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William Reymond: Certains l’aiment froid(e)

William Reymond: Certains l’aiment froid(e)

Par Olivia Wu, Les libraires, publié le 17/06/2008
Dans Marilyn. le dernier secret, William Reymond dévoile la vérité après une enquête de plus d’un an qui a, comme point de départ, la date du décès de Norma Jean Baker au cours de la nuit du 4 au 5 août 1962. À la manière du lieutenant Colombo, Reymond révèle le détail crucial qui, à l’âge de 36 ans, a fait passer la star américaine de vie à trépas: une poire rectale remplie de Nembutal liquide, un composé de barbiturique et de sédatif. Étape par étape, l’auteur de Toxic et de JFK, le dernier témoin, prouve qu’il ne s’agissait ni d’un suicide ni d’un complot fomenté par les frères Kennedy, mais plutôt d’une mort stupide. Depuis quarante-cinq ans, les publications se multiplient sur Monroe: elle rapporte plus morte que vivante. À qui profite le crime? Lumières!
D’entrée de jeu, le journaliste français n’était pas intéressé outre mesure par la blonde platine la plus connue de la planète, et n’en est pas plus fan à la fin de sa contre-enquête. «En fait, elle est un personnage au confluent de l’Amérique des années 50-60, celle de la mafia, des Kennedy et de l’âge d’or de Hollywood. C’était un fil rouge. Ainsi, le sujet s’est imposé et je me suis pris au jeu», explique-t-il en entrevue lors d’un passage éclair à Montréal. Le déclic s’est fait durant ses recherches: William Reymond constate que le mythe autour du décès de l’actrice n’est basé sur rien, ou plutôt, sur un ensemble d’idées fausses monté de toutes pièces, articulé autour de trois pôles et nourri abondamment par la centaine d’ouvrages et de documentaires qui lui ont été consacrés. Pour détruire le mythe, il est remonté à la source de chaque information.

Le fantasme Kennedy
«Il s’agissait de vendre du témoignage et de faire le commerce d’une prétendue relation entre gloire et argent. Une frange de personnes tire profit de ses liens avec les frères John et Robert Kennedy», constate l’auteur, qui vit actuellement au pays de l’oncle Sam. William Reymond s’est attaqué à ce fantasme collectif en consultant l’emploi du temps des derniers mois de Marilyn et de John Kennedy. Il n’y a eu qu’une seule relation sexuelle entre le trente-cinquième président des États-Unis et elle. Quant au frère, Robert, il n’était tout simplement pas le genre de l’actrice. Néanmoins, cette dernière l’aurait harcelé au téléphone en menaçant de dévoiler leur relation. Or, il s’agit d’une fausseté. D’une part, les relevés téléphoniques prouvent qu’ils ont été très peu en contact; d’autre part, Marilyn Monroe était en train de combattre la campagne de désinformation menée par les producteurs de la 20th Century Fox, une bataille dans laquelle Bobby Kennedy l’a soutenue. Certains individus ont utilisé ces ouï-dire à des fins mercantiles et politiques; mêler le clan Kennedy et la mort de la plus belle femme de Hollywood représentait une aubaine.

Combat de titans
Un autre mensonge vole en éclat dans Marilyn, le dernier secret: elle ne s’est pas suicidée. La Fox avait entrepris en 1962 un travail de sape afin de détruire celle qui avait pourtant été leur poule aux œufs d’or. Embourbés financièrement dans le tournage de Cléopâtre avec Elizabeth Taylor, les pontes de la société de production avaient décidé de la prendre comme bouc émissaire. Malgré sa fragilité, la réalité est que Marilyn entamait un nouveau tournant dans sa carrière et dans sa vie. Cependant, les idées reçues, les visions erronées de la star, ont perduré. Alors qu’elle a été renvoyée du plateau de son dernier film, Something’s Got to Give, les témoignages attestent, au contraire, que Marilyn Monroe n’avait jamais été aussi professionnelle. Dans les deux derniers mois de sa vie, elle s’est occupée à contrer les mensonges colportés par la Fox. Dans le magazine Life du 3 août 1962, elle réfléchit sur son métier: «Je ne suis pas le genre d’actrice qui ne vient au studio que pour respecter la discipline. Cela n’a aucun rapport avec l’art. Mais lorsque je viens au studio, c’est pour jouer, pas pour être enrégimentée!» William Reymond ajoute qu’«elle était consciente d’avoir profité du star system et avait découvert qu’il y avait une vie en dehors des studios». Loin d’être folle, Monroe se débarrassait petit à petit de sa dépendance à l’alcool, aux médicaments. Pourtant, elle a succombé à une dose massive de barbituriques. Menée par le docteur Noguchi, l’autopsie prouve que celle-ci a été administrée par le biais d’un lavement et que le côlon a été altéré par le poison.

