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Un Québécois parmi les finalistes du prix Albert-Londres

Un Québécois parmi les finalistes du prix Albert-Londres

Par Isabelle Beaulieu, publié le 22/06/2017

Guillaume Lavallée, l’auteur de Drone de guerre. Visages du Pakistan dans la tourmente (Boréal), est finaliste pour le prix Albert-Londres. Cette récompense internationale remise par la France couronne le meilleur « Grand Reporter de la presse écrite » depuis 1933. Une deuxième mise en nomination pour le journaliste qui a déjà été finaliste pour le prix en 2013 pour son livre Dans le ventre du Soudan.

Manifestement épris de son métier, Guillaume Lavallée nous explique au bout du fil ce que veut dire pour lui le mot reporter : « C’est quelqu’un qui va vers l’information, et qui est au carrefour de toutes les forces d’une société, c’est ce qui rend ce métier-là assez grisant. Il y a peu de métier qui te permette d’aller dans tous les secteurs, de parler aux gens et d’être légitime de le faire. » La deuxième partie du métier consiste à savoir raconter les histoires, à rendre justice aux humains rencontrés.

L’auteur rappelle qu’il y a beaucoup de grands littéraires qui ont fait du reportage au XXe siècle. Pour lui, ce sont des sources d’inspiration importantes. Nous lui demandons d’en nommer un ou deux, il nous en nomme sept : George Orwell, Albert Camus, John Steinbeck, Albert Londres, Joseph Kessel, Ryszard Kapuscinski, Svetlana Alexievitch. Par rapport au XXe siècle, le travail de reporter est bien différent, mais l’essence reste la même. « Le luxe que plusieurs estiment avoir perdu c’est le temps », précise Lavallée. De plus en plus, avec la mécanique médiatique, il faut avoir rapidement un premier reportage pour les sites Internet et les réseaux sociaux, il faut aussi avoir un reportage pour l’édition du journal du lendemain. »

Dans cette profusion d’informations dont est abreuvée le lecteur ou le téléspectateur, ce n’est pas toujours facile de démêler le vrai du faux. « Dans l’ère de la désinformation, le reporter c’est probablement le meilleur garant des faits », ajoute Guillaume Lavallée. Il est un témoin privilégié puisqu’il est directement en contact avec la nouvelle. Écrire un documentaire journalistique en vivant l’expérience du reporter permet justement de mûrir son sujet, d’y accorder une attention absorbée. Pour le lecteur, c’est aussi un privilège d’avoir un récit étoffé qui amène à une compréhension des événements plus complète. Un peu comme si vous y étiez, la lecture d’un document tel Drone de guerre vous donne l’impression d’avoir aussi vu, entendu ce qui se passe en terre pakistanaise. Le bon reporter ne fait pas que nous donner de l’information, il nous donne envie de la réflexion et de développer notre potentiel humain qui fait appel à l’empathie, à reconsidérer notre façon de voir le monde.

De ses voyages, Guillaume Lavallée en garde des images percutantes, parfois difficiles à supporter. Mais elles sont contrebalancées par des rencontres fortes et authentiques qui réconcilient le reporter avec l’espèce humaine. « Il y a plein de gens absolument formidables, ça me secoue toujours. » Ça rend aussi Guillaume Lavallée assez humble; le reporter tente de comprendre, de traquer les confidences et une autre partie de lui confie : « Je suis vraiment peu de chose et, malgré tout ce que je peux dire quand je bois une bière avec mes amis, je ne comprends pas vraiment comment tout ça fonctionne, j’essaie de le mettre en mots, mais il faut reconnaître qu’il y a bien des choses qui nous échappent. » Certaines vérités sont insaisissables. Les situations sont toujours plus complexes qu’au premier abord et Guillaume Lavallée tente justement de montrer « le clair obscur » des choses. Rien n’est aussi tranché que les héros des films de guerre, il n’y a pas de bons et de méchants, mais une infinie d’histoires et de gens avec qui l’on partage une même humanité.

Quant au prix Albert-Londres, le suspense prendra fin le 2 juillet prochain alors que nous connaîtrons le nom du lauréat.

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