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Le grand décompte

Le grand décompte

Par Hélène Simard, Les libraires, publié le 01/08/2005
C’est l’après-midi de la veille de Noël. La pénombre tombe lentement. Dehors, les lumières scintillent, les passants s’affairent, de gros flocons assurent l’ambiance. Le mousseux est au frais, votre toilette du réveillon, nickel. Il vous tarde de revoir votre famille, vos amis. Votre sapin, resplendissant, embaume. Mais quelque chose cloche, un rien que vous ne parvenez pas à identifier. Un glaçon vient-il gâcher la symétrie parfaite que vous vous êtes échiné à donner à la pièce maîtresse de votre décor ? À moins que ce ne soit une ampoule brûlée ou encore ce sacré chat, qui aurait cassé l’ornement de verre hérité de votre grand-mère ? Perplexe, vous jetez un œil sous les branchages où, catastrophe, il n’y a pas trace de présent. Incroyable mais vrai : vous avez pensé à tout, sauf aux cadeaux ! Il est 15 h 48. Vous êtes dans de sales draps. Enfin, peut-être. Car si vous êtes aussi futé que Jack Bauer, l’intrépide agent de 24 h chrono qui, chaque semaine, tiens les téléspectateurs en haleine, vous courez chez votre sympathique libraire. Entre 16 h et 17 h, il sera votre seul allié dans cette course contre la montre littéraire.
16 h 01
Sain et sauf, vous débarquez à la librairie. Du revers de la main, vous chassez la neige accrochée à votre parka et faites un tour d’horizon de l’endroit, mais par où commencer ? C’est là qu’un libraire, ayant remarqué votre air désespéré, vous propose ses services. En quelques mots, vous lui décrivez la situation. «Rien de tragique», répond-il, familier de situations aussi extrêmes. Ouf, vous voilà entre bonnes mains !

16 h 05
Premier arrêt : le royaume des animaux. D’emblée, vous craquez pour Les Chats de Yann Arthus-Bertrand (Du Chêne, 384 p., 44,95 $). Le photographe bien connu — les minets sur les toitures grecques, c’est lui — présente les principales races et, partant de l’idée que «qui se ressemble s’assemble», il a aussi croqué leurs propriétaires. Les poses laissent transparaître le lien fort qui existe entre un chat et son maître. Au tour du meilleur ami de l’homme avec Chiens (Flammarion, 384 p., 39,95 $). Ponctués de citations célèbres, de poèmes et de notes, les clichés en noir et blanc ont été pris au cours du XXe siècle, en Amérique et en Europe, et quelques-uns montrent les chiens ayant appartenu à des célébrités (Ava Gardner, Winston Churchill, Joan Crawford).

Coté volière, votre acolyte vous signale Portraits d’oiseaux du Québec (Éditions Michel Quintin, 144 p., 49,95 $), Oiseaux de proie (De l’Homme, 192 p., 69,95 $) et L’Âme des oiseaux (Éditions Yvon Rivard, 208 p., 135 $). Le premier regroupe plus de 150 images, dont plusieurs très gros plans. Il constitue une belle introduction à la faune ailée du Québec qui, en 2005, voit 23 de ses espèces menacées d’extinction d’ici la fin du XXIe siècle. Le second est dédié à ces majestueux volatiles que sont la buse à queue rousse, l’aigle royal ou l’effraie des clochers. Immortalisées en studio par Carlo Hindian (travail irréprochable), les créatures prennent vie sous la plume de Carl Millier, l’un des rares fauconniers québécois qui, grâce à son expertise, signe des textes sensibles. Fait intéressant : on raconte les légendes et les mythes attribués à chaque rapace. Enfin, le livre d’art d’André Dion comprend plusieurs fac-similés de peintures paraphées par des artistes d’ici. Pour Dion, né en 1921, il s’agit ici de la somme d’une existence passée à comprendre et aimer les oiseaux ; les textes se révèlent intimes, poétiques.

