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Îles d’Éole

Îles d’Éole

Par Annie Mercier, Les libraires, publié le 07/06/2006
Qui n’a jamais rêvé de ce lieu décrit dans L’Haleine de la mer, «ouvert aux vents de partout, sans clôture, sans limites définies. Mais, tout autant, clos comme un cloître, un lieu complet en lui-même. Qui résume l’univers: la plage, le sable, la mer, le ciel, l’horizon, le vent, l’espace et le temps. Un lieu d’où l’on ne sent pas le besoin de sortir. Où l’on reste volontairement» Les Îles de la Madeleine!
Couleur feu

À 105 km de la côte de l’Île-du–Prince-Édouard, se dessine les six principales îles de l’archipel reliées entres elles par de grandes bandes de sable doré et une route, pour un total de 202 km2 de paradis insulaire: l’ île de Grande–Entrée, Grosse-Île, l’Île aux loups, du Havre aux Maisons, du Cap aux Meules et du Havre-Aubert. Les coquettes maisons aux vives couleurs sont fièrement juchées sur ces falaises de grès rouge s’illuminant sous les rayons du soleil, grâce à la mince couche d’oxyde de fer les recouvrant. Cette roche sédimentaire est malheureusement extrêmement friable et sensible à l’érosion, compromettant ainsi l’existence des spectaculaires falaises aux formes surprenantes de Belle-Anse, de la Dune du Sud et de Old Harry que modèlent les batailles incessantes entre la mer et la terre.
Pour les ammophiles, «amoureux du sable», l’étendue du littoral est formée de 60% de sable, favorisant les plaisirs de la plage et surtout, la formation des dunes sablonneuses, que le vent fait et défait, mais qui sont essentielles à la conservation du paysage. Elles servent de protection contre les assauts de la mer et forment un milieu écologique indispensable à la nidification du pluvier siffleur, espèce en voie de disparition nichant exclusivement, en ce qui concerne le Québec, sur les plages des Îles.


Partons la mer est belle

Au cours des siècles, des centaines de naufrages ont été rapportés aux Îles malgré les six phares toujours émetteurs de signaux. Pendant longtemps, ces derniers ont constitué une sécurité pour les nombreux navires sillonnant le cœur du Saint-Laurent ainsi que pour de nombreux Madelinots, souvent pêcheurs ou navigateurs pour gagner leur pain quotidien. Pour rendre hommage à ce passé maritime et mieux comprendre ce rythme lent qui berce la vie aux Îles, le Musée de la mer et d’autres centres culturels exposent des collections d’objets, des photographies et des archives. Comme le dit si bien Gilles Matte dans ses carnets: «tout respire la tranquillité devant cette immensité de la mer» Encore aujourd’hui, la pêche demeure la première activité économique de l’archipel. À l’heure ou presque tout le monde dort encore, le port s’anime. Au loin, les oiseaux tournoient au-dessus des filets des pêcheurs emplis des trésors frais de la mer. Magnifique spectacle!

Cette culture de la mer donne l’occasion de profiter des joies du kayak, de la plongée sous-marine et de découvrir un savoir-faire culinaire se distinguant par de savoureux produits comme le homard, dont la réputation n’est plus à faire, outre les incontournables pétoncles, moules bleues, maquereau et hareng fumé. Les Madelinots sont passés maîtres dans l’art d’apprêter ses différentes richesses qu’apportent la mer dont le plus réputé est le pot-en-pot . Nous en retrouvons le secret dans Le goût des îles.


