris, s’est inspirée de la ville pour écrire les nouvelles de Courtes scènes fugitives (Pleine Lune). La narratrice observe les passants, leur invente des vies, étudie le quotidien, sillonne les rues et capte des moments sur le vif. Lyne Richard, quant à elle, raconte le quotidien d’une petite communauté dans le quartier Saint-Sauveur à Québec (Les cordes à linge de la Basse-Ville, Lévesque éditeur).

À lire aussi

Les papillons boivent les larmes de la solitude, Anne Genest (L’instant même)
L’esclave du château, David Dorais (Leméac)

Des personnages en quête identitaire
Quatre amis voyagent pour la première fois et débarquent à Mykonos où ils souhaitent notamment rencontrer des filles. L’exaltation du voyage, la découverte, les soirées folles, les paysages à couper le souffle, la vie qui semble leur appartenir : voilà ce qui les attend dans ce roman d’Olga Duhamel-Noyer (Mykonos, Héliotrope). Thomas O. St-Pierre, quant à lui, pose un regard sur une génération en perte de repères dans La chasse aux autres (Leméac). Édouard part à New York rejoindre une étudiante américaine avec qui il échange des courriels. Mais ce qui lui semblait une bonne idée n’en sera peut-être pas une. Véronique Papineau poursuit sa réflexion sur les couples et l’amour dans Petit manuel des amours toxiques (Leméac). Alice ne va pas bien; elle boit pour oublier. Ça ne va pas vraiment avec son copain non plus, mais elle a peur de le laisser. Entre le passé et le présent, on voit la vie de ce couple qui s’étiole. De son côté, Claudia Goyette présente Bénie soit Brenda (Leméac). Brenda n’aime pas son nom. Elle est entourée d’amis et elle se cherche. Avec autodérision, elle observe sa vie, qui n’a rien de grand, ce qui lui permet de rêver. Lauréat du prix Robert-Cliche en 2016 avec son roman Coco, Antoine Charbonneau-Demers revient avec une deuxième œuvre, Good boy (VLB éditeur). Un jeune homme débarque dans une grande ville qui lui plaît d’emblée pour le meilleur et pour le pire. C’est encore une fois à une proposition audacieuse que nous convie l’auteur. Dans Le tiers exclu(Éditions David) de Catherine Bellemare, Abby ne vit pas facilement son adolescence. Sa quête identitaire rappelle celle de sa mère Élise puisque cette dernière a aussi connu une adolescence mouvementée. Élise était danseuse dans un bar avant de rencontrer le père d’Abby.

Des personnages féminins forts
Trois femmes éprises de liberté unissent leur voix dans le roman choral La troisième personne de Danielle Dussault (Druide). En plus de dépeindre le destin de ces trois personnages, le roman illustre la complexité des êtres et des liens qui les unissent. Dans L’autre saison de Louise Simard (Goélette), une femme voit sa vie bouleversée lorsqu’un événement tragique lui faire prendre conscience que la réalité n’est peut-être pas celle qu’elle croyait. Comment oublier et comment se reconstruire? Aline Apostolska s’immisce dans le milieu québécois de la danse contemporaine dans une saga en deux tomes, « Une ville qui danse », mettant en scène trois générations de danseuses et dont le premier tome s’intitule Derrière le rideau (VLB éditeur). Le deuxième tome paraîtra en février 2019. Surtout connue pour ses romans jeunesse, Sylvie Desrosiers publie Tout a une fin sauf la banane qui en a deux (Fides) dans lequel une femme dans la cinquantaine, antiquaire, retrouve des vieux amis pour son anniversaire. C’est l’heure des bilans.

À lire aussi
La vie en trompe-l’œil, Claire Pontbriand (Goélette)
Gaston et les autres, Patricia Portella Bricka (Pleine Lune)

Pour les romantiques
Celle à qui l’on doit des séries girly comme « La vie épicée de Charlotte Lavigne » et « La vie sucrée de Juliette Gagnon », Nathalie Roy, revient cette fois avec un personnage principal masculin, soit un avocat sans scrupules de 39 ans, qui espère trouver l’amour (Turbulences du cœur, Libre Expression). Pour sa part, l’auteure jeunesse Amy Lachapelle signe un premier roman pour adultes avec Toi et moi ça fait six (Libre Expression). Évelyne tombe amoureuse d’un militaire, père de quatre enfants : une histoire d’amour aux prémices complexes! Celle qui a vécu plusieurs années au Québec, l’auteure du roman jeunesse Lygaya, AndréePaule Mignot, réunit six femmes dans son nouveau roman, pour adultes cette fois, des amies qui étaient anciennement colocataires. Toujours en contact, les voilà maintenant dispersées un peu partout dans le monde, soit en Afrique, à New York, à Paris, à Rome et au Mexique. Elles ont chacune des histoires d’amour compliquées. C’est à découvrir dans Six femmes du monde (Hurtubise).

À lire aussi
L’univers de Constance Prévost, Amélie Vallée (Les Éditeurs réunis)
Les mots renversés : Conte passionnel, Gilles Tibo (Québec Amérique)

Des contes et des curiosités à découvrir
Chez Planète rebelle paraîtra un livre de contes contemporains et urbains, écrits par six conteurs de la relève, soit Carine Kasparian, Ariane Labonté, Jérôme Bérubé, Nicolas Rochette, Paul Bradley et Céline Jantet. À lire et à entendre dans Nouvelle vague. Dans une sorte de bestiaire merveilleux, Laurence Leduc-Primeau offre des microrécits originaux, aux images fantastiques (Zoologies, La Peuplade). Dans la collection « La Shop », Quatre Mélanie et demie de Justin Laramée (Québec Amérique) s’élabore autour d’une forme éclatée, mélangeant le roman, le théâtre et la prose poétique. À Pointe-Gatineau, des filles ont soif d’amour. Au menu : humour noir et plusieurs Mélanie…

À lire aussi
Sainte-Souleur : Récits du presque pays, François Racine (Québec Amérique)

 
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