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Aujourd’hui, on mange bio

Aujourd’hui, on mange bio

Par Pierre Blais, publié le 20/06/2005
Le nombre de biographies semble croître d’année en année. Plus besoin d’être mort et célèbre, ou d’avoir eu une vie remplie de faits héroïques, non : il suffit avant tout d’être connu et d’être médiatisé, et hop ! voilà notre vie couchée sur papier. Voici des « bios » éditées ici, sur des gens d’ici, par des auteurs d’ici, pour des lecteurs d’ici. Oublions un instant Grace Kelly, Jackie Onassis et Marilyn Monroe, et entrons dans les univers de Réjane Bougé, Louis Cyr, Gilles Kègle et Danielle Ouimet.
Regardez-moi dans les yeux…

Danielle Ouimet a fait bien des choses dans sa vie d’artiste. Dans Si c’était à refaire…, elle nous invite dans son intimité, relatant autant ses succès et déboires professionnels que ses relations amoureuses, ses amitiés, sa vie familiale et tutti-quanti. Sur un ton qui prête à la confidence, l’actrice-animatrice raconte ses débuts dans le showbiz. Après avoir tâté du métier de mannequin, Danielle Ouimet, encore mineure et à la suite d’un concours, devient hôtesse au Canal Dix et rencontre Pierre Lalonde. En 1967, à l’aube de ses 21 ans, mère d’un jeune garçon prénommé Jean-François, elle songe à devenir actrice, et le hasard l’amène à participer aux auditions pour le rôle-titre dans Valérie, de Denis Héroux. Ouimet gagne haut la main, tourne le film « pour des peanuts », le scandale éclate : tout le monde veut voir le corps nu de l’ingénue et Valérie est vendu à l’étranger, où les seins sur grand écran sont grandement appréciés. La célébrité est acquise, mais pas la notoriété. Dévêtue de nouveau, elle tourne L’Initiation : nouveau succès, mais la désillusion fait son apparition. L’actrice veut désormais qu’on la prenne au sérieux et devient chroniqueuse culturelle à Télé-Métropole pour Toute la ville en parle, avant de jouer la comédienne dans Dominique et d’animer Bla Bla Bla. La vie artistique de Danielle Ouimet ressemble étrangement à sa vie amoureuse : les contrats sont parfois reluisants et, de temps à autre, assez médiocres. Les hommes passent comme des amants-amis (Michel Forget et Pierre Péladeau), ou comme des désespérés en quête de conquêtes, qu’elle préfère parfois ne pas nommer. Divisée par thèmes (amours, télé, cinéma, famille), cette autobiographie vaut le coup d’œil, notamment pour mieux comprendre le monde de la télé et du cinéma québécois des années 70, si bien dépeint par Jean-Claude Lord dans Parlez-nous d’amour, et décrit ici avec lucidité.

Le bon samaritain de la basse-ville

À Québec, Gilles Kègle est connu comme Barabbas. Homme pieux en plus d’être infirmier de la rue, il serait du genre à se faire crucifier pour sauver son prochain et sa vie, telle que la relate Anne-Marie Mottet, n’est que don de soi afin d’aider les plus démunis : un objectif devenu, au fil des années, sa raison de vivre. Gilles Kègle est né à Trois-Rivières au début des années 40. Enfant non désiré, il grandit avec un certain mal de vivre avant de s’installer en septembre 1960, à l’âge de 18 ans, dans un monastère de Québec. Cloîtré, il apprend à mieux se connaître. Sitôt la vie monastique terminée, il retourne aux études et trouve un emploi d’infirmier auxiliaire. Les ennuis ne sont pas terminés pour autant : Kègle accepte difficilement l’autorité, se met à boire considérablement mais réussit à s’en sortir lorsqu’il rencontre plus démuni que lui. Son salut, il le trouve dans le soutien apporté aux déshérités. Ainsi se résume sa vie. Puisque l’amour qu’il porte à ses deux chats l’empêche in extremis de se suicider, il entreprend une quête auprès des personnes pauvres, malades et âgées de la basse-ville, pratiquant son métier dans des conditions précaires. Heureusement, la fondation portant son nom et ses bénévoles lui viennent en aide. L’histoire est touchante, remplie de bonté et de modestie, car Kègle est un exemple à suivre même si, étrangement, cette courte biographie nous laisse croire que quelques zones d’ombres subsistent dans sa vie. Mais ça, ça ne nous regarde pas : l’empathie de l’homme transparaît plus que jamais sous la plume d’Anne-Marie Mottet.


