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Les disparus

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De grands départs

De grands départs

Par Dominique Lemieux, Les libraires, publié le 04/01/2018

Le monde littéraire est secoué par la disparition récente de figures importantes : romancier, poète, essayiste et éditeur. Ultime hommage à ces grands disparus.

 

Diane Boudreau : 1957-2017

C’est une grande dame qui est disparue le 20 novembre dernier à l’âge de 60 ans des suites d’un cancer. Née à Ottawa et élevée à Laval, Diane Boudreau, qui détenait un doctorat en études françaises, a consacré plus de trente ans de sa vie à l’enseignement du français dans les écoles publiques du Québec. Parallèlement, elle a publié une dizaine d’ouvrages, touchant à des genres bien différents. Elle a notamment écrit une Histoire de la littérature amérindienne au Québec en 1993 (L’Hexagone) – ce qui en faisait une précurseure en ce domaine –, des recueils de poésie autoédités, des livres jeunesse aux éditions du Phoenix (Le cimetière du musée, La princesse qui vivait dans une grotte) et un essai bien senti sur les failles du système d’éducation actuel (Une éducation bien secondaire, Poètes de brousse).  

Paul Otchakovsky-Laurens : 1944-2018

Grand homme, monumental éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens est décédé tragiquement le 2 janvier dans un accident de voiture, alors qu’il séjournait en vacances sur une petite île de la Guadeloupe. L’homme de 73 ans demeurait fort impliqué dans sa maison d’édition. Son travail à la tête des éditions P.O.L – entre 45 et 50 titres annuellement – a permis de faire connaître de grands noms de la littérature française : Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Leslie Kaplan, Jean Rolin, Atiq Rahimi et Martin Winckler. Au cours de sa carrière débutée aux éditions Bourgois comme stagiaire, puis aux éditions Flammarion et Hachette, il a aussi publié les monuments Georges Perec (La vie mode d’emploi) et Marguerite Duras (La douleur, La vie matérielle). On le décrivait comme un éditeur exigeant, fidèle et éclectique.

 

Ronit Matalon : 1959-2017

Quelques jours avant Aharon Appelfeld, Israël avait perdu une autre de ses plus grandes écrivaines. La romancière et essayiste Ronit Matalon est décédée le 28 décembre à l’âge de 58 ans. Elle combattait un cancer. Ronit Matalon venait de recevoir un prix important pour souligner la qualité de son dernier roman, And the Bride Closed the Door. Née dans une famille d’origine égyptienne, l’écrivaine n’a pas hésité à prendre des positions fortes, autant pour défendre les droits des femmes que pour critiquer l’occupation de la Cisjordanie par Israël. En français, deux titres ont été traduits et permettent d’apprivoiser son univers, soit Le bruit de nos pas (Stock), centré autour d’une famille installée au cœur du désert israélien, et De face sur la photo (Actes Sud), le récit d’une jeune Israélienne envoyée au Cameroun en raison de son insolence.

 

Sue Grafton : 1940-2017

Sue Grafton ne terminera pas son populaire abécédaire entamé en 1982 avec A comme Alibi. La romancière américaine, créatrice du personnage de détective privée Kinsey Millhone, a perdu sa bataille contre le cancer le 28 décembre. Elle avait 77 ans. Sue Grafton avait publié Y is for Yesterday en août dernier, ce qui en faisait le 25e titre de cette série campée dans une ville fictive de Californie. Les quatre derniers romans de cette série demeurent toujours non traduits en français.

 

Aharon Appelfeld : 1932-2018

L’écrivain Aharon Appelfeld, figure marquante des lettres israéliennes, est décédé le 4 janvier à l’âge de 85 ans. Né en Roumanie de parents juifs, Aharon Appelfeld aura connu les heures sombres de la montée du nazisme. Séparé de son père – sa mère avait été tuée en 1940 – et déporté dans un camp ukrainien, il réussit à s’évader, mais continue à lutter pour sa liberté, jusqu’à son installation en terres palestiniennes. Le survivant de la Shoah a écrit une quarantaine d’ouvrages souvent inspirés de son parcours au cours de sa carrière, dont la plupart sont traduits en français. Parmi les titres marquants, signalons l’important Histoire d’une vie, qui lui a valu le Médicis étranger en 2004 et qui raconte son épopée, Le temps des prodiges et Le garçon qui voulait dormir. Son ultime roman, Des jours d’une stupéfiante clarté, paraîtra en mars prochain au Québec.  

Bernard de Fallois : 1926-2018

Le chevronné éditeur Bernard de Fallois, décédé ce 2 janvier à l’âge de 91 ans, a publié Marcel Pagnol et le Suisse Joël Dicker, qu’il a fait découvrir avec le succès monstre La vérité sur l’affaire Harry Québert. Le spécialiste de Marcel Proust, dont il a découvert et édité les manuscrits de Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve, a travaillé au Livre de Poche, avant de devenir directeur général du groupe Hachette Livre entre 1968 et 1975. Il prend ensuite les rênes des Presses de la cité (1975-1987). C’est à son départ de cette maison, alors qu’il a 61 ans, qu’il crée sa propre enseigne, les Éditions de Fallois. Au fil des ans, il y publie plus de 800 ouvrages, particulièrement des romans français et étrangers, ainsi que des essais. Son catalogue compte notamment Robert Merle, Raymond Aron, Jacqueline de Romilly et Françoise Chandernagor.

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