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L’éducation culinaire

L’éducation culinaire

Par Hélène Simard, Les libraires, publié le 16/04/2008
Je n’avais jamais pris plaisir à cuisiner avant d’avoir un bébé. Pas le temps, trop compliqué,pas les ustensiles appropriés: les raisons étaient nombreuses pour éviter d’approcher mes fourneaux. Pourtant, c’est avec entrain je me suis mise aux purées puis aux mets davantage raffinés à mesure que ma rieuse petite «poubelle d’amour», qui dévore pratiquement tout, découvrait l’horizon de saveurs qui s’offrait à ses vierges papilles.
«Les enfants n’ont rien à faire des considérations nutritionnelles. Ils ne mangent pas un aliment parce qu’il est bon pour eux, ils le mangent parce qu’ils en apprécient le goût. Ils apprennent à aimer ce qui leur est offert régulièrement et ce qu’ils vous voient manger avec appétit», estime la nutritionniste Stéphanie Côté qui, dans Un enfant sain dans un corps sain, dévoile quarante moyens pour assurer l’instauration puis le développement durable de bonnes habitudes alimentaires et de vie. Faire d’un enfant un «bon» mangeur ne se résume pas à la variété et à la qualité des aliments servis dans son assiette. Le parent doit avoir à cœur que son bébé, son enfant puis son adolescent, en plus de puiser tous les nutriments essentiels à sa croissance, développe une saine relation avec la nourriture. Car si manger découle d’un besoin physique, l’acte lui-même doit représenter un plaisir qui ne doit pas se transformer en obsession, comme le précise l’auteure de ce guide intelligent, clair et motivant.

Quand l’appétit va, tout va (enfin, presque)
Loin d’être alarmiste même si elle est très réaliste, Stéphanie Côté encourage les parents à prendre conscience du rôle qu’ils ont à jouer dans l’«éducation culinaire» de leurs petits. Au Québec, environ la moitié des enfants et adolescents consomment à peine cinq portions de fruits et légumes quotidiennement (nettement moins que les recommandations du Guide alimentaire canadien), on boit plus de boissons gazeuses que de lait, la pomme de terre est le légume favori dans une proportion de 50% (incluant frites et croustilles!), le pain blanc supplante l’entier et les calories vides (bonbons, gâteaux, sirops, biscuits, etc.) comptent pour 25% du régime alimentaire... Pourtant, la pandémie d’embonpoint et d’obésité infantiles n’est pas attribuable qu’à l’offre de produits pauvres en nutriments, riches en gras, en sel ou en sucres, de même qu’à la sédentarité engendrée par des activités produisant une faible dépense énergétique comme la navigation sur Internet.

Selon la spécialiste, qui est chroniqueuse pour la revue Protégez-vous, il faut aussi analyser le rapport qu’entretient toute la famille avec le contenu du garde-manger et sa façon de s’attabler afin d’enrayer le problème — du moins en partie. Cela peut paraître évident; or, les gens n’adoptent pas tous naturellement une attitude détendue et positive face à la nourriture. Par exemple, les journées de travail sont longues et éreintantes, les repas sont souvent pris séparément et en vitesse alors qu’on sait que casser la croûte en compagnie de convives, c’est désamorcer des tensions, reprendre contact avec les siens et soi-même. En écoutant les autres, on prend conscience des signaux transmis par le cerveau: la nourriture est ingérée en moins grande quantité et à une cadence normale. Avaler n’est plus un geste automatique, comme lorsqu’on lit ou regarde la télé. Faites gaffe, aussi, au langage non verbal: froncer le nez devant un ris de veau n’incitera pas votre enfant à y goûter, et n’accorder du dessert que si les assiettes se vident implique que les légumes et la viande constituent un passage obligé vers la récompense, le «sucré»!

En somme, l’argumentation de Stéphanie Côté s’articule autour de l’équilibre à atteindre entre les repas, l’activité physique, la nutrition, le repos et les loisirs. Outre une trentaine de recettes inspirantes, Un enfant sain dans un corps sain comprend un bilan en vingt questions portant sur les habitudes de vie ainsi qu’un «plan de match» étalé sur huit semaines qui permettra aux familles de mieux manger, s’activer, s’amuser, dialoguer et dormir.

En complément, je vous suggère De la tétée à la cuillère. Bien nourrir mon enfant de 0 à 1 an (CHU Sainte-Justine, 140 p., 14,95$) et Jouer à bien manger. Nourrir mon enfant de 1 à 2 ans, qui retracent les grands principes de l’alimentation, ainsi que Comment nourrir son enfant de Louise Lambert-Lagacé, vendu à plus de 350 000 exemplaires depuis sa première parution en 1974. Fidèle à la réalité québécoise, cet ouvrage est une source d’information sûre régulièrement mise à jour. Enfin, À table, les enfants! et À table en famille, des diététistes Marie Breton et Isabelle Emond (Flammarion Québec, 128 p., 29,95$), s’inscrivent dans la lignée d’Un enfant sain dans un corps sain grâce à leur approche globale de l’alimentation en famille et à leurs plats si savoureux.

C’est génial qu’un tout-petit ne lève pas le nez sur le contenu de son assiette, ça fait chic au resto en plus d’épater les grands-parents. Mais encore faut-il qu’il se sente bien dans sa peau. L’éducation culinaire va donc bien au-delà des techniques pour cuisiner et de l’éventail d’aliments appréciés; il s’agit d’un un art qui englobe plusieurs dimensions de l’existence, à l’instar du métier de parent.


Bibliographie :
Un enfant sain dans un corps sain, Stéphanie Côté, Éditions de l’Homme, 256 p., 24,95$ Jouer à bien manger. Nourrir mon enfant de 1 à 2 ans, Collectif, CHU Sainte-Justine, coll. Pour les parents, 162 p., 14,95$ Comment nourrir son enfant, Louise Lambert-Lagacé, De l’Homme, 338 p., 29.95$ À table, les enfants!, Marie Breton et Isabelle Emond, Flammarion Québec, 128 p., 26,95$
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