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Les 40 ans de la courte échelle en dix questions

Les 40 ans de la courte échelle en dix questions

Par Isabelle Beaulieu, publié le 11/04/2018

Nous avons tous au moins un souvenir relié à un livre de la courte échelle. La maison d'édition a fait lire et rêver déjà bien des générations d'enfants, et à une époque où la littérature jeunesse n'était pas autant foisonnante qu'aujourd'hui. Quarante ans plus tard, la maison est toujours, jeune, inventive et curieuse, d'autant plus que maintenant, elle étend également ses ramifications aux lecteurs adultes. Nous avons posé dix questions à Mariève Talbot, la directrice générale de cette jolie maison qui est un peu aussi la nôtre.

Pouvez-vous nous raconter en quelques mots la petite histoire, devenue grande, de la maison d’édition la courte échelle.
La courte échelle est née il y a maintenant 40 ans. Créée en 1978 par l’écrivain Bertrand Gauthier, la courte échelle est la première maison au Québec à s’être spécialisée en littérature jeunesse.

Influencé par le dynamisme européen dans le domaine de la littérature pour enfants, Bertrand Gauthier souhaitait éditer des œuvres originales écrites par des auteurs d’ici, sensibles aux préoccupations de son lectorat. Le catalogue a rapidement rejoint toutes les tranches d’âges, avec ses albums pour tout-petits, les premières lectures, les romans jeunesse et ceux pour ados.

Quelles sont les valeurs de la maison?
Les valeurs de la maison s’expriment de deux façons. D’abord à l’interne, par une éthique du travail qui favorise la rigueur, le respect des créateurs et des créatrices et le travail d’équipe.

En effet, à la courte échelle, chaque étape est primordiale : la direction littéraire, la direction artistique, le graphisme, la révision, la correction, la commercialisation et les communications sont faits avec beaucoup de rigueur, tout en respectant la vision des créateurs et des créatrices. En tant qu’éditeur, nous devons les aider à porter leurs oeuvres encore plus loin. Le tout se fait aussi dans un grand travail de collaboration entre les membres de l’équipe, les pigistes et les créateurs.

Ensuite, nos valeurs se manifestent dans le contenu des ouvrages proposés aux jeunes : des livres qui ouvrent l’imaginaire, qui invitent à la curiosité, et qui transmettent, sans pour autant faire la morale, des notions d’égalité et de respect de l’autre.

Quels sont les plus grands défis d’une maison d’édition spécialisée comme la vôtre?
À mon avis, la petite taille du marché est le principal défi des maisons d’édition québécoises, qu’elles soient spécialisées ou non. Quand la courte échelle a commencé à publier des livres, elle était pratiquement la seule maison d’édition présente en librairie. Aujourd’hui, l’offre en littérature jeunesse est beaucoup plus importante. De nombreux éditeurs ont vu le jour au cours des dernières décennies. Comme le lectorat, lui, n’a pas augmenté, les tirages ont forcément diminué et il devient parfois difficile d’amortir les coûts d’édition et de production sur de petits tirages. Il est donc important de développer le marché au Québec et hors Québec afin d’avoir les moyens de maintenir notre objectif : proposer des ouvrages de qualité autant sur le plan de la direction littéraire et artistique. Il faut aussi trouver un juste équilibre dans notre programme d’édition, c’est-à-dire publier un nombre suffisant d’ouvrages annuellement pour assurer une bonne présence en librairie et auprès du public, et ce, pour chacune des tranches d’âges que nous cherchons à rejoindre, sans pour autant inonder un marché déjà bien occupé.

À quoi reconnaît-on un bon texte pour la jeunesse? 
Il est très difficile d’expliquer clairement ce qui fait un bon texte pour la jeunesse, tout comme il est difficile de définir ce qui fait un bon texte pour adultes. Aussi bien essayer de décrire rationnellement ce qu’est le charme! Une chose est sûre, il n’y a pas de critères qui puissent être appliqués de manière systématique. C’est plutôt une question d’intuition et d’affinité spontanée avec le récit ou le style de l’auteur. Parfois, c’est l’importance du sujet abordé, mais c’est la plupart du temps l’originalité du ton, la force des personnages, le rythme, l’écriture elle-même qui va nous emporter. Dans le cas d’un texte d’album, c’est sa capacité à faire naître immédiatement des images qui vont attirer notre attention. Bien sûr, on peut se tromper, un coup de cœur d’adulte ne garantit pas que le livre va toucher celui du jeune public, mais ça fait partie des risques du métier. Disons qu’on essaie de garder un cœur d’enfant quand on aborde la lecture d’un manuscrit. Carole Tremblay, notre éditrice jeunesse, a conservé son cœur d’enfant! Elle fait ainsi un travail exceptionnel au niveau de la sélection des manuscrits, mais également au niveau de la direction littéraire et du développement des collections.

