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Les libraires craquent: essai québécois

Le vide : Mode d’emploi

L’aphorisme est une phrase qui résume en quelques mots une vérité fondamentale. Voilà le genre littéraire dans lequel s’est lancée dans son nouveau livre l’autrice Anne Archet, connue principalement pour ses textes érotiques et polémiques. Dans cet essai qui n’en est pas tout à fait un, elle liste des commentaires sur le monde d’aujourd’hui et de demain. Si le futur de l’humanité y est peu reluisant, c’est avec autodérision, humour et vivacité qu’elle arrive à adoucir ses constats. Elle a aussi un talent incomparable pour ébranler nos certitudes et capter la morosité ambiante. Avec un ton grinçant, cynique, voire provocateur, le livre de l’autrice est moins un mode d’emploi qu’un avertissement : à force de chercher un sens à tout ce qui nous entoure, un vide peut finir par se creuser. Anne Archet est effrontée, certes, mais elle est surtout d’une très grande pertinence.

Les rois du silence

Les rois du silence, d’Olivier Niquet, est une escapade dans la tête d’un introverti. Celui-ci démystifie d’une main de maître les croyances comme quoi ces personnes seraient ennuyeuses, sans opinion ou antisociales. Avec humour et en enrobant parfois son texte de données scientifiques, l’auteur nous amène à mieux comprendre ce type de personnalité, sans en faire nécessairement l’éloge et en y expliquant le besoin de solitude ou encore celui de réfléchir avant de forger une opinion cohérente. Ce livre permettra aux extravertis de mieux comprendre leurs amis moins volubiles. Pour une personne introvertie, cette ode aux silencieux est un bonbon pour l’âme!

Archéologie du Québec : Feu. Lueurs et fureurs

Enfin! Après beaucoup d’attente, j’ai Feu entre les mains! Après Eau, Air et Terre (sans mentionner Fragments d’humanité), les Éditions de l’Homme et le Musée Pointe-à-Callière sortent le dernier titre de cette série magnifique. Le feu, ce dernier élément, mais non le moindre, est celui qui a façonné l’être humain que nous sommes aujourd’hui. Il a modifié notre alimentation, ce qui a favorisé l’évolution de notre cerveau, notre sécurité, notre confort, notre rapport à l’autre, et j’en passe. Jusqu’à tout récemment, nous en étions terriblement dépendants, et ça a laissé des traces sur des milliers d’années de maîtrise. Riche en images, ce recueil de textes nous offre encore une fois un magnifique voyage dans le temps!

Rien de grave n’est encore arrivé

Rien de grave n’est encore arrivé est le titre que l’autrice a choisi pour ses mémoires. On aurait pu tout aussi bien l’intituler : La vie fabuleuse et tumultueuse de Martha Wainwright. En effet, on y raconte la vie tout sauf ordinaire de la talentueuse chanteuse. Il n’est pas toujours évident pour elle de faire sa place, elle qui est née dans le clan Wainwright-McGarrigle. Sa vie remplie d’excès, de musique, de voyages, de rencontres vibrantes, de tournées et de soirées enivrantes laisse parfois place à des moments houleux, pénibles pour la chanteuse. Son divorce difficile, le décès de sa mère, les défis de la maternité en confrontation avec sa carrière en font d’ailleurs partie. Une chose est certaine, peu importe les obstacles, nous sentons à quel point l’amour gagne toujours dans cette famille pas comme les autres où le talent est plus grand que nature. Il ne fait aucun doute qu’à la fin de cette lecture, l’envie vous prendra d’écouter l’œuvre musicale de cette singulière artiste.

Vraies : Un regard sur l’authenticité au féminin

Génial, le travail de cette photographe qui a su élaborer ce projet inhabituel, celui de présenter des femmes connues en cherchant à exposer leur authenticité. Avec générosité, ces femmes ont accepté de se libérer des contraintes et de simplement se prêter au jeu. Parmi les images croquées au naturel, chacune devait choisir une photo et la commenter. Ensuite, la photographe a fait de même ainsi qu’une tierce personne. Le résultat de ce travail en trois photos transperce l’image pour nous rejoindre avec humilité. Enrichis de vérités, nous refermons le livre en savourant un dernier clin d’œil offert par la photographe. Présentation soignée, résultat magnifique.

