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Littérature policière

Les libraires - Numéro 108
Votre rentrée littéraire 2018 : Polar et littératures de l’imaginaire

Votre rentrée littéraire 2018 : Polar et littératures de l’imaginaire

Par Alexandra Mignault, Les libraires, publié le 31/08/2018

À surveiller

La danse de l’ours
Patrice Lessard (Héliotrope)
Patrick se cache à Louiseville puisque des criminels le cherchent. Il rencontre Blanche de qui il tombe amoureux et Dave, qui devient son ami. Mais depuis deux ans, il ne parle plus ni à l’un ni à l’autre. Puis, un jour, ses anciens amis lui proposent de braquer le bar où Blanche travaille. Patrick n’est pas certain de pouvoir leur faire confiance, surtout qu’il ne veut pas attirer l’attention sur lui. Comme dans Excellence Poulet, Patrice Lessard échafaude un roman noir non conventionnel qui fait mouche.

 

Chambre 1002
Chrystine Brouillet (Druide)
Chrystine Brouillet délaisse Maud Graham le temps de ce roman, sans renoncer pour autant à ses deux passions, soit le polar et la gastronomie. Une chef montréalaise de grande renommée, Hélène, séjourne à New York pour recevoir un prix important. En revenant de ce périple, un accident de voiture la plonge dans le coma. Ses amies tentent de la ramener à la vie, tandis que le mystère entourant l’accident – qui n’en est peut-être pas un – plane… En prime, l’ouvrage offre une vingtaine de recettes de l’auteure.

 

Neiges rouges
François Lévesque (Alire)
Dans ce polar sensible, abordant notamment la condition des femmes autochtones, l’auteur renoue avec le duo de policiers de son roman Une maison de fumée, Dominic Chartier et Vincent Parent. Ces derniers trouvent que les procédures s’éternisent alors que Parent a été impliqué dans une fusillade qui a coûté la vie à son collègue Antoine Lemay, qui lui, avait abattu une Amérindienne, pourtant pas menaçante. Le duo pourrait bien découvrir qu'autre chose se cache sous cette histoire…

 

Maisons de verre
Louise Penny (Flammarion Québec)
Avec cette nouvelle aventure d’Armand Gamache, Louise Penny offre un roman habilement ficelé et prenant, dans lequel elle alterne des scènes d’un procès avec des événements passés qui se sont déroulés à Three Pines. Une personne masquée a fait peur aux villageois le lendemain de l’Halloween, avant de disparaître; quelques jours plus tard, un cadavre a été retrouvé. Gamache et ses acolytes, le lieutenant Beauvoir et la chef des homicides Isabelle, essaient d’élucider le mystère.

 

Heimaey
Ian Manook (Albin Michel)
Plusieurs se réjouiront du retour de Ian Manook, dont la série « Yeruldelgger » a remporté beaucoup de succès. Avec Heimaey, l’auteur revient avec un thriller de la même puissance. Jacques séjourne en Islande avec sa fille Rebecca, mais cette escapade prend une autre tournure lorsque cette dernière disparaît. Est-ce le passé de Jacques qui le rattrape? Est-ce lié au vol de cocaïne que doit résoudre le policier Kornélius? C’est toute une course contre la montre pour retrouver Rebecca.

 

Des retours réjouissants
Lotte et S
øren Hammer, qui sont frère et sœur, reviennent pour un quatrième volet avec La fille dans le marais de Satan(Actes Sud), dans lequel l’inspecteur Konrad Simonsen et son équipe reprennent du service. Ils enquêteront sur la mort d’une jeune prostituée africaine probablement assassinée, une affaire qui aura des ramifications insoupçonnées. La condition des femmes est notamment au cœur de ce polar. Après Rinzen et l’homme perdu, Johanne Seymour publie le deuxième tome d’une trilogie, Rinzen : la beauté intérieure (Libre Expression), dans lequel elle interroge la perception que nous avons de la beauté. Les sergents Rinzen Gyatso et Luc Paradis enquêtent sur la mort d’une Mexicaine, retrouvée morte avec des mots brûlés sur le torse qui signifient « la fille laide ». Après avoir fait une incursion dans le polar contemporain (Chemin de croix), Hervé Gagnon revient au polar historique (Adolphus : Une enquête de Joseph Laflamme, Libre Expression). Joseph interroge les forains d’un cirque puisqu’un couple a été assassiné et que deux objets du musée des curiosités ont disparu, soit une hache et un rasoir utilisés par un homme pour tuer son épouse en 1833. Ces deux événements sont-ils liés? De son côté, Jean-Jacques Pelletier présente Radio-Vérité (Alire), un thriller noir qui s’intéresse à la liberté d’expression, à la manipulation des foules et aux radios-poubelles. L’animateur vedette de Radio-V, « la chaîne qui dit la vraie vérité au vrai monde », a été enlevé et les ravisseurs demandent que la station de radio soit fermée pour libérer l’animateur. Comme ce dernier est virulent envers plusieurs, difficile de trouver les coupables de l’enlèvement. Pendant que l’enquête piétine, les fans de l’émission essaient de retrouver leur idole.

