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Les libraires - Numéro 112
Prix littéraire des collégiens : Ce prix qui a un je-ne-sais-quoi

Prix littéraire des collégiens : Ce prix qui a un je-ne-sais-quoi

Par Isabelle Beaulieu, publié le 08/04/2019

Plusieurs récompenses littéraires, toutes plus intéressantes les unes que les autres, honorent ici et ailleurs les auteurs et les livres. Mais le Prix littéraire des collégiens a une aura bien personnelle qui nous a donné envie d’en savoir un peu plus sur ses origines et son fonctionnement. Entrevue avec Claude Bourgie Bovet, la matriarche de ce prix aux mille vertus. 

En quinze ans, le Prix littéraire des collégiens a su gagner une réelle crédibilité auprès des lecteurs comme dans le milieu du livre. Si bien que lorsque cette année le prix a été momentanément suspendu — on se rappellera qu’Amazon était devenu le principal commanditaire du prix, ce qui avait été loin de plaire à plusieurs personnes compte tenu de la réputation de ce commerçant un peu trop gourmand —, on a tous clamé haut et fort que ce prix devait survivre. Surtout, ne jetons pas la pierre aux organisateurs de ce formidable prix qui n’ont d’autre faute que d’être victimes de leur succès. Car ce qui est parti d’un élan très sincère, celui de faire découvrir aux jeunes la littérature québécoise grâce à la grande passion d’initiateurs bénévoles, est maintenant devenu une récompense réputée qui exige une logistique considérable. Faire le tri des boîtes de livres dans le garage de sa maison devenait de moins en moins envisageable pour madame Bourgie Bovet…

D’un seul et même élan spontané
Tout a commencé quand un enseignant du Cégep de Sherbrooke, monsieur Bruno Lemieux, décide de participer avec sa classe au Goncourt des lycéens en France. « De mon côté, moi qui ne suis pas impliquée dans le milieu de l’éducation, je me disais que ce serait donc extraordinaire si ça existait au Québec, explique Claude Bourgie Bovet. J’ai été une lectrice tout le long de ma vie depuis ma jeunesse et ça m’a tellement apporté. » Sans le vouloir, madame Bourgie Bovet est une parfaite ambassadrice du prix puisque le but de l’exercice est de transmettre la piqûre de la lecture aux jeunes adultes, peu importe ce qu’ils choisiront comme métier ou profession plus tard. Elle est persuadée qu’il y a un livre pour chaque lecteur.

Le Goncourt des lycéens agit comme entremetteur et met en contact Lemieux et Bourgie Bovet. Ces derniers partagent leur commune passion et décident alors de se lancer dans l’aventure et de créer leur propre prix. De neuf cégeps et collèges inscrits la première année, ils sont maintenant soixante-cinq! Seize ans plus tard, qu’en est-il du fonctionnement de l’organisation? « On est toujours sur le même modèle. Dès la première année, on a formé un comité de coordination qui réunissait quatre professeurs, un directeur des études et nous comme fondateurs et gestionnaires. On s’est aussi associés au Devoir et on a eu des gens du journal qui nous ont aidés à mettre ça sur pied. Ils sont toujours impliqués aujourd’hui, pas dans la coordination, mais c’est eux qui président le jury et établissent la sélection. » La structure est à ce jour encore la même et tout le monde, pétri de convictions sur l’importance de la lecture dans une vie, agit comme bénévole.

Pour ce qui est de l’organisation des groupes participants, chaque cégep et collège a la liberté de former son comité à sa façon. La plupart des comités sont chapeautés par un professeur qui monte un club de lecteurs intéressés au moyen d’une activité parascolaire. Parfois, aussi, un professeur décide d’intégrer le projet à même la matière d’un cours. Quoi qu’il en soit, chaque institution n’a droit pour le moment qu’à une seule inscription — ce que déplorent certains qui voudraient inscrire plus d’un groupe à l’activité parce qu’un même établissement peut avoir différents sites et campus. On parle d’un ajout d’une vingtaine d’inscriptions au nombre déjà important de soixante-cinq. Pour l’instant, l’infrastructure ne permet pas au prix de suffire à la demande. Ensuite, des rencontres sont déterminées, les cinq titres finalistes sont lus, des séances publiques avec les auteurs sont prévues. Finalement, chaque comité désigne un représentant qui ira défendre le livre choisi par le groupe aux délibérations nationales.

La magie au rendez-vous
Ce qui rend si spécial le Prix littéraire des collégiens, outre qu’il est lu, analysé, discuté et voté par des jeunes, réside peut-être en son incontestable dynamisme. Né à partir du simple amour de la lecture, ce prix a su vite contaminer l’ensemble, comme quoi seul un passionné peut appeler d’autres passionnés. Dans chacun des groupes, puis lors des débats nationaux, les organisateurs remarquent l’enthousiasme qui émane de ces rencontres. Une fraternité se vit par l’entremise de la lecture, et le public est à même de le constater à l’occasion de la remise du prix au lauréat, le moment qui chaque année renouvelle son lot d’émotions fortes. « Ça se passe au Salon du livre de Québec sur la scène principale et on nomme et fait monter un par un les étudiants qui ont participé aux délibérations, soit un délégué par institution. Ça veut dire que sur la scène, on amène une soixantaine d’étudiants, note madame Bourgie Bovet. Et tout cela se passe sous les encouragements de leurs collègues qui sont présents dans le public. » Applaudissements à tout rompre et manifestations d’interjections enjouées témoignent d’une foule en liesse. Puis chacun des jeunes représentants s’avance pour lire le texte qu’il a écrit à propos d’un des livres finalistes. Dans la salle, les auteurs sont ébahis, certains versent même des larmes. « C’est vraiment le moment fort, et même si chaque année on sait ce qui s’en vient, quand l’instant arrive, ça nous prend toujours au cœur. » Autre fait saillant, depuis quelques années, on retrouve d’anciens participants parmi les professeurs et les auteurs en lice — preuve émouvante qu’une génération est en train de prendre la mesure de la valeur reçue, assez pour avoir maintenant envie de la perpétuer. Enfin, madame Bourgie Bovet se souvient de l’année 2010 où le gagnant, dont le nom n’est toujours scellé que la veille de la remise, était l’auteur Marc Séguin, aussi peintre reconnu et qui se promène entre le Québec et les États-Unis. En apprenant la nouvelle, l’artiste s’empresse de sauter dans le premier avion de New York pour Québec et arrive in extremis à la remise du prix, essoufflé mais heureux d’y être.

Tous ces exemples rappellent sans équivoque l’importance de ce prix et l’assurance qu’il doit demeurer. Ses grands défis des prochaines années seront de trouver des sources de financement et d’assurer une relève pour garantir sa pérennité. Pour tenter d’élucider la part de magie qui nimbe le Prix littéraire des collégiens, inutile de chercher bien loin. Jeunesse, enthousiasme, passion, émotions et force du nombre (ils sont en moyenne 800 étudiants à y participer chaque année) en sont quelques indices. Le reste se vit dans chaque collège et chaque cégep à chacune des rencontres qui voit des dizaines de jeunes se réunir autour d’une table et parler littérature.

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