Articles

Littérature québécoise

exclusif au web
Un air d’enfance

Un air d’enfance

Par Annie Mercier, Les libraires, publié le 24/04/2006
«Le cœur des enfants est une boite à musique, il ne s’y cache qu’une seule mélodie. Une seule à la fois». La musique, comme les parfums et les marées, est porteuse de nos plus chers souvenirs… Peut-être est ce tout ce qui nous reste quand la mémoire s’effrite?
Luce, 52 ans, retourne en Gaspésie pour placer au foyer sa fragile mère, qui depuis quelques années voit la mémoire lui dérober les gens et les saisons avant le grand trou noir. «Devant la mer, sa mouvance et son chuchotement» c’est l’occasion pour la quinquagénaire de poser un regard adulte sur le passé de sa famille, sur ce père magicien qui répandait «du merveilleux sur le réel», mais peu attentif, pour qui tout n’était que musique, et sur une mère résignée dans une attente silencieuse, craignant «les emportements, les dérives». Ces «maigres chemins d’antan» mènent Luce à revisiter le cœur du foyer familial avec ses désillusions, ses rêves brisés et ses fissures.

Les souvenirs «mal étouffés» de l’enfance remontent à la surface au rythme où le temps passe sous le «regard humide et bleu» de la mère qui oublie. Avec une musicalité poétique qui lui est propre, La Musique, exactement de Micheline Morisset nous touche par cette tendre réflexion sur le vieillissement et la perte de l’innocence. Un nostalgique propos orchestré telle une symphonie sur la mémoire qui déforme, occulte, flanche, révèle; «Toujours les images se mêlent. Les formes s’éclipsent, se noient dans la confusion des odeurs et des impressions». La sensibilité vibrante mais feutrée de l’œuvre est perceptible en sourdine. Si on écoute bien, on peut presque entendre le vent du large murmurer l’air qui a bercé notre enfance!

*************

Extrait


Tout passe. Tôt ou tard la mémoire s’embue, il viendra un jour où j’oublierai la douceur du regard de papa, la couleur de sa voix, ses doigts noués aux miens pour retourner au froid sur les épaules, à l’automne fané, à la cendre. Toujours les images se mêlent. Les formes s’éclipsent, se noient dans la confusion des odeurs et des impressions.(p.14)



Partager cet article
Commenter sur facebook
  1. Accueil
  2. Articles
  3. Littérature québécoise
  4. Un air d’enfance