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Aloha Elohim

Aloha Elohim

Par Mathieu Simard, Pantoute, publié le 01/09/2005
C’est une histoire d’alias, comme dans la chanson de Stephen Faulkner, alias Cassonade, mon cowboy préféré après Johnny Cash et Mike Blueberry. L’un des personnages s’appelle Michel Thomas et signe Houellebecq. L’autre, Claude Vorilhon, ancien chroniqueur automobile, répond au nom de Raël.
Comme la plupart des gens, les deux personnages aiment bien faire parler d’eux. Et parce qu’à répercuter l’écho de leurs moindres souffles, on se trouve à faire soi-même les manchettes, ils habitent désormais sur la même île imaginaire qu’Elvis Presley et Walt Disney, quelque part sous les étoiles. Bon, ils sont vivants, mais ça ne change rien pour le commun des mortels, à moins que vous ne comptiez parmi leurs amis, c’est-à-dire leurs disciples.

Ces deux petits dieux sont lucides. Cela signifie surtout qu’ils ont conscience de leur image. Raël sait ce qu’il veut, formule consacrée qui finira bien en slogan de pub de bière; l’auteur d’Extension du domaine de la lutte accepte ce qu’il ne veut pas: les deux n’ignorent rien de ce que vous voulez. Ça impressionne, ça. Ces deux gaillards parlent fort, l’un en grommelant, l’autre en susurrant. Houellebecq marche à notre pulsion de la reconnaissance, sans succomber dans la paranoïa du complot. Nous nous sentons compris et intelligents à lire ses petites phrases lapidaires et ses grands thèmes qui incarnent un certain désespoir, accrochés à la lanterne de Schopenhauer ou au rouleau compresseur du positivisme. Raël, entre deux râles, carbure à la crédulité, à la recherche du confort existentiel. Il dirige une manufacture d’arrière-monde qui lui permet de profiter de la vie ici et maintenant.

La Possibilité d’une île, qu’il faudra bien finir par lire, mettrait en scène une secte, les élohimites, inspirée des Raéliens. Lors d’un entretien accordé au Nouvel Observateur, Houellebecq, interrogé à propos de son adhésion éventuelle à la secte, apportait quelques nuances1. L’écrivain ne s’intéresse à la secte que pour des raisons littéraires: «elle est adaptée aux temps modernes, à la civilisation des loisirs, elle n’impose aucune contrainte morale et, surtout, elle promet l’immortalité». Du fast food intellectuel quoi, qui ne demande aucun effort de compréhension, doublé d’une bonne pelletée d’espoir, obtenue sans renoncement. Houellebecq a malheureusement ajouté qu’il trouvait Raël sympathique, et que, pour l’amateur de science-fiction qu’il est, «ses idées sont intéressantes».

Il n’en fallait pas plus au Capitaine Crossmoss pour récupérer son Vermicelle. Par voie de communiqué2, le 29 août dernier, avant la parution du livre, les membres du mouvement raélien «félicitent Michel Houellebecq pour son dernier ouvrage» sans l’avoir lu, satisfaits «de voir un intellectuel français de premier plan [...] reconnaître les qualités exceptionnelles de la philosophie raélienne».

Après ce triste détournement de lectorat autour du nouveau Houellebecq, ça m’a redonné le sourire, un peu envie de vivre, sans me retenir.

En passant, saviez-vous que le lieutenant de Raël s’appelle Laer?

Si vous le voyez sur la rue, gênez-vous pas, appelez-le «chose».


*




1Lire «"Je suis un prophète amateur"» sur www.nouvelobs.com

2On en retrouve le texte sur le blogue du mouvement: raeliens.canalblog.com



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