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Le beau, l’utile, le classique

Le beau, l’utile, le classique

Par Laurent Laplante, publié le 08/01/2007
Je me méfie de l’amalgame que l’on fait souvent entre une saison et un genre littéraire. Les associations «Noël et beaux livres» ou «été et bouquins légers» me font peur et je défends mon droit, reconnu par Daniel Pennac (Comme un roman, Gallimard), de lire ce que je veux quand je le veux. Donc, pour la fin de l’année, des suggestions portant sur le beau, l’utile et le classique.
D’abord, le beau. L’Âme des oiseaux (André Dion, Éditions Henri Rivard) réunit, pour un plaisir polyvalent, l’humanisme de Frédéric Back, une variété d’illustrateurs et la jouissive autobiographie d’André Dion. Qu’on ne déduise pas du titre qu’il s’agit d’un «autre guide sur les oiseaux». À 85 ans, André Dion raconte avec saveur sa passion pour l’observation, de quelle manière la science l’a nourrie, sur quel art de vivre elle a débouché.

Qu’ils se méfient également de la présomption, ceux et celles qui estiment tout savoir de Clarence Gagnon. Oui, on lui doit un regard personnel et charnel sur le décor physique, mais Nicole Sicotte et Michèle Grandbois (Clarence Gagnon. Rêver le paysage, Éditions de L’Homme/Musée du Québec) ont raison de distinguer le peintre du graveur. Le second est trop peu connu.

L’utile? J’interprète l’épithète à travers ma déformation de journaliste. Il me paraît utile, en effet, de lancer le livre et son indéfectible mémoire à l’assaut de l’amnésie politique. Quand un ministre de l’Éducation tombe des nues (?) en apprenant qu’un certain nombre d’enfants juifs vivent selon un régime scolaire qui ignore des pans complets des lois québécoises, il faut, d’urgence, lui suggérer la lecture de Montréal, les Juifs et l’école (Arlette Corcos, Septentrion). Il y apprendrait, et le public en même temps que lui, que, dans ce régime, filles et garçons fréquentent des écoles différentes; que le yiddish est la langue d’enseignement des sujets religieux; que pour les filles, la formation profane n’est pas poursuivie au-delà du secondaire tandis que, pour les garçons, elle dépasse rarement le niveau primaire. Pour éviter que l’on décrive la situation comme nouvelle, Corcos ajoute des dates: l’Académie Solomon Schecter fut fondée en 1951, l’école Akiva en 1968, l’école Hebrew Foundation en 1969...

Quant à ceux et celles qui cherchent comment célébrer le 400e anniversaire de Québec, pourquoi ne liraient-ils pas L’Histoire spectacle (H. V. Nelles, Boréal)? Ils assisteraient, grâce à cet éloquent retour en arrière, aux célébrations qui ont marqué le tricentenaire de la Capitale. Ils verraient à l’œuvre un gouverneur général (tiens, tiens!) auquel on doit, entre autres choses, la version moderne des Plaines d’Abraham, ce qui n’est pas rien.

Quant au classique et à l’éternel, c’est à Émile Zola que je demande de les incarner. L’été dernier, j’ai lu, dans l’ordre, les vingt romans qui composent l’immense fresque des Rougon-Macquart (Robert Laffont, coll. Bouquins, épuisé). On a beau avoir lu Germinal ou Nana, La Bête humaine ou Le Ventre de Paris, il se peut qu’on ignore le projet littéraire de Zola. «Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la race modifiée par les milieux», déclarait-il. Colette Becker explique le tout avec finesse dans l’introduction de la collection «Bouquins». Et l’écriture de Zola, puissante et inépuisable, relève brillamment le défi.

Beau, utile, classique, tout cela à Noël... et aux autres heures.


Bibliographie :
Clarence Gagnon. Rêver le paysage, Hélène Sicotte, Éditions de L’Homme/Musée du Québec, 432 p., 79,95$ Comme un roman, Daniel Pennac, Folio, 198 p., 12,95$ L’Âme des oiseaux, André Dion, Éditions Henri Rivard, 208 p., 135$ Montréal, les Juifs et l’école, Arlette Corcos, Septentrion, 308 p., 27,50$ L’Histoire spectacle, H. V. Nelles, Boréal, 430 p., 29,95$
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