Une saison de machettes

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Le reporter Jean Hatzfeld, après avoir fait parlé les rescapés tutsis du génocide rwandais de 1994 (Dans le nu de la vie), poursuit son nécessaire travail de mémoire avec cet ouvrage rassemblant les témoignages des tueurs. Nous sommes d’abord ébranlés par la découverte de l’identité bien ordinaire des « coupeurs » hutus : une bande de copains, des agriculteurs, des instituteurs accomplissant pendant six semaines une impeccable routine meurtrière, prometteuse d’un avenir de « joyeusetés », car débarrassé de ces « avoisinants » tutsis, ces « cancrelats ». Il faut aussi mentionner la banalité de cette tuerie, par ces « agissements surnaturels de gens bien naturels » (p. 273) qui massacraient, sans guère de réticences, des connaissances, des camarades de football avec qui ils partageaient une bière auparavant. Un portrait d’assassins d’une froide objectivité qui rappelle De sang-froid de Truman Capote, un complément essentiel au Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche.

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