À lire aussi
Compte à rebours, Kathy Reichs (Robert Laffont)

Des personnages qu’on aime retrouver
Le commissaire Brunetti est de retour dans Les disparus de la lagune de Donna Leon (Calmann-Lévy). Épuisé, il s’offre des vacances en solo dans une villa de l’île Sant’Erasmo. Mais ses vacances s’avèrent moins reposantes que prévu lorsque le gardien de la villa disparaît un soir d’orage. Brunetti tente de savoir ce qui lui est arrivé. Sous la plume de Sylvie-Catherine De Vailly, Jeanne Laberge revient dans un cinquième tome : L’esquive (Recto-Verso). L’inspecteur Laberge traverse une période difficile depuis l’enlèvement de sa fille. Elle ne sera pas dans ses meilleures dispositions pour son enquête. Dans Le paon, le cobra et la sorcière (Triptyque), Diane Vincent poursuit les aventures de Josette Marchand, massothérapeute, et de Vincent Bastianello, inspecteur au SPVM. Pour ce sixième roman les mettant en scène, Josette essaie de sauver une jeune fille sous influence. Pour ce faire, elle doit reconnaître les manipulateurs, démêler les croyances, tout en respectant son engagement à ne pas impliquer Vincent dans ses histoires. Une nouvelle aventure d’Alexandre Jobin, un antiquaire qui a déjà été dans les services du renseignement de l’armée et qui a le don de se mettre dans le pétrin, paraîtra sous la plume d’André Jacques, Ces femmes aux yeux cernés (Druide). Lors d’une descente, le SPVM saisit deux tableaux qui s’avèrent des faux, dont l’un provient de chez l’antiquaire. L’autre galeriste ayant vendu le second tableau est tué. Jobin entreprendra alors de sauver sa vie et de trouver le vrai tableau.

À lire aussi
Sadorski et l’ange du péché, Romain Slocombe (Robert Laffont)
Agatha Raisin enquête (t. 13) : Chantage au presbytère, M. C. Beaton (Albin Michel)

Pour les amateurs de science-fiction, de fantasy et de fantastique
Élisabeth Vonarburg
publie la suite de sa trilogie « Les pierres et les roses », amorcée par La voie des pierres (Alire). Le deuxième tome La voie des roses paraîtra en septembre, tandis que la conclusion, La balance et le sablier, sera en librairie en novembre. Dans cette fresque de fantasy historique, qui amalgame plusieurs trames, l’auteure revisite notamment l’histoire de l’Europe, ses légendes, ses croisades, ses jeux d’alliances et de trahisons. Après les enquêtes avec l’inspecteur Héroux, voilà que l’auteur Guillaume Morrissette fait une incursion du côté de la dystopie avec L’oracle et le revolver (Guy Saint-Jean Éditeur), univers dans lequel le peuple est sous l’emprise d’un tyran. Joseph est condamné à mort et ignore quel crime il a commis pour avoir cette sentence. Il essaie de sauver sa vie. Bernard Werber, quant à lui, continue de nous faire réfléchir par le biais de la fiction. Dans La boîte de Pandore (Albin Michel), qui se déroule à Paris, en Égypte et en Atlantide, il étudie les mécanismes de la mémoire. Pour sa part, Simone Chaput (Une terrasse en mai, Un vent prodigue) fait une incursion du côté du merveilleux avec Les derniers dieux (Du Blé). Un écrivain subit plusieurs métamorphoses, passant du corps d’un homme à celui d’une femme à cause d’un sort jeté par d’anciens dieux, qui aura cours pendant sept ans avant qu’il puisse retrouver son corps d’homme. Une réflexion sur notre rapport au corps et sur ce qui différencie un homme d’une femme. Premier tome d’un roman sombre de fantasy en trois parties, La princesse perdue d’Yves Meynard (Alire) s’avère certes intrigant. Christine a oublié de grands pans de son enfance. Grâce à l’hypnose, un docteur tente de lui faire retrouver la mémoire. Mais si ses souvenirs n’étaient pas réels? Christine a aussi pour ami un lapin qui parle. Et elle fait la rencontre d’un jeune homme qui désire l’emmener dans un monde merveilleux d’où elle proviendrait selon lui.

