Alain Beaulieu conjugue sa profession de professeur de création littéraire à l’Université Laval avec celle d'auteur dans le livre Novembre avant la fin publié en septembre dernier aux éditions Hamac qui lui-même combine l’essai et la fiction. Un écrivain mort il y a peu revient souffler à sa petite-fille quelques conseils pour la rédaction de son premier roman. C’est tout l’art de guider sans dicter, toute la finesse de supporter l’élan sans faire pression. Mais au fait, qu’est-ce qu’écrire?

Quel est le plus grand mythe concernant la création littéraire?
Il s’agit du mythe qui veut que l’écrivain soit un être choisi, élu, visité par les muses, doté d’un don particulier. L’écrivain est d’abord un lecteur qui, une fois contaminé par le virus de la littérature, veut le transmettre aux autres. Il se met ainsi au service du langage, à la fois outil et lieu à habiter pour que la magie opère. Or cela lui vient à force de travail, sur la langue et sur lui-même, c’est-à-dire ce qui de l’existence humaine l’émeut et l’anime.

Quelle est la règle numéro un pour l’écriture de textes littéraires?
L’empathie. L’écrivain met sa sensibilité et sa manière de jouer avec les mots au service de personnages auxquels il va vite s’identifier. Leurs joies deviendront les siennes, leurs peines et leurs souffrances aussi. Le texte naîtra de la reconnaissance et de l’acceptation de l’autre en soi.

Quels en sont les pièges?
D’abord celui du plan de départ trop contraignant. L’écriture de fiction épouse le mouvement de la vie, faite d’imprévus et conduite par une causalité rarement prévisible.

Ensuite celui de la thèse à défendre. Il faut sentir avant d’écrire, écrire avant de réfléchir. On n’écrit pas un roman pour soutenir une cause, exposer une théorie, passer un message. Cela ne veut pas dire que le roman ne porte pas en lui certains thèmes, certaines idées. L’écrivain pourra les identifier au fil de l’écriture, le plus souvent après avoir écrit.

Existe-t-il une raison d’écrire?
Chaque écrivain a ses raisons, parfois esthétiques (produire une œuvre d’art), parfois ludiques (divertir le lecteur), parfois thérapeutiques (se libérer d’un trauma). Souvent, la volonté d’écrire vient d’une forme de manque, comme si la vie en elle-même ne suffisait pas, qu’elle avait besoin du langage d’expression pour se révéler d’abord à soi, puis aux autres, sous un éclairage nouveau, révélateur.

Quand on veut écrire, par quoi doit-on commencer?
Par lire. Tout vient de là, de cet émerveillement initial. On entre en littérature par la lecture, emporté malgré soi par une histoire inventée par un auteur, mais qui devient nôtre parce qu’on s’y investit. Il faut avoir connu ce plaisir secret de la lecture pour vouloir/pouvoir écrire. C’est aussi par la lecture que les codes de la langue entrent en nous. Un écrivain qui lit, c’est un écrivain qui travaille…

Je sais que plusieurs personnes aimeraient que je vous pose la question : Y a-t-il un bon truc ou deux que vous pourriez nous révéler au sujet du processus d’écriture?
Je ne suis pas le premier à le dire, mais on écrit en écrivant. Il ne faut pas attendre d’avoir l’idée du siècle. On s’assoit, et on écrit. Sans oublier que l’écriture, c’est aussi de la musique, et que notre travail consiste à trouver cette musique qui nous est propre, ce qui souvent ne vient qu’après bien des heures de réécriture.

Photo : © Chantal Blouin

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