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Le livre numérique: refaire la chaîne?

Le livre numérique: refaire la chaîne?

Par Dominique Lemieux, Les libraires, publié le 29/11/2011

Certains insinuent que l’édition numérique ne coûte presque rien. D’autres se questionnent : « Pourquoi payer aussi cher pour les livres numériques franco-phones? » On calcule vite : adieu imprimeurs, distributeurs, risques financiers, transporteurs... C’est oublier l’équipe de professionnels qui s’active en coulisse pour offrir ce fichier numérique accessible sur votre tablette de lecture.

L’auteur demeure le «maillon» central de la chaîne numérique. Il crée, invente, surprend. Pour chaque vente, l’auteur conserve normalement une rémunération équivalant à la version imprimée. Ainsi, s’il recevait 3$ par livre papier vendu, il obtient toujours 3$ par livre numérique, pourtant vendu 25% moins cher.

L’éditeur entre ensuite en jeu. Il guide l’auteur, l’encourage, produit le fichier. Ici, comme dans l’univers papier, on fait appel à divers professionnels: graphistes, réviseurs linguistiques, correcteurs d’épreuves, promoteurs. Ces coûts fixes demeurent. De plus, dorénavant, des techniciens spécialisés interviennent pour la confection de fichiers numériques (PDF ou ePub) de qualité. Le processus peut sembler simple, mais il requiert néanmoins un travail rigoureux.

Une fois le livre numérique produit, il faut l’entreposer. Ce rôle échoit à des agrégateurs, ces entrepôts virtuels qui remplacent l’aspect logistique associé au distributeur du livre papier. Il s’agit de serveurs informatiques qui hébergent les fichiers et conservent les données essentielles à leur commercialisation (titre, auteur, résumé, etc.). L’agrégateur permet aussi de sécuriser les livres, soit par un verrou numérique (DRM) ou un aquamarquage (tatouage électronique). La sécurisation des fichiers et le financement de la bande passante impliquent de nouveaux coûts de production. Enfin, l’entrepôt rend ces fichiers disponibles aux libraires.

Les libraires rassemblent ainsi les informations des divers agrégateurs. Ne leur reste plus qu’à amener les gens vers eux, à les conseiller et à se spécialiser dans des domaines particuliers. Les libraires n’ont peut-être plus d’inventaire matériel à gérer, mais ils doivent prolonger leur expertise sur le Web. Fait à noter, le libraire ne conserve pas les fichiers sur ses serveurs; les livres numériques demeurent entreposés chez l’agrégateur. Pour chaque vente réalisée, un lien de téléchargement est envoyé à l’acheteur.

De nouveau joueurs
Le rôle de chaque intervenant est bouleversé dans l’univers numérique. Cela demande des adaptation, des investissements massifs pour la recherche et le développement. Le rôle de certains devient illusoire. Pensons seulement à l’imprimeur (qui représentait 20% du prix du livre papier) ou à l’aspect transport, essentiel à la distribution des livres. Par contre, les distributeurs traditionnels conservent un rôle crucial, soit celui de la gestion des comptes auprès des détaillants et les diffuseurs continueront à oeuvrer dans la promotion, pour faire connaître les nouveautés aux libraires et aux autres commentateurs (médias, blogueurs, etc.).

Malgré tout, le prix du numérique est appelé à diminuer, selon Clément Laberge, viceprésident aux services d’édition numérique chez De Marque. «Cependant, dire que le prix actuel est trop élevé, ce n’est pas reconnaître la complexité de la transition en cours pour tous les acteurs de la chaîne du livre», soutient-il. Son homologue chez Sogides, Pierre Primeau, directeur du développement numérique et convergence, abonde dans le même sens, mais n’imagine pas une descente rapide: «Les États-Unis ont imposé un prix faible, mais, aujourd’hui, ils cherchent comment le remonter sans brusquer les consommateurs. De notre côté, nous avons plus de flexibilité pour le réduire graduellement.»

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