Cyr, surhomme sympathique

Lorsqu’il est question d’aborder la vie incroyable de l’homme fort Louis Cyr, Paul Ohl est une véritable encyclopédie. Passionné par ce Québécois plus grand que nature, l’auteur a couché sur
papier toutes les informations relatives à la vie trépidante de celui qui pouvait soulever plus de 4337 livres avec son corps et 553 livres d’un seul doigt. Six cent trente-quatre pages plus tard, on reste coi devant l’histoire de Cyr, qui commence par un portrait du Québec pauvre et clérical du XIXe siècle, pour mieux se terminer par la gloire internationale acquise par l’homme au début du XXe siècle. Ohl relate les championnats gagnés haut la main les uns après les autres, au Québec, aux États-Unis et en Angleterre. De Lowell au Massachusetts en passant par Montréal et Saint-Jean-de-Matha, Paul Ohl nous livre, avec à l’appui de nombreux extraits de journaux de l’époque, le parcours du surhomme qui, selon le mythe, pesait plus de dix-huit livres à la naissance. Car mythe il y a. Décédé à l’âge de 48 ans en 1912, il reste célèbre notamment pour son tir des chevaux ; sa vie, elle, telle que mise en scène par Ohl, est loin d’être tirée par les cheveux : elle demeure l’exemple d’une aventure surhumaine, d’un tour de force passionnant


Histoires de vues

Dans Je ne me lève jamais avant la fin du générique, autobiographie présentée sous forme de récit, Réjane Bougé, déjà auteure de quatre livres, n’a pas la prétention de briller grâce au glamour de son parcours1, mais plutôt de nous inviter à partager son amour du cinéma. Elle retrace son enfance, ses liens avec ses parents, ses premières amours et sa passion pour Montréal en nous entretenant des films qui l’ont marquée, se remémorant ses visites dans les salles obscures à la recherche d’émotions cinématographiques. Ainsi, elle nous parle d’Hitchcock, de comédies musicales, de Jean-Pierre Léaud et de Claude Chabrol, alternant Doris Day et Sandrine Kiberlain, s’abreuvant aussi bien au cinéma de Denis Villeneuve qu’à celui de Buñuel. On fredonne avec elle la chanson-thème de L’Effrontée et on frissonne en sa compagnie en pensant aux scènes de possession de L’Exorciste. La dame a du goût et semble curieuse de nature, puisqu’elle souligne autant les qualités d’un Cronenberg que les « fausses » scènes2 entre De Niro et Pacino dans Heat. Bien que ce recueil soit plutôt anecdotique, on ne le referme pas avant la fin de son « générique », qui regroupe chronologiquement tous les titres mentionnés par l’auteure !


1 Bougé fut pendant quinze ans animatrice culturelle à la radio de Radio-Canada.

2 Dans le film Heat de Michael Mann, on misait beaucoup sur cette première rencontre au grand écran entre Robert De Niro et Al Pacino. Les deux comédiens étaient à l’affiche du film Le Parrain 2, mais dans des scènes différentes. Dans Heat, on les retrouve face à face à deux reprises. Mais hélas, ils ne sont jamais côte à côte, et grâce au montage, on peut facilement croire qu’ils ne se sont jamais rencontrés lors du tournage desdites scènes, d’où la déception des fans des deux comédiens italo-américains lors de la sortie du film.


Bibliographie :
Si c’était à refaire…, Danielle Ouimet, Publistar, 527 p., 27,95 $ Gilles Kègle, l’infirmier de la rue, Anne-Marie Mottet, Boréal, 163 p., 19,95 $ Louis Cyr, une épopée légendaire, Paul Ohl, Libre Expression, 634 p., 36,95 $ Je ne me lève jamais avant la fin du générique, Réjane Bougé, Québec Amérique, coll. Littérature d’Amérique, 238 p., 19,95 $
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