Des cieux passons au grand bleu avec Planète mers. Au cœur de la biodiversité marine, recueil de 400 photos croquées aux quatre coins… des océans (Éditions Michel Lafon, 386 p., 59,95 $). Les mers étant indispensables à la survie de l’homme, cet album est une manière de sensibiliser le lecteur à la protection de écosystèmes. Sur cette lancée, 365 gestes pour sauver la planète associe autant de photographies à un acte écologique à poser au quotidien (De La Martinière, 752 p., 49,95 $). Chiffres et études complètent des images spectaculaires d’un globe fragilisé par l’inconscience humaine, et incitent à adopter une meilleure éthique de vie. Remontons maintenant à la surface, où nous attend Vivre sur cette Terre de Nick Brandt (Gallimard, 132 p., 58 $). Pour immortaliser lions, girafes et koudous d’Afrique orientale, le photographe le plus réputé au monde, qui privilégie l’intimité avec son sujet, n’utilise pas de téléobjectif. Le résultat, qui rappelle les daguerréotypes, est aussi émouvant qu’époustouflant. Enfin, levons le regard vers les cimes des arbres, demeure des primates. Singes et grands singes du biologiste Jean Baulu est une anthologie de plus de 200 gravures originales datées d’entre les XVe et XIXe siècles (Fides, 221 p., 59,95 $). Cette collection privée d’images réalisées par les naturalistes d’antan montre la vision que l’homme s’est longtemps faite de la civilisation.

16 h 14
L’heure avance : votre guide vous dirige vers les rayons consacrés au cinéma et à la musique, où vous découvrez Ferland. Hey boule de gomme, s’rais-tu dev’nu un homme ? par Sophie Durocher (Libre Expression, 160 p., 39,95 $). À la manière d’un scrap book, la première biographie du «petit roi» reproduit une riche iconographie (photos, témoignages, articles, paroles, affiches). L’animatrice et journaliste a planché pendant un an sur ce projet, qui tombe à point nommé, puisque l’auteur de T’es belle tirera bientôt sa révérence. Sur une note plus décadente, Elvis par les Presley est un amalgame de photos de famille, de Graceland et d’objets ayant appartenu au King (Éditions Michel Lafon, 160 p., 29,95 $). De la gloire à la déchéance, (re)découvrez Elvis sous ses bons (et très mauvais) jours. Deux autres idoles des Québécois dévoilent leur intimité comme jamais auparavant dans des ouvrages qui tiennent lieu de bilans. Céline Dion pour toujours… constitue l’ultime fantasme du fan : reproductions du premier passeport de la chanteuse, échographie de René-Charles, partition de Ce n’était qu’un rêve glissés dans des pochettes ; Céline avec Angélil, Plamondon, Goldman, Foster et Streisand ; longue entrevue avec la star (Andrews McMeel Publishing, 192 p., 54,95 $). Impressionnant. On peut en dire autant de Images de ma vie, dans lequel Charles Aznavour publie ses propres photos et plusieurs de lui-même (Flammarion Québec, 150 p., 9,95 $). Pour la première fois, le crooner parle de sa femme et de ses enfants, s’y raconte avec la délicatesse et l’élégance qui ont fait sa marque.

Il est temps de regarder du côté du septième art. Votre attention est attirée par C.R.A.Z.Y. le scénario, succès au Québec et à l’étranger (Les 400 coups, 173 p., 19,95 $). Quelques photos couleur sont jointes aux dialogues de ce film bien parti pour devenir un classique. Puis vous saute aux yeux James Bond. Le Guide officiel, qui retrace l’histoire du séduisant agent 007, apparu dans Casino Royale, premier roman de Ian Lancaster Fleming, paru en 1953 (Flammarion, 228 p., 59,95 $). De James Bond 007 contre Dr No à Meurs un autre jour, tous les rouages des longs métrages y sont expliqués. Autre mythe, celui de l’interprète de Et Dieu créa la femme. Grâce à des tirages rares et inédits, Brigitte Bardot dévoile une femme naïve et amoureuse (EPA, 167 p., 79,95 $). Le show-business a pesé lourd sur les épaules du sex-symbol français ; cet hommage à sa beauté, ponctué de commentaires d’amis proches (Truffaut, Nourissier, Vadim), dégage la part d’innocence de cette actrice intemporelle. Misère, votre compagnon vous tire par la manche : à bientôt, Brigitte !