À lire aussi
B.O.A. (t. 3) : Âmes insoumises, Magali Laurent (De Mortagne)
Le cœur perdu des automates, Daniel H. Wilson (Fleuve)
Anatèm (t. 1), Neal Stephenson (Albin Michel)
Mage de bataille (t. 1), Peter A. Flannery (Albin Michel)
American Elsewhere, Robert Jackson Bennett (Albin Michel)
Les livres de la terre fracturée (t. 3) : Les cieux pétrifiés, N. K. Jemisin (Nouveaux Millénaires)
Le roman de Jeanne, Lidia Yuknavitch (Denoël)

Des romans sombres qui écorchent
Deux hommes, un détective et un journaliste, cherchent une jeune fille disparue dans le nord de l’Angleterre. Mais le suspect qu’ils ont dans la mire n’est peut-être pas celui qu’ils recherchent; l’affaire s’annonce plus tordue qu’il n’y paraît. Premier tome d’une série, Dégradation de Benjamin Myers (Seuil) s’avère un polar haletant, voire insoutenable, qui ne laissera personne indifférent. Prochainement adapté au cinéma par Ridley Scott, le western noir Les spectres de la terre brisée de S. Craig Zahler (Gallmeister) devrait plaire aux fans des films de Tarantino. Ce polar violent se déroule en 1902, au Mexique, alors que deux sœurs sont enlevées et obligées à se prostituer. Leur père, un ancien chef de gang, fera tout pour les retrouver et les libérer, accompagné de ses deux fils et d’autres comparses hauts en couleur. De son côté, le grand Jo Nesbø fait le pari audacieux de revisiter Macbeth de Shakespeare (Macbeth, Gallimard). Ambition démesurée, ivresse du pouvoir, trahison, vengeance, corruption, meurtre et folie se côtoient dans cette tragédie contemporaine, violente et sanguinaire, où Macbeth, manipulé notamment par le baron du trafic de la drogue, se donne la mission de nettoyer la ville. Helena de Jérémy Fel (Rivages), c’est un thriller psychologique effroyable sur les mécanismes et l’emprise de la violence. Lorsqu’elle tombe en panne au milieu de nulle part, Hayley, une jeune femme, championne de golf, est recueillie par Norma, une mère de trois enfants, veuve. Mais ce gentil geste deviendra un cauchemar pour Hayley qui sera confrontée à la violence de cette famille, surtout celle de Tommy, un adolescent de 17 ans, qui semble prendre plaisir à voir les autres souffrir. À Montréal, des gens disparaissent et reviennent avec un organe en moins, incapables de savoir ce qui leur est arrivé. C’est Nick Jarvis et sa collègue Julie Montpetit qui devront démêler cette sordide histoire de trafic humain et de marché noir d’organes dans Sutures (François-Bernard Tremblay, De Mortagne).

Des romans noirs
L’auteur de Pike et de Cry Father, Benjamin Whitmer, revient avec un roman noir polyphonique dans lequel douze prisonniers s’évadent de prison en 1968. Les gardes de la prison les cherchent, mais également les habitants du village. Les prisonniers, qui se sont séparés, sont traqués par tous, ce qui entraîne un climat de violence effroyable. L’écrivain Pierre Lemaitre signe la préface d’Évasion (Gallmeister). À l’été 1986, dans une station balnéaire, David et Samuel, âgés de 12 ans, font la rencontre de Julie, qui a le même âge qu’eux. Mais voilà, une semaine plus tard, Julie disparaît. Trente ans plus tard, David, devenu écrivain, et Samuel, son éditeur, n’ont jamais reparlé de ce drame. Tout bascule alors qu’ils reçoivent un manuscrit qui raconte les événements de cet été-là. C’est à découvrir dans Le douzième chapitre de Jérôme Loubry (Calmann-Lévy), un roman noir que vous ne pourrez pas lâcher. Avec deux titres à paraître cet automne, une nouvelle collection débarque chez Guy Saint-Jean Éditeur, « EquinoX », aussi publiée chez les Arènes en France et dirigée par Aurélien Masson : « Une collection noire qui entend gratter là où ça fait mal. » Racket de Dominique Manotti a remporté le Grand Prix du roman noir. À Paris, une industrie française est braquée par un géant américain. Personne ne semble rien voir — ou ne veut rien voir —, mais deux policiers s’intéressent à l’affaire. L’autre titre, Mamie Luger de Benoît Philippon, s’avère quelque peu déroutant. Une femme de 102 ans avoue avoir enterré dans sa cave des meurtriers en cavale et des nazis. Mais est-ce vrai ? Il faudra démêler cette histoire.