Moeurs

Le plus récent livre de Deneault renoue en quelque sorte avec l’esprit de La médiocratie (2015), dans lequel l’essayiste décriait l’avènement d’une société où le principe de Peter s’affirmait de plus en plus comme un fait avéré. Sept ans plus tard, non seulement la médiocrité règne toujours au sein des instances les plus cruciales présidant à nos destinées communes, encore brandit-elle maintenant les outils du management et de la gouvernance pour finir d’éviscérer la conduite des affaires d’État de son caractère politique au profit d’une approche gestionnaire dont les mécanismes sont presque par définition coupés des multiples enjeux qui devraient orienter ses actions.

Faux rebonds

D’abord publiées dans la revue Tennis-mag, certaines chroniques de ce recueil ont été remaniées pour notre plus grand plaisir. À celles-ci, l’auteur tennisman a ajouté de courts textes introspectifs, humoristiques ou fantaisistes. Il se joue de nous dans le texte « Le parc » et rend hommage à la relève dans « Shapovalov ». Discipline et contrôle de soi dans ce sport apportent des enseignements salutaires. Retourner la balle n’est pas une mince affaire; le match de la vie non plus. Surviennent parfois de faux rebonds. Truffé de nombreux clins d’œil au tennis, ce petit livre enchantera le lecteur tout en rappelant les grands noms de ce sport.

Télévision queer

Plusieurs études portent sur le cinéma queer, mais très peu encore sur la télévision, dont l’essor des dernières années demeure impressionnant. Cet essai est traversé par cette question centrale : la télévision peut-elle être queer? À l’heure où les représentations sexuelles et de genre n’ont jamais été aussi nombreuses au petit écran, ce livre est d’une pertinence évidente, mais aussi d’une grande qualité. La spécialiste en études culturelles Joëlle Rouleau y réunit des études de cas variés dans leur approche et provenant de différents contextes culturels, dont le Québec, les États-Unis et l’Allemagne. À travers plusieurs médias, tels que le talk-show, la websérie et le téléroman, chaque collaborateur et collaboratrice analyse, réfléchit et se questionne sur les limites et les possibilités du média de mettre en scène des représentations queer radicalement subversives.

Laideronnie

On n’entre pas en Laideronnie, on y est poussé de force, puis enfermé à double tour. Elle influence les moindres faits et gestes du quotidien : la posture se voûte, la voix faiblit, les coins sombres sont recherchés, tout pour passer inaperçu. En s’appuyant sur des souvenirs et des expériences personnelles, Kareen Martel livre un témoignage absolument bouleversant sur la charge agressive associée à la différence corporelle et sur les impacts de la laidophobie dans notre société. Une lueur d’espoir réside tout de même dans la sororité, la bienveillance et l’empathie, l’acceptation de la singularité. Un vibrant appel à la « décolonisation de l’imaginaire », pour transformer le purgatoire de la Laideronnie en territoire riche et inclusif.

Le jeu du rêve et de l’action : Étude du roman d’aventures littéraire de l’entre-deux-guerres français

Les nombreux lecteurs du génialissime Ténèbre ne seront pas surpris d’apprendre que son auteur est aussi celui d’une thèse de doctorat portant sur le roman d’aventures littéraire de l’entre-deux-guerres français. Entre érotisme, orientalisme, mysticisme et symbolisme, le contenu de ladite thèse, magistralement remanié afin d’en rendre la consommation plus digeste, trouve bien sûr écho au sein même du roman ayant valu au plus saguenéen des Français le Prix des libraires en 2021, celui-ci étant en quelque sorte la démonstration de celle-là. Une lecture éclairante et franchement pénétrante qui aura aussi le mérite de vous donner envie de lire tout un tas d’autres livres!

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