16 h 29
Ma foi, cette aventure est très excitante. Tiens donc, si ce n’est pas la section gastronomie ! Ça tombe bien, vous avez un petit creux ! En guise d’amuse-gueules, votre compagnon vous propose Les Produits du marché au Québec, qui recense plus de 250 produits de notre terroir par le truchement de photos, de fiches nutritives, de conseils pratiques et de quelques recettes, gracieusetés de nos grandes toques (Trécarré, 528 p., 44,95 $). Parce que le Québec, ce n’est pas que le sirop d’érable : c’est également le fromage de chèvre, les haricots, le foie gras, l’anguille (!), le miel… Miam ! Vous avez dégoté les ingrédients les plus inusités ? Il est temps de mettre la main à la pâte avec Le Fruit de ma passion. Réflexions, aventures et recettes gourmandes (Éditions La Presse, 160 p., 39,95 $). Bel objet en soi, ce troisième ouvrage du chef-propriétaire du resto-atelier Laurie-Raphaël dévoile les secrets de 90 recettes. Il en résulte un livre très personnel, au goût du jour, dans lequel Daniel Vézina, qui n’a pas oublié qu’il a été élevé au pâté chinois, réinvente les menus de Noël et de Pâques.

Il faut cependant admettre qu’il n’y a pas de caille tous les soirs au souper. Avec ses 60 mets inédits, 150 recettes simples comme bonjour, tirées du magazine Coup de pouce, doit être gardé à portée de main (Transcontinental, 368 p., 34,95 $). Les recettes sont économiques, faciles et rapides. À l’affût des tendances, voilà que votre précieux allié vous tend Le Thé. Arômes & saveurs du monde (Aubanel, 192 p., 69,95 $). Breuvage millénaire, le thé, comme les grands crus, doit se déguster avec tout le décorum requis. Ce bel ouvrage, qui aborde ses divers aspects (us et coutumes, histoire, culture, agronomie, etc.), s’adresse d’abord à tous mais, en raison de son exhaustivité, aussi aux professionnels (commerçants, restaurateurs, parfumeurs). Les Anglais ont leur five o’clock tea, et Miss Marple en est l’icône : Crèmes et châtiments. Recettes délicieuses et criminelles d’Agatha Christie est construit autour de l’œuvre de la romancière (JC Lattès, 165 p., 39,95 $). On y trouve la quintessence de la cuisine anglaise (quelques 80 recettes sans trace d’arsenic !) et des extraits de romans. Enfin, un festin ne saurait se conclure sans une petite douceur : Les Sept Péchés du chocolat est l’un des plus beaux livres jamais consacrés à ce délice auréolé d’interdit (Hachette Pratique, 128 p., 32,95 $). Les photos, de style baroque, laissent transpirer la sensualité du chocolat. Classées selon les péchés, les recettes requièrent toutefois du doigté. Sacrebleu ! Votre estomac gargouille, mais l’heure de la grande bouffe sonnera plus tard : pour l’instant, on vous pousse vers le rayon des dictionnaires !

16 h 40
Décidément, votre libraire a de la suite dans les idées ; en chemin, il vous indique Les Aventures de Sherlock Holmes, « l’autre » classique du polar britannique (Omnibus, 1098 p., 44,95 $). Ce premier tome d’une intégrale présentée dans une nouvelle traduction bilingue comprend Une étude en rouge et Le Signe des Quatre, suivis de seize autres romans. Pas très loin figure un personnage culte issu de la littérature française : Fantômas, dont les aventures sont enfin rééditées (Éditions Robert Laffont, deux volumes, 1078 p. et 1306 p., 45,95 $ ch.). On fêtait le centième anniversaire de sa mort en 2005 : Jules Verne a vu plusieurs ouvrages lui être consacrés, mais l’un des plus réussis est Voyage en Russie sur les traces de Michel Strogoff (GÉO/Solar, 192 p., 59,95 $). Collaborateur à GÉO, l’auteur refait, dans un long texte et à grand renfort de photos, les quelque 5 000 km parcourus dans les steppes par Strogoff. Un savant mélange d’histoire, de fiction et de tourisme.

