Ce que je fais là assis par terre

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Un jardin juste assez gros pour contenir un radis arrosé d’un crachat, un ami vagabond grand conteur et grand buveur, un pigeon apprivoisé, des fissures dans le sol qui révèlent le néant sous l’écorce terrestre : voilà les quelques éléments qui composent l’univers créé par Joël Egloff, dans une pure absurdité qui ne manque pas de déconcerter. De déconstruire, aussi, comme cette ville qui s’éventre sous le regard naïvement lucide du narrateur. La réalité perd tous ses repères, laissant le champ libre à toutes les aberrations que de fragiles façades n’arrivent plus à contenir. Egloff s’est habilement appliqué à opposer à cette trame apocalyptique un ton si léger que l’absurdité joue à merveille son rôle de révélateur de failles en tout genre. Une écriture à la fois amusée et incisive, qui n’est pas sans rappeler celle de Martin Page. Si l’on rit facilement du grotesque de la situation, on ne manque pas de se sentir interpellé par le climat d’indifférence qui semble malgré tout y régner, et qui nous renvoie à celui dans lequel nous baignons.

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