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D’humour et d’eau fraîche

D’humour et d’eau fraîche

Par Antoine Tanguay, Les libraires, publié le 01/06/2002
Tranquillisant sans effet secondaire, meilleur désinfectant du foie, le rire est aussi plus salutaire pour l’âme que la foi, si l’on en croit de vieux dictons très sages. D’où l’idée de consacrer, après un automne funeste et un hiver pas toujours très drôle, quelques pages à ces livres qui amusent, font sourire, s’esclaffer, se tordre, se plier en deux ou simplement rigoler doucement et adoucissent le cours du temps. Certes l’humour, la fantaisie, si essentiels soient-ils à notre équilibre mental, n’excluent pas le courage de nous regarder dans le blanc des yeux individuellement et collectivement et la lucidité de prendre avec un grain de sel les petites et grandes apocalypses qui nous assaillent. Si, vraiment, rire est le propre de l’humain, efforçons-nous donc d’être moins bêtes en apprenant d’abord à rire de nous-mêmes… Après tout, si on ne vaut pas une risée…
La maison d’édition Mots & Cie se spécialise dans les ouvrages portant sur la langue française qui penchent plutôt du côté de ses bizarreries et travers que de ses habituelles grammaire et syntaxe. On songe, entre autres, à Il baissa sa culotte… et dans mon estime,de Maryz Courberand ou à Sky Mortimer ! Ciel Blake !, de Jean-Loup Chiflet, publiés il y a quelque temps déjà. Parmi l’arrivage printanier, retenons Le Nyctalope et les Phylactères, de Michel Courot, un recueil de « dictées subtiles et malicieuses » accompagnées de commentaires pour calmer les maniaques de l’orthographe qui se sentiraient floués par les caprices de la langue de Molière. Avis aux amateurs de cet exercice — que plusieurs prirent plaisir à oublier après avoir quitté les bancs d’école ! —, Le Nyctalope et les Phylactères vous garantit quelques « mots » de tête !

Toujours chez Mots & Cie, on ne saurait trop conseiller la lecture, tordante et témoignant d’un amour inconsidéré pour la langue française, de My fer Lady ! et autres bonheurs d’expressions, de Christian Moncelet. On y découvre, ravis, des formules langagières qui désignent des gens ou des objets usuels se déclinant sur une note tantôt tendre et guillerette (« abat-jour de la passion » [la tendresse], « feuille de vigne du talent » [la modestie]) ou plus incisive (« les éducastreurs »).

Les amateurs de littérature et d’histoire trouveront aussi leur compte avec quelques truculents clins d’œil : « Guy des gares » ; « Marseille Pagnol » ; Flaubert, l’« ébéniste littéraire » ; le Marquis de Sade, rebaptisé « Pantacruel » ; George Sand, l’« hermaphrodite circoncis » ou, enfin, « Hélice au pays des merveilles », qui réfère au Petit Prince de Saint-Exupéry. Enfin, parmi les auteurs cités dans l’ouvrage, mentionnons la présence de certains grands jongleurs de mots québécois, dont Pierre Légaré et Pierre Bourgault. Bizarrement, Sol, notre Hercule de la gymnastique verbale, n’apparaît pas au palmarès. Il faut donc se rabattre sur l’anthologie de ses monologues, Presque tout Sol (Alain Stanké), pour (re)découvrir cet humoriste classique bien de chez nous.

À mourir de rire

Que serait notre triste monde sans une bonne pincée d’humour noir et d’autodérision ? Écrivain, essayiste et biographe, Dominique Noguez a offert, à l’hiver 2002, la plus décapante des surprises avec Comment rater complètement sa vie en onze leçons (Payot). Grâce un sérieux digne des grands penseurs, Noguez s’amuse à construire les bases d’une « ratologie » digne de ce nom ; s’il est facile de rater sa vie, le défi réside dans l’art de la bousiller avec succès ! Pour appuyer ses théories loufoques, l’auteur fait notamment appel à l’algèbre et à une série de cas particuliers, classés selon la profession et les prédispositions naturelles, chez chaque être humain, au ratage de sa propre vie. Probablement le projet le plus farfelu à avoir atterri sur les rayonnages des librairies depuis fort longtemps.

Poursuivons notre enquête au rayon de l’humour caustique avec deux ouvrages qui portent sur les morts les plus spectaculaires de l’Histoire. Bien connus dans le monde entier mais peu au Québec, les Darwin Awards récompensent ces gens qui, par leur décès, contribuent à l’amélioration du patrimoine génétique. Wendy Northcutt, créatrice du site consacré à la compilation de ces macabres anecdotes, a ainsi rassemblé, dans son recueil intitulé Les Darwin Awards : Les Sommets de la bêtise humaine, une liste d’événements croustillants souvent accompagnés des commentaires des internautes qui, à l’intérieur d’un forum sur le Web, ont discuté des circonstances du décès et des leçons de la bêtise des autres. Un second ouvrage, en format de poche cette fois-ci, intitulé Un végétarien meurt assommé par un gigot surgelé, de Steve Moore et Paul Sierekins (Pocket), s’attarde également à ce type de récit, mais en faisant un pied de nez à la mort par le biais d’une section consacrée aux gens qui ont vécu plus de cent ans.

Tout aussi grinçant et bien de chez nous, Le Petit Bob : Dictionnaire des ripostes assassines à travers l’histoire, de Robert Brisebois (Stanké), dresse un éventail impressionnant des plus belles réparties qu’on puisse imaginer. Alexandre Dumas et Winston Churchill figurent d’ailleurs parmi les plus grandes gueules de ce recueil fort intéressant à consulter et peut-être même à mémoriser ; on ne sait jamais quel interlocuteur l’on pourrait prestement renvoyer d’un soufflet de mots bien choisis ! Une initiative drôlement brillante qui, on l’espère, connaîtra une suite d’ici peu.

C’est pas parce qu’on rit…

Trèves de plaisanterie : l’humour n’est pas toujours synonyme de drôlerie. Ainsi, Petites Angoisses et Grosses Phobies, cosigné par Christophe André et Muzo (Seuil), constitue un bel apport de la part de l’humour à un sujet de prime abord sérieux, excluant toutes blagues ou railleries. Néanmoins, les dessins tordants de Muzo, qui accompagnent les explications du psychiatre Christophe André, désarçonnent agréablement le propos savant, d’ailleurs toujours d’une grande limpidité. Certes, l’oïcophobie (la peur de rentrer chez soi après une hospitalisation) ou — attention !, ralentissez ici votre lecture —, l’apopathodiaphulatophobie (la peur de la constipation) peuvent avoir l’air de curiosités un brin farfelues, mais les cas rapportés dans ce livre sont véridiques et affectent des centaines de milliers de personnes.

À la lumière de tout cela, comment évoluer dans ce monde sinon en riant de nous-mêmes ? Au fond, cela constitue une belle preuve d’intelligence et la meilleure des médecines.
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