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Danielle Simard : Une sorcière bien-aimée

Danielle Simard : Une sorcière bien-aimée

Par Stanley Péan, Les libraires, publié le 19/04/2005
Totalement inexpérimentée, Véronique, la nouvelle maîtresse, se sent un brin déboussolée en face des vingt-cinq énervés aussi énervants de sa classe de quatrième année du primaire. Malheureusement pour ces garnements, cela ne veut pas dire qu’ils auront l’ascendant sur elle. Car Véronique a un secret qu’elle n’arrive pas à cacher : c’est une sorcière, dont les formidables pouvoirs obéissent à ses volontés inconscientes… au plus grand amusement des lecteurs et lectrices, à qui Danielle Simard destine son vingt-quatrième ouvrage intitulé Maîtresse en détresse.
Qu’une simple visite scolaire dans le cadre des tournées-rencontres d’écrivains fournisse à un auteur le sujet d’un roman jeunesse, ce n’est pas garanti. C’est néanmoins arrivé à Danielle Simard, dont le plus récent opus, Maîtresse en détresse, s’inspire directement d’un passage dans la classe d’un groupe particulièrement turbulent : « Comme mon héroïne, j’ai bel et bien rencontré les plus énervés des plus énervants, rigole la romancière. Dès mon entrée dans leur local, ils avaient la main levée pour poser des questions et ne la baissaient pas. Leur professeure, qui s’appelle vraiment Véronique, m’a dit de ne pas m’en inquiéter, qu’ils passent leur journée comme ça. Et du coup, cette image s’est imposée  : j’avais une amorce pour mon livre… »

De là l’idée de cette scène cocasse où Véro, cette attendrissante sorcière qui contrôle mal ses pouvoirs surnaturels, jette par inadvertance à ses élèves ce sort qui les oblige à garder la main levée… même en dehors de la salle de cours. Rigolo à souhait, Maîtresse en détresse saura certes trouver son public… même en dehors de la classe qui l’a inspirée. Après tout, le succès de Harry Potter et de ses émules en témoigne bien, sorcières et sortilèges ont la cote auprès des jeunes lecteurs : « Oui, c’est vrai, les enfants adorent les histoires de sorcières. Ce sont des personnages accrocheurs, qui renouent avec la tradition du conte. Les jeunes en ont peur et, en même temps, aiment les apprivoiser. Mais l’univers de mon livre n’a pas grand-chose en commun avec les Harry Potter, précise Danielle Simard. J’utilise la sorcellerie comme source de situations comiques. »


Faut bien rigoler

Quiconque parcourt l’impressionnante bibliographie de Danielle Simard ne manquera pas de remarquer une constante. L’humour imprègne en effet la plupart de ses bouquins : « Mes tout premiers livres n’étaient pas si drôles, s’empresse-t-elle cependant de faire remarquer. Mais dès que je me suis mise à la fantaisie, je n’ai plus su m’arrêter. Il faut dire que le comique m’aide beaucoup dans cette mission que je me suis donnée, celle d’amener les jeunes à la lecture. »

Puisque l’auteure elle-même parle de sa mission quasi pédagogique, osera-t-on évoquer avec elle les supposées contraintes qu’impose aux créateurs la littérature pour la jeunesse ? « Les contraintes, on s’en accommode aisément, d’autant plus qu’elles ne sont pas forcément négatives, déclare-t-elle. Par exemple, quand on écrit pour des jeunes de deuxième ou de troisième année, il y a un impératif de clarté, d’intelligibilité. Je parle autant pour les situations que pour l’écriture elle-même. Le but avoué est toujours de rendre la lecture plus amusante. C’est pourquoi j’ai parfois recours à des rimes, comme à d’autres trucs cocasses. »


De l’avenir de la littérature jeunesse

Ni le caractère enjoué des romans de Danielle Simard, ni leur succès n’immunise leur auteure contre une certaine inquiétude quant à l’avenir de la littérature jeunesse au Québec, à l’heure où un sérieux coup de barre est nécessaire pour maintenir la présence de cette littérature dans nos bibliothèques publiques : « S’il y a quelque chose qui m’attriste quand je fais la tournée des écoles, c’est l’impression de voir le lectorat diminuer en nombre. La lecture ne me semble pas aussi populaire qu’elle l’a été il y a un moment. C’est pourquoi je trouve important que les auteurs séduisent les jeunes, leur donnent l’envie de ne pas abandonner le livre au profit d’autres formes de divertissement. »

Les séduire ?, dit-elle. Dans ce cas précis, il sera peut-être plus indiqué de parler d’envoûtement. Pour s’en assurer, il faudrait peut-être poser la question aux élèves de la véritable Véro, qui n’ont sûrement pas manqué de se reconnaître sous la plume de Danielle Simard : « Évidemment qu’ils ont lu le roman ! Et évidemment qu’ils ont apprécié, puisque ce sont eux qui m’avaient demandé de garder leurs noms dans le livre ! »


Bibliographie :
Maîtresse en détresse, Soulières Éditeur, 88 p., 7,95 $
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