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Le libraire - Numéro 74
Jeanne Lemire: Libraire jusqu’au bout des doigts

Jeanne Lemire: Libraire jusqu’au bout des doigts

Par Vincent Thibault, Pantoute, publié le 06/12/2012

Quand Jeanne Lemire, des librairies Paulines, a répondu à l’une de nos questions en utilisant l’expression « être libraire jusqu’au bout des doigts », ça m’a d’abord fait sourire. Mais vite, j’ai compris que l’image dénotait plus qu’une passion pour le métier; les doigts touchent le papier comme certains livres touchent le cœur, et c’est bien la main qu’on tend vers autrui. Or, ces notions d’ouverture et d’entraide semblent omniprésentes chez cette libraire passionnée, qui arrive habilement à conjuguer « implication sociale »et « plaisirs livresques ».

Il faut savoir que la librairie Paulines de Montréal, maintenant sise rue Masson, ne se présente plus comme une librairie « religieuse », mais bien comme une librairie générale. On y trouve de tout, des romans policiers aux essais sur l’environnement, des récits de voyage aux livres de cuisine. La librairie abrite toutefois des trésors de spiritualité, et des rayons sont consacrés aux grandes questions philosophiques et sociales. Paulines, c’est aussi un espace de rencontre; on organise des conférences avec des auteurs et érudits d’horizons variés. Chaque année, ce n’est pas rien, plus d’une centaine d’événements culturels attirent plus de 5000 visiteurs. Quelques invités qui ont marqué la libraire? Benoit Lacroix, un père dominicain de 96 ans et d’une fraîcheur sans pareille; Lytta Basset, une pasteure protestante venue de Suisse; Christine Angelard, médecin à l’approche intrépide; la romancière Dominique Fortier, étoile des éditions Alto…

Animation en soirée ou flânage entre les rayons, un fait demeure : on veut que le lecteur ait l’impression de se retrouver chez lui. « On tente d’enlever les barrières… Cela passe par l’ambiance générale des lieux, mais aussi par des conseils personnalisés – on a donc des libraires spécialisés en littérature jeunesse, en sciences humaines, etc. » L’une des nombreuses différences, dirions-nous, entre une vraie librairie et une grande surface où une poignée de best-sellers se perdent à côté des téléviseurs et des étalages de friandises.

À un moment, j’ai tenté une question audacieuse. « Comment conciliez-vous commerce et spiritualité? L’acte de vendre un livre sacré, par exemple, vous met-il mal à l’aise? » Sa réponse ne s’est pas fait attendre. « Jamais. » La librairie, explique-t-elle, cherche à offrir une vaste gamme de titres, ne se limitant pas à telle ou telle approche. Une librairie indépendante, rappelons-le, offre souvent plus de 20 000 titres (on comprendra ainsi que toute faillite laisse une profonde cicatrice dans le paysage culturel). Il faut être financièrement en mesure d’offrir cette diversité au lecteur, et cela implique, naturellement, de vendre des livres. « En 35 ans de métier, j’ai eu le temps de faire la paix avec ça! De toute façon, nous ne sommes pas là pour le profit; il y a à la librairie une tout autre échelle de valeurs. » Quand on a un but, les choses s’éclaircissent; ici la seule ambition est de renseigner, d’éduquer, de répondre.

Derrière chaque client, donc, un humain avec ses goûts, ses besoins, sa sensibilité. Mme Lemire a beau avouer être quotidiennement inspirée par l’Évangile, elle ne suggère pas à qui mieux mieux des écrits catholiques. « À lire deux ou trois livres par semaine, on arrive à se faire une idée de ce qui se publie! J’adore Eric-Emmanuel Schmitt, je ne manque pas un ouvrage de l’historienne Micheline Lachance, et j’en suis à dévorer le dernier roman d’Éric Dupont… »

En tout cas, elle n’a pas reçu le prix Fleury-Mesplet 2011 pour rien. Elle s’est impliquée dans mille projets et ne manque jamais une occasion de militer pour une réglementation du prix des livres. Selon elle, chaque librairie peut s’impliquer dans son milieu, ne serait-ce qu’en faisant partie d’une association de quartier. Chez Paulines, on expose en vitrine des œuvres d’artistes locaux, et l’on fait plus que réjouir les contemplatifs et les amateurs de littérature; les gourmands y découvrent quant à eux les produits des abbayes de Val-Notre-Dame et de Saint-Benoît – fromages, chocolats, caramels, cidres… Quelle que soit notre quête, un arrêt rue Masson saura nous ragaillardir.

Librairie Paulines
2653, rue Masson
Montréal (Québec)
H1Y 1W3
514 849-3585 | www.librairies.paulines.qc.ca

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