À lire aussi
Le poids du monde, David Joy (Sonatine)
Ils étaient deux, Éric Chassé (Guy Saint-Jean Éditeur)
La disparition d’Adèle Bedeau, Graeme Macrae Burnet (Sonatine)
Délicieuse, Marie Neuser (Fleuve)

En temps de guerre, c’est le chaos
Lionel Noël
explore les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale dans son dernier roman policier et historique, Halifax Express (Alire). À l’aube de la guerre, la Grande-Bretagne a envoyé au Canada tous ses trésors pour les protéger, mais une fois au Canada, le train transportant ces trésors est détourné. Après la guerre, ce vol n’est toujours pas résolu. L’officier de la GRC qui était chargé de la protection du train tentera d’élucider cette complexe affaire. Les éditions Albin Michel publient le premier roman, jusqu'alors non traduit, de l’écrivain Jussi Adler-Olsen, L’unité Alphabet. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, deux pilotes britanniques se retrouvent à l’unité Alphabet, un hôpital psychiatrique géré par des médecins nazis qui administrent des électrochocs et des médicaments expérimentaux. Ils devront feindre la folie pour survivre.

En Alberta, en juin 1944, un homme a été assassiné dans un camp de prisonniers de guerre. Le sergent Neumann doit trouver le coupable. Mais personne ne semble regretter cet homme. Ce roman policier offre des personnages savoureux et des rebondissements efficaces selon l’éditeur Alire. À découvrir dans Les traîtres du camp 133 de Wayne Arthurson. De son côté, Adlène Meddi montre comment les guerres changent un pays et ses habitants (1994, Rivages) alors qu’en 1994, en Algérie, quatre lycéens forment un groupe clandestin de lutte contre le terrorisme.

Des histoires complexes et des énigmes à résoudre
Lors d’une fête en août 1989 dans un village de Piolenc, des jumeaux âgés de 11 ans, Solène et Raphaël, disparaissent. Seulement l’un des deux sera retrouvé trois mois plus tard, mort. En juin 2018, l’histoire se répète et d’autres enfants disparaissent. Il faudra replonger dans les événements de 1989 pour résoudre cette affaire imaginée par Sandrine Destombes (Les jumeaux de Piolenc, Hugo). Après trente ans d’incarcération, Jean Séraphin sort de prison. Il avait jadis été reconnu coupable des meurtres sauvages de quatre femmes même s’il clamait son innocence. Une jeune recrue, Sophie Pont, avait réussi à obtenir ses aveux avant qu’il se rétracte. Quelques jours après sa libération, Jean disparaît et un nouveau meurtre avec le même modus operandi est perpétré. Sophie reçoit alors une lettre de Jean, qui réitère son innocence et qui lui demande de l’aide. Une intrigue haletante à lire dans Sauvez-moi de Jacques Expert (Sonatine). De son côté, Maxime Chattam revient avec Le signal (Albin Michel), un roman dans lequel se déroulent des phénomènes étranges : des jeunes filles disparaissent, des suicides mystérieux et des accidents surviennent. Et le tout, pendant qu’il semble y avoir une inquiétante présence. Que se passe-t-il? Après avoir eu beaucoup de succès avec La veuve, Fiona Barton récidive avec La coupure (Fleuve). La découverte du corps d’un bébé sur un chantier en banlieue de Londres chamboule la vie de trois femmes : Emma, qui a un lourd secret qui pourrait détruire sa vie; Angela, dont la fille a été volée après son accouchement quarante ans plus tôt; Kate, une journaliste qui cherche une bonne histoire.

Dans les montagnes du Frioul, en Italie, un homme a été retrouvé assassiné, les yeux arrachés, et près de lui trônait un épouvantail. Teresa, une commissaire dans la soixantaine, est persuadée que le tueur recommencera; elle doit le débusquer. Mais le temps commence à faire son œuvre et sa mémoire vacille parfois. Un thriller rythmé par celle qu’on surnomme « la Donato Carrisi au féminin », Ilaria Tuti (Sur le toit de l’enfer, Robert Laffont). Chaque fin de semaine, Nora rend visite à sa sœur, Rachel, qui habite à une heure de Londres. Un jour, l’horreur se pointe dans sa vie : sa sœur Rachel a été assassinée. Affligée, Nora entreprend de trouver le coupable, ce qui lui fera découvrir des pans inconnus de la vie de sa sœur. Ce premier roman de Flynn Berry a remporté beaucoup de succès lors de sa parution en anglais (L’assassin de ma sœur, Presses de la Cité).

À lire aussi
Empire des chimères, Antoine Chainas (Gallimard)
Couleur pivoine, Christian Schünemann et Jelena Volić (Éditions Héloïse d’Ormesson)
Séance infernale, Jonathan Skariton (Sonatine)
Faux amis, Linwood Barclay (Belfond)
Torrents, Christian Carayon (Fleuve)

 
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