Kim Yaroshevskaya: poupée russe

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Femme exemplaire, gentille comme tout et infiniment tendre dans ses réponses : Kim Yaroshevskaya transpose dans ses Contes d’humour et de sagesse la vivacité de Fanfreluche et la douceur de Grand-Mère. Discussion avec cette icône de la culture québécoise.

Elle a 89 ans, cette Kim Yaroshevskaya qui a vu le jour à Moscou. Malgré son âge, elle reste pétillante et ne cesse de se garder active, notamment grâce à la création : « C’est plus fort que moi. L’inspiration, on ne s’y attend pas et quand ça vient, c’est merveilleux », rêvasse-t-elle. Délaissant cette fois son public de poussinots et de poussinettes, Kim Yaroshevskaya a écrit Contes d’humour et de sagesse pour ceux et celles à qui l’on ne raconte peut-être plus suffisamment d’histoires : les adultes. « J’ai choisi des contes qui me parlent, à moi, donc qui parleront probablement à d’autres. »

Les textes, dont certains se révèlent plus autobiographiques que d’autres, nous entraînent littéralement dans un monde peuplé d’animaux, d’humains imparfaits, de Dame Nature qui prend parole ou encore d’une petite fille, en Russie, qui souhaite une poupée… Ces personnages, qu’ils soient humains ou non, trouvent écho en nous, et la comédienne l’explique ainsi : « On se reconnaît davantage dans les émotions d’un personnage que dans ses actions. Nos ressemblances sont plus évidentes lorsque nos émotions sont dépeintes sur des animaux : on est plus ouverts à les reconnaître sur un ours ou sur un loup que sur un autre humain ordinaire comme nous. »

Ainsi, ces histoires inspirées des contes de toutes les religions ainsi que de tous les horizons nous poussent à réfléchir sur les aberrations de la vie, mais aussi sur ces moments d’amour infini. Et comme ces textes s’adressent à un public adulte, ils sont loin de tomber dans la facilité et ne frôlent pas les histoires fleur bleue : « J’écris sur absolument tout, quand ça va mal comme quand ça va bien. J’écris en fait pour cerner le mal, pour m’en réconcilier. Je ne serais pas portée à écrire si la vie n’était composée que de bonheur. Ce qui me fait mal me fait produire du bien », se confie l’auteure, dévoilant ainsi un indice sur la raison de la profondeur des thèmes abordés.

Tradition et modernité
L’imaginaire de plus d’une génération aura certes été marqué par celle qui a personnifié brillante manière le bonheur de raconter une histoire. Que ce soit cette poupée aux robes extravagantes qui entrait littéralement dans les livres pour en changer le cours de l’histoire ou encore cette figure de l’aïeule dans Passe-Partout qui racontait avec tant d’amabilité des récits aux petits, Kim Yaroshevskaya prouve que la simple évocation de mots, sans image, est assez puissante pour remuer en nous bien des mondes.

« Mon père me lisait des contes lorsque j’étais petite. Je me souviens avoir ri avec éclats la première fois! Je devais avoir 3 ans », se remémore-t-elle. Elle poursuit ensuite, exprimant son amour pour cet art de la tradition orale. « Le conte est la plus vieille expression humaine. C’est une mini-pièce de théâtre, à la base de toutes les autres formes de littérature. Un bon conte, c’est une sorte de témoignage de la vie, qui est à la fois une comédie, une tragédie. On passe toujours un message, quoi qu’on dise. Un tel récit a plusieurs facettes et on peut le lire de différentes façons. Chaque fois que je relis un conte, j’y trouve quelque chose de nouveau. »

Celle qui, jusqu’à tout récemment, animait encore un atelier sur le conte à l’École nationale de théâtre a longtemps lu les contes de Perrault et dit les avoir beaucoup appréciés. « C’est beau de voir les personnages dans des costumes de princesses plutôt que dans des jeans! », dit-elle, avant d’ajouter que les contes modernes n’ont par contre rien à envier à leurs prédécesseurs, puisque plusieurs sont tout simplement magnifiques. « Au moment de l’émission de Fanfreluche, j’étais l’une des rares qui faisaient des contes. Maintenant, au contraire, c’est très populaire! Il y a des festivals de contes, des soirées et, avec des gens comme Michel Faubert ou Fred Pellerin, qui ont un très grand talent de conteur, c’est un art de plus en plus vivant! »

Au-delà du texte
« Quand j’ouvre un vieux livre que j’aime, des feuilles séchées en tombent », partage Mme Yaroshevskaya. On l’imagine immédiatement se plonger dans un grand bouquin à la reliure de tissu et à l’odeur de papier jauni. « J’aime tellement ramasser les feuilles à l’automne! Je les fais ensuite sécher entre les pages de mes livres. Et comme dans mon recueil on retrouve de vieux contes, je me disais que dessiner des images de plantes était à propos! », ajoute celle qui a entièrement illustré son recueil, avec talent, d’images florales.

Fidèle à la tradition orale qui fait la marque des conteurs, Mme Yaroshevskaya a tenu à accompagner son recueil d’un enregistrement audio. Les nostalgiques pourront ainsi taquiner leur mémoire, au son de la voix mélodieuse et la prononciation sans faille de la conteuse. Souvenirs et sourires se glisseront alors assurément à l’oreille du lecteur attentif, qui se laissera porter au gré des univers dont l’auteure consent, avec tant de tendresse, à lui ouvrir la porte.

Approchez. Kim Yaroshervskaya va raconter un beau conte à sa manière…

 

Photo © Georges Khayat

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