Relation malsaine
L’investigation de Reymond montre toutes les circonstances qui ont mené à la tragédie et celles qui l’ont suivies. Il s’avère que Ralph Greenson, le psychiatre de la Blonde, a préparé le lavement à base de Nembutal liquide. Et Eunice Murray, l’assistante de la star, a été le dernier témoin, car elle a injecté la dose fatale. Meurtre ou un accident? «On ne le saura jamais», dit l’auteur. Mais il nous apprend que l’actrice voulait se libérer de la relation qui la liait à Greenson, et que cela rendait ce dernier furieux. «Il avait des sentiments [pour Marilyn] et elle était devenue sa chose. Il s’était érigé en chevalier servant tentant de la sauver de ses démons, l’avait intégrée dans sa famille, lui avait sacrifié un an de son existence. Ça dépassait le cadre de l’amitié et il ne se considérait pas comme un employé», dit Reymond.

Tout n’est qu’illusion
La vérité est loin d’être reluisante. À la fin de son enquête, l’auteur constate qu’il a passé plus d’une année à suivre les traces d’une illusion. «Je ne suis pas déçu. J’ai apprécié ce bout de chemin en raison de l’écho contemporain qu’il fait résonner. Cela démontre qu’avec une information calibrée, Hollywood a gagné et offre au public ce qu’il souhaite: de belles histoires. Il refuse à Marilyn qu’elle ait une fin banale», laisse-t-il tomber. Par contre, pour Reymond, l’aventure est loin d’être terminée. Son intérêt pour l’empire américain ne décline pas, et il vit même au cœur du Bushland, au Texas.

«Comme tous, j’ai baigné dans la culture américaine avec un mélange d’admiration et de dédain. Je veux montrer à quoi ressemble ce pays. Bush a su parler à cette Amérique religieuse qui ne voyage pas», observe William Reymond, qui travaille également comme journaliste. D’ailleurs, il se définit davantage comme auteur et revendique la fonction de storyteller qui informe. Ainsi, armé de son Mac, il compte réaliser une trilogie consacrée aux États-Unis des années 50, 60 et 70 avec des personnalités marquantes. Marilyn a lancé le mouvement, Robert Fitzgerald Kennedy va lui emboîter le pas, et Martin Luther King clôturera la marche. Ainsi, l’écrivain a pris conscience que le travail accompli interpelle ses lecteurs. «Toxic* a généré un intérêt, touché les gens. Cela a donné un sens à mon travail», conclut-il au bout du fil.


* Toxic : Obésité, malbouffe, maladies... Enquête sur les vrais coupables, J’ai Lu, 352 p., 13,95$

Complétez vos lectures avec le prix Interallié 2006, Marilyn, dernières séances (Folio, 544 p., 13,95$), dans lequel le journaliste Michel Schneider fantasme sur la relation amoureuse unissant la star et son psychanalyste, ou lisez le très récent Marilyn et JFK de François Forestier (Albin Michel, coll. Documents, 29,95$), qui prétend, au contraire de William Reymond, que la liaison entre Monroe et Kennedy a duré dix ans.


Bibliographie :
Marilyn, le dernier secret, William Reymond, Flammarion, coll. Enquête, 492 p., 34,95$
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