Qu’est-ce qui vous rend la plus fière en tant que directrice générale de la maison?
Chaque saison, à chaque nouveauté, on dirait que mon enthousiasme est (si cela est possible) toujours plus grand pour chaque livre qu’on publie! On cherche à faire des livres originaux qui marquent les jeunes, qui leur parlent et leur ressemblent. Je suis aussi très fière de l’important fonds littéraire de la maison. C’est tout un privilège pour une femme de ma génération de diriger cette maison emblématique dont les publications ont bercé mon enfance. La courte échelle a certes eu des années plus difficiles, mais un sceau de qualité est toujours associé à son nom. Aussi, au quotidien, derrière tout ça, ce qui me rend fière, c’est l’enthousiasme et le dévouement de notre équipe, la volonté de tous et toutes de faire toujours mieux, de se renouveler, de créer et de promouvoir nos livres.

Il y a bien sûr la courte échelle et sa grande richesse de livres jeunesse, mais les éditions ont aussi des divisions consacrées aux adultes. Parlez-nous brièvement de La Mèche,  À l’étage et Parfum d’encre.
Le Groupe d’édition la courte échelle rassemble effectivement quatre divisions distinctes. Elles ont en commun d’être à la fois un espace de création stimulant pour les auteurs et les illustrateurs et le gage d’une littérature de qualité pour les lecteurs d’ici et d’ailleurs. La Mèche, fondée en 2012, se veut un espace de création actuel, libre et novateur. Les personnages atypiques et les narrations fortes sont au centre de ce projet éditorial qui vise un lectorat adulte. À l’étage accueille les œuvres de littérature générale destinées aux adultes qui étaient autrefois publiées sous la bannière de la courte échelle. Elle s’articule maintenant en deux collections : « À l’étage Noir », qui publie des romans policiers et des romans noirs, et la collection générale qui propose des romans intimistes. La division offre essentiellement de la littérature de genre de qualité, et mise sur des textes qui se distinguent par leur style, leur audace ou leur originalité. À l’étage et La Mèche sont dirigées par Sébastien Dulude. Parfum d’encre propose des ouvrages aux styles variés : des livres de cuisine, des témoignages et des livres pratiques. On y publie des ouvrages à la fois branchés et constructifs avec un graphisme actuel et dynamique. Ann Châteauvert dirige cette division.

En 2014, la courte échelle a été sur le point de fermer ses portes avant d’être rescapée par son rachat. Quatre ans après le sauvetage, comment va la courte échelle?
La courte échelle se porte bien! Les premières années ont été très exigeantes! Toutefois, j’ai eu la chance d’être accompagnée de personnes exceptionnelles et très compétentes qui ont permis à la maison de remonter la pente. J’ai souvent l’image d’une grande barque où tous les membres de l’équipe ramaient, cordés l’un derrière l’autre, et où chacun mettait du « jus de coude » pour s’assurer qu’on sorte du tourbillon. On savait où on voulait se rendre, et on a foncé. Et nos efforts ont porté leurs fruits! Nous avons retrouvé l’équilibre, et planifions maintenant les prochaines étapes pour développer nos collections, pour mieux accompagner nos créateurs et pour maximiser la promotion et le rayonnement de notre catalogue.

Pouvez-vous nous confier un ou deux moments qui font partie de vos plus beaux souvenirs depuis que vous êtes en poste? 
Je pense spontanément au 22 novembre 2014. Oui, je me souviens de la date de cette importante réunion où nous avons rencontré les auteurs et les illustrateurs pour la première fois. C’était en plein Salon du livre de Montréal. L’invitation avait été lancée à la dernière minute, dans l’urgence de régler la situation. Avant de faire l’acquisition de la maison, Raymond et moi souhaitions rencontrer les créateurs afin de sonder leur intérêt à poursuivre avec nous. À la fin de cette réunion, nous avions reçu l’aval d’une grande partie d’entre eux. Ça a été en quelque sorte le début de l’aventure. Les premiers mois, où j’avais tout à apprendre, font aussi partie des beaux souvenirs.

Je me répète, mais la mobilisation de l’équipe au quotidien, le partage des bons coups, des idées folles, des défis, c’est ce qui me vient en tête lorsque je cherche les plus beaux souvenirs. C’est un métier très, très passionnant!

Quelle(s) lecture(s) a marqué votre propre enfance?
De nombreuses lectures ont marqué mon enfance! Je me souviens des Jiji et Pichou, des Zunik, de la collection « Drôles d’histoires », des romans jeunesse, des « Romans + », d’Ani Croche, de Notdog, de Sophie, etc. Je me souviens aussi où se trouvaient les romans de la courte échelle dans la librairie de mon père (Librairie Champigny), c’est dire à quel point je passais du temps dans cette section!

Avez-vous des rêves pour la courte échelle, à court, à moyen et à long terme?  
Oh oui! La courte échelle reprend sa place de leader dans le milieu du livre. On souhaite être reconnu comme une référence en termes de qualité et d’originalité, au Québec comme à l’international. Qu’elle soit une maison incontournable autant pour les créateurs et les créatrices que pour les lecteurs. Mais surtout, on souhaite séduire encore de nombreuses générations d’enfants! 

 

 

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