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La montée des grandes surfaces

La montée des grandes surfaces

Par David Murray, Monet, publié le 29/11/2011

Depuis 2006, selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, les grandes surfaces ont vu leurs parts de marché se maintenir autour de 15%, pendant que les librairies indépendantes voyaient les leurs chuter de 6,5%. L’effet de la concurrence que subissent ces dernières de la part des grandes surfaces est indéniable. Le poids croissant des géants du commerce au détail a d’ailleurs amené les grands distributeurs à mettre sur pied des départements uniquement consacrés à la grande diffusion.

Questionnés sur ce qui constitue le principal défi posé par les grandes surfaces à l’industrie, la plupart des observateurs sont catégoriques : les escomptes faits sur les best-sellers. Costco et Wal-Mart pratiquent généralement une politique d’escompte de 25 à 30% sur les prix suggérés, aucune librairie ne pouvant rivaliser sur un tel terrain. Ce faisant, ces grandes surfaces investissent le créneau le plus lucratif des librairies, celui qui requiert un minimum d’effort de vente. À l’inverse, la vente des autres nouveautés engendre des coûts plus importants, une équipe de libraires professionnels et un effort de promotion substantiel. Sans compter que les grandes surfaces bénéficient souvent d’un service clé en main selon lequel les distributeurs s’occupent de tous les aspects de la mise en marché. Comme nous l’a expliqué Michel A. LaSalle, qui a conseillé les libraires indépendants d’ici sur leur modèle d’affaires, « la concurrence des grandes surfaces a un impact direct sur la rentabilité des librairies », puisque le déplacement des ventes de best-sellers vers les grandes surfaces entraîne une diminution du bénéfice brut. Surtout qu’il est difficile pour la librairie indépendante d’ajuster ses coûts, qui sont pour l’essentiel fixes.

L’autre effet majeur des grandes surfaces sur le marché porte sur la perte de bibliodiversité. C’est que les grandes surfaces se concentrent exclusivement sur les gros vendeurs et leur inventaire oscille généralement entre 300 et 600 titres, sans offrir la possibilité de commander des livres absents des tablettes. Tous ne partagent toutefois pas ces constats. Guy Prévost, responsable des comptes majeurs pour la grande diffusion chez Socadis, croit qu’on a assisté à un rééquilibrage du marché ces dernières années. Surtout que la clientèle des grandes surfaces se composerait d’un nouveau lectorat qui, autrement, n’achèterait pas de livres en librairies. Mais pour Richard Prieur, directeur général de l’Association nationale des éditeurs de livres, « tant qu’une étude exhaustive sur le comportement des consommateurs de livres ne sera pas réalisée, il sera difficile de mesurer s’il y a un réel déplacement d’acheteurs des librairies vers les grandes surfaces ».

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