16 h 44
Face aux rayonnages débordant d’ouvrages de savoir, votre compagnon repère Le Grand Larousse illustré (Éditions Larousse, 2763 p., 354,95 $/499,95 $ avec stylo multimédia) et le Dictionnaire culturel en langue française (Éditions Le Robert, 7232 p., 349,95 $), aussi imposants par leur contenu que par leur contenant. Pour la Noël, la maison de Pierre Larousse propose une refonte de cet ouvrage en trois volumes couvrant tous les domaines de la connaissance, accompagné d’un CD-ROM et, afin de permettre de poursuivre les recherches sur Internet, un stylo multimédia — design de Philippe Starck. Quant à l’entreprise des Éditions Le Robert (9 200 pages livrées avec support de plastique), il s’agit de quatre volumes explorant la dimension culturelle des mots, ce qu’ils laissent transparaître des idées, des rêves et des passions (des notions abstraites aux réalités concrètes), et ce, selon les périodes de l’histoire et des civilisations. Cent auteurs ont signé 1 300 articles. Dix années de rédaction ont été nécessaires à l’élaboration de ce dictionnaire nouveau genre chapeauté par Louis Rey, lexicographe de renommée internationale. Pas donné, certes, mais le colosse vaut son pesant d’or.

16 h 50
Plus que quelques minutes avant l’heure fatidique de la fermeture. Il est utopique de pouvoir feuilleter tous ces beaux livres qui couvrent murs, présentoirs et tables de la librairie. Même votre libraire est bien embêté… Un sprint final s’impose : un, deux, trois, partez !

Tatouage, scarification, peinture : depuis la nuit des temps, l’humain marque son corps pour affirmer son appartenance à un clan ou implorer la clémence divine. Parures rituelles des peuples du monde scrute les mœurs de ces hommes issus de toutes races pour qui le sens du mot «apparence» est infiniment plus complexe que celui que lui attribuent les Occidentaux (Sélection du Reader’s Digest, 208 p., 69,95 $). Superbe ! Bon an mal an, Solar et GÉO appuient un organisme humanitaire. Ainsi, pour chaque exemplaire vendu d’Enfances, un album exceptionnel qui montre la vie des bambins du monde entier (naissance, jeu, famille, éducation, etc.), l’Unicef recevra une somme qui permettra la vaccination de huit enfants démunis (GÉO/Solar, 224 p., 74,95 $). Dans Être humain, l’homme et son univers sont analysés de fond en comble. Une encyclopédie familiale très bien faite malgré son côté touffu, heureusement rachetée par des informations et des illustrations de qualité (Encyclopédie universelle/ERPI, 512 p., 79,95 $). Et comme l’homo modernus se définit notamment par ses créations, vous attrapez, au dernier moment, L’Art au XXe siècle, coffret en deux volumes qui inventorie les chefs-d’œuvre créés au cours des cent dernières années dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de la photographie et des nouveaux médias (Taschen, 840 p., 34,95 $).

16 h 56
Vous pouvez dire : «Mission accomplie». D’une franche poignée de main, vous remerciez votre comparse dans cette aventure inusitée. Sans son flair, il aurait été utopique de dénicher d’aussi jolis présents. Les bras chargés, le cœur léger et l’âme en paix, vous vous dirigez gaiement au comptoir-caisse. Transaction faite et vœux échangés, on ferme à clé derrière vous.

17 h
Dehors, la neige n’a pas cessé de tomber : Noël sera blanc, cette année. Guilleret, vous gambadez vers votre chaumière ; c’est que vos convives seront gâtés. À 18 h, ils feront résonner votre carillon. Amplement le temps de monter la table, de sortir les canapés et… d’emballer tous ces cadeaux. Flûte, avec vos «dix pouces», nul doute que vous ne parviendrez pas à enrubanner tous les livres en une heure ! Et c’est ainsi que, ayant cru être arrivé au bout de vos peines, une aventure plus rocambolesque encore vous attendait !
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