À couper le souffle

Les Micmacs nommaient l’archipel «Menagoesenog», signifiant «îles balayées par la vague». Les temps ont peu changés, Éole souffle toujours aussi fort. Heureusement, les Madelinots ont appris à tirer profit des vents marins et à bien fixer leurs draps sur les cordes à linge. Les vents réguliers et intenses fouettant l’île influencent inévitablement le climat, lui conférant un cachet unique et une douceur incomparable tel que le mentionne le site de tourisme de l’archipel: «Aux Îles, l’hiver est doux, le printemps frais, l’été sans canicule et l’automne merveilleusement chaud.» L’air y est pur, l’eau atteint en moyenne 18 degrés Celsius (64º F) à la mi-août, les vents varient de 17 à 40 km à l’heure (de 9 à 22 noeuds). Cette conjoncture de la nature fait du coin de pays le paradis des adeptes de sports de vent (planche à voile, kitesurf, cerf-volant, etc.) et l’horreur de ceux qui ont peur d’être décoiffés.


Terre d’Acadiens

Hérités de l’Écosse, de l’Acadie et du Québec, le caractère des Madelinots ajoute de la chaleur à leur environnement et contribue au dépaysement Au premier abord, cet accent chantant acadien surprend, mais a tôt fait de nous séduire. Fiers de leur culture, aux particularités forgées à travers l’isolement de la vie insulaire, ils en expriment l’originalité dans leur littérature, les arts et la musique, prenant souvent racine dans la tradition orale à laquelle Tête de violon (Prix Mnémo 2005) de Sylvain Rivière rend un hommage lyrique.

En 1755 survient le Grand Dérangement. La population acadienne est déportée à travers le continent. Certains, y échappant, débarquent aux Îles de la Madeleine, alors sous la tutelle du rude Richard Gridley. Après la Révolution française, des familles acadiennes provenant de Saint-Pierre et Miquelon se joignent à eux. C’est le début de la colonisation.

Les Îles sont d’abord annexées à Terre-Neuve pour passer, avec l’Acte de Québec, sous la juridiction du Québec. En 1798, Isaac Coffin en obtient la concession et oblige les Madelinots à payer des rentes pour occuper leurs terres, celles mêmes qu’ils occupent depuis plus de 25 ans. Cette domination féodale, cumulée à celle des marchands sur les pêcheurs, explique en grande partie l’émigration vers des terres nouvelles. Ils vont fonder plusieurs villages de la Côte-Nord dont Blanc-Sablon (1854), Havre-Saint-Pierre, Natashquan (1855) et Sept-Îles (1872). C’est en 1895 qu’une loi du Québec permettra aux Madelinots de racheter leurs terres. Débarrassés des tracas colonialistes, ils mèneront des efforts conjoints dans un but d’autosuffisance, ce qu’ils on réussi à maintenir jusque dans les années 70. Depuis quelques années, l’entrepreneurship et l’agriculture amorcent un retour en force, permettant aux habitants des Îles de disposer de plus en plus de produits et de services: des Artisans du sable à la Verrerie La Méduse, en passant par les créations de bijoux des ateliers Limaçon, de la Fromagerie du Pied de vent sans oublier la Microbrasserie à l’Abri de la tempête produisant une bière d’orge poussant en sol madelinien. Ce ne sont là que quelques exemples de visites à faire lors de votre séjour pour palper le pouls de ses sympathiques Madelinots.


Tourisme Îles de la Madeleine
info@tourismeilesdelamadeleine.com

Histoire des Îles de la Madeleine, Jean-Charles Fortin et Paul Larocque, Éditions de l’IQRC disponible au bureau d’information touristique.

Le goût des îles, George Fisher et de Pascal Arseneau, Éditions Nimbus Publishing: disponible au bureau d’information touristique.

Éditions du Flâneur



Bibliographie :

L’Haleine de la mer, Normand Cazelais, XYZ, 123p., 18$ Carnets des îles de la Madeleine, Gilles Matte, Les heures bleues, 128p., 34.95$ On finit toujours pas payer, Jean Lemieux, La courte échelle, 255p., 22,95$ Légendes des îles de la Madeleine, Anselme Chiasson, Planète Rebelle, 19,95$ Tête de violon: 64 violoneux des Îles de la Madeleine, Sylvain Rivière, Éditions de passage, 120p., 29,95$

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