Je m’ennuie de Michèle Viroly

7

Tout le monde s’appelle plus ou moins « Jack » dans ce roman. C’est là un signe de la standardisation culturelle, jusquiame qui nous coule insidieusement dans l’oreille en même temps que le miel télévisuel. Un trait d’ironie calibre VLB, qui reprend la lettre des sorties publiques du monsieur contre le « nivellement par le bas ». Mais il s’agit d’un roman, disais-je, non d’un essai. Bowling Jack, le narrateur, l’ouvre avec un sens aigu de la référence : « Moi, c’est par le rêve que je me désavale de moi-même […] », prenant le contre-pied exact de l’incipit de Réjean Ducharme. Quand le monde paraît si grand à embrasser qu’il menace Bérénice dans L’Avalée des avalés, il fuit littéralement, notre Jack, handicapé et cloué devant une télé défectueuse, nombril pourrissant d’un monde misérable. La logorrhée de ce monstre narcissique rabote les aspérités de notre langue propre, nous offrant un brillant morceau de littérature.

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