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Les libraires - Numéro 93
L’école des loisirs : 50 ans au service de la littérature et de ses lecteurs

L’école des loisirs : 50 ans au service de la littérature et de ses lecteurs

Par Pierre-Alexandre Bonin, Monet, publié le 01/02/2016

2015 aura été une année marquante pour l’École des loisirs, maison d’édition française spécialisée en littérature jeunesse. En effet, elle célébrait son 50e anniversaire de fondation. À l’occasion du Salon du livre de Montréal, nous nous sommes entretenus avec Louis Delas, directeur général de l’École des loisirs. Voici le résultat de cette conversation entre un libraire et un éditeur jeunesse.

En cinquante ans d’existence, les éditions de l’École des loisirs ont connu d’importants changements. Mais qu’en est-il de la littérature jeunesse? Pour M. Delas, les années 60 ont été le cadre d’un bouleversement de la littérature jeunesse. Selon lui, « avant les années 60, la littérature était assez formatée, assez scolaire et finalement assez ennuyeuse. Et puis, dans les années 60, il y a eu la création de l’École des loisirs, il y a eu Pomme d’Api, il y a eu la Bibliothèque Rose. Il y avait un mouvement au cœur duquel l’École des loisirs était et dans lequel il y a eu une libéralisation de la parole ». En plus de profiter d’une conjoncture favorable, l’École des loisirs a donc su mettre en place des éléments qui ont assuré son succès. C’est ce qui explique que certains albums publiés aux débuts de la maison d’édition soient encore aujourd’hui bien présents sur le marché du livre.

Il y a également des facteurs qui forment la clé de voûte de la vision éditoriale de la maison d’édition, et ce, depuis sa fondation. Pour Louis Delas, il y en a quatre : la liberté et l’indépendance, la sélectivité éditoriale, le partenariat avec les libraires et, finalement, les médiateurs du livre (professeurs, bibliothécaires, parents). Pour M. Delas, « l’indépendance nous donne la liberté de choix et la liberté du temps ». En retour, cette liberté du temps permet à l’École des loisirs de maintenir un cap éditorial et d’accompagner les auteurs. Quant au partenariat avec les libraires, la raison est simple : «Vous pouvez faire les meilleurs livres du monde, s’ils ne sont pas vendus, eh bien, ça ne sert à rien. » Le rapport qu’entretient la maison d’édition avec les médiateurs s’inscrit dans la même veine, puisque ce sont ceux-ci qui mettent les livres entre les mains des enfants, même s’ils ne sont pas nécessairement en contact avec la littérature à l’extérieur de l’école.

Depuis quelques années, leur travail porte ses fruits, puisqu’on assiste à un regain d’intérêt pour la littérature jeunesse en France. Selon M. Delas, le livre jeunesse y est le deuxième secteur d’édition en importance. Cette situation s’explique par le fait que « l’environnement culturel en France est très dynamique et je pense que les gens, les différents acteurs et le public sont conscients de l’importance du livre pour l’éducation d’un enfant ». Mais qu’en est-il de la littérature jeunesse de l’autre côté de l’Atlantique?

Questionné à ce sujet, M. Delas constate avec plaisir qu’« il y a à l’évidence une grande dynamique de création au Québec, une magnifique énergie, une grande créativité ». Toutefois, il s’inquiète quelque peu des effets pervers possibles quant aux conséquences de la forte présence gouvernementale dans l’aide à l’édition, particulièrement sur le livre jeunesse. Pour lui, « il faudrait être attentif à ce que ce soutien très fort du gouvernement ne coïncide pas avec un autobridage de la création. Donc, il faut une remise en cause permanente, une réflexion et de la liberté ».

Cette liberté se retrouve dans le traitement de certains sujets qui soulèvent les passions, en France ou ailleurs dans le monde, où les cas de censure de la littérature jeunesse surgissent encore aujourd’hui. La position de Louis Delas à ce sujet est claire : « Il n’y a aucun sujet tabou à partir du moment où ce sont des sujets auxquels les enfants sont confrontés, sur lesquels les enfants ont des questionnements, des interrogations. Par contre, il faut que le sujet soit traité avec talent. Ce qui est inacceptable, c’est un opportunisme sur des sujets polémiques et qu’en plus, ce soit fait sans talent. » Cette ouverture sur une pluralité de sujets et sur cette recherche du traitement intelligent ont donné certaines des œuvres les plus marquantes de l’École des loisirs.

L’École des loisirs a donc su se renouveler et se réinventer, tout en demeurant fidèle à ses principes fondateurs. Le résultat? Cinquante ans de passion, de création et d’œuvres marquantes. Il ne nous reste plus qu’à lui souhaiter une longévité au moins aussi longue.

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