Libraires d’un jour

Marie-Soleil Michon : Seconde nature

Par Isabelle Beaulieu
Publié le 24/10/2016

Elle s’active dans le milieu des médias depuis vingt ans. On peut dire sans craindre de se tromper qu’elle est une communicatrice émérite qui sait inspirer ses auditeurs. Ces temps-ci, elle est à l’animation de l’émission Ça vaut le coût à Télé-Québec, en plus de coanimer Le show du retour à Rythme FM. On pourrait ajouter à son curriculum vitae la fonction de lectrice professionnelle tant la lecture prend une grande place dans sa vie. Comme une seconde nature, en quelque sorte.

Marie-Soleil Michon avoue d’emblée être une personne profondément introvertie malgré son boulot médiatique qui l’amène au-devant de la scène. Bien qu’elle assume avec aisance son rôle d’animatrice, elle aime cette alcôve de solitude pleine que représentent les heures de lecture. Dès l’enfance, le livre semble être un bien de première nécessité. Chaque semaine, sa mère l’accompagne à la bibliothèque, où la petite fille remplit toujours sa carte de « Oui-Oui » et de « Martine », et un peu plus tard des enquêtes d’Agatha Christie. Une fois adulte, son engouement pour la chose n’a pas cessé, bien au contraire. Par conséquent, choisir une seule œuvre marquante chez Marie-Soleil relève d’une grande complexité. « Mon éveil féministe est beaucoup venu par les Américaines, comme Backlash : la guerre froide contre les femmes de Susan Faludi que j’ai lu au début de la vingtaine. » Un livre qui fera date sur le sujet et dans les années d’apprentissage de Marie-Soleil Michon. Plus récemment, Jadis, si je me souviens bien... de Georges-Hébert Germain l’a beaucoup émue. « J’ai eu la chance de le connaître un petit peu et ça m’a beaucoup bouleversée de lire son dernier livre, sur la mémoire en plus, ce qui lui a fait défaut à la fin de sa vie, sa tête si brillante qui a été atteinte. » L’auteur y revisite ses souvenirs et questionne ses frères et sœurs à savoir s’ils ont les mêmes.

Difficile de ne choisir qu’un petit nombre de livres révélateurs puisque chacun répond à une facette indépendante chez Marie-Soleil Michon. Le livre Marcher, une philosophie de Frédéric Gros fait appel à la marcheuse en elle qui pratique instinctivement l’activité depuis longtemps, mais les mots du livre sont venus étayer la signification plus profonde qui émane du rituel. Le livre vertigineux Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver, les réflexions d’une mère qui revient sur le parcours de son fils meurtrier, la secoue. « C’est un livre qui dépeint son époque parfaitement, qui saisit une réalité. C’est vraiment un livre “coup de poing” que je me rappelle avoir fermé en étant ébranlée, et pendant plusieurs jours. » L’animatrice aime varier les genres, ce qui l’amène à nous parler de livres aux registres différents. « Depuis quelques années, je suis amoureuse de David Foenkinos, comme j’étais tombée amoureuse il y a 10 ou 15 ans d’Anna Gavalda. J’ai envie de tout lire de cet auteur-là. » C’est sans surprise que l’on découvre que Le mystère Henri Pick a été déposé dans la valise de Marie-Soleil Michon pour les vacances à la plage, endroit où elle se rend presque exclusivement pour disposer de journées entières de lecture.

Les livres sont d’intarissables sources d’inspiration pour notre invitée. « Je me suis rendu compte que la liste des voyages que j’aimerais faire un jour vient de lectures que j’ai faites. C’est grâce à Benoîte Groult que j’ai développé le fantasme d’aller me faire fouetter le visage au vent sur les plages de Normandie. » Voyage qu’elle n’a pas encore fait. Pour Michon, la teneur particulière que possède la littérature et qu’elle ne peut retrouver nulle part ailleurs tient en une phrase : « Ça aide à vivre. J’ai pas d’autres réponses à ça. » C’est pourquoi elle ne refuse jamais une occasion de parler de livres. Elle espère faire naître chez quelqu’un n’importe quelle petite flamme susceptible de l’être, spécialement chez les jeunes à qui elle suggère les romans de David Goudreault, La bête à sa mère et La bête et sa cage : « Il y a là-dedans de l’humour noir, il y a un langage, une voix pour faire triper les jeunes. » La langue, le rythme et l’histoire de Naufrage de Biz, Le nid de pierres de Tristan Malavoy et Charlotte before Christ d’Alexandre Soublière rassemblent aussi plusieurs atouts pour plaire aux jeunes adultes.

Outre les écrivains cités plus haut, Marie-Soleil Michon aime parmi les voix contemporaines celle de Geneviève St-Germain qu’elle lit depuis ses chroniques dans Elle Québec. « Je trouvais qu’il n’y avait personne qui écrivait comme elle sur les petits pots, elle réussissait à faire des bijoux de textes avec des sujets de magazine féminin. » Alors quand sortent Carnets d’une désobéissante et plus tard Mon âge est à inventer, l’admiratrice s’en donne à cœur joie. Du côté français, Olivier Adam (elle commencera par Les lisières) lui plaît beaucoup avec ses histoires de famille dysfonctionnelles – « à comparer, on se console », dira Michon – et les romans à clés de Justine Lévy, la fille de l’autre (le titre Rien de grave par exemple).

Elle porte un grand intérêt pour la cuisine, mais surtout pour les récits qui la racontent. « Ce ne sont pas des livres de recettes, mais la cuisine est toujours en filigrane », précise-t-elle. Comme Cuisine et confidences d’Anthony Bourdain qui visite les coulisses de restaurants new-yorkais, ou encore Blood, Bones and Butter, une autobiographie de la chef Gabrielle Hamilton qui a reçu une éducation très spéciale avec une famille particulièrement bohème. Il y a encore Bien dans sa cuisine d’Isabelle Filliozat où la pratique culinaire est élevée au rang d’aventure intérieure. Notre lectrice constate qu’elle a un penchant pour les livres qui traitent des choses quotidiennes, mais qui sont sublimées par la littérature, comme Parfums de Philippe Claudel, qui recense des textes sensibles sur les odeurs qui imprègnent les souvenirs.

Quelques minutes après avoir terminé l’entrevue, je reçois un message de Marie-Soleil sur Twitter me disant : « Encore moi! Je m’en veux d’avoir oublié de mentionner Françoise Giroud dans mes lectures marquantes! » C’est noté. Puis, arrive un deuxième message : « Maintenant, je repense à L’histoire de l’amour de Nicole Krauss que j’ai si souvent donné en cadeau! Et à Extrêmement fort et incroyablement près deJonathan Safran Foerqui m’a tant fait pleurer. » Troisième message : « Je viens d’avoir un flash pour La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. OK, faut que j’arrête! »


Photo : © Julie Perreault

 

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