Diane Lacombe: L’Écosse, toujours l’Écosse

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En mars 2000, Diane Lacombe quitte son emploi le temps d'un congé sans solde, qu'elle meuble avec un projet d'écriture romanesque qui n'a d'autre but que de la divertir. Malgré son tirage confidentiel de 100 exemplaires, ce premier roman situé dans l'Écosse médiévale suscite une telle ferveur chez son lectorat restreint qu'il finit par atterrir chez VLB éditeur. La «Trilogie de Mallaig » connaît alors un succès exceptionnel dans le monde de la littérature populaire québécoise. À peine un an après avoir fait ses adieux aux héros et héroïnes de cette saga, Diane Lacombe revient avec un nouveau roman, Gunni le Gauche, qui relate les aventures d'un jeune Scandinave païen dont le désir de fuir une condition d'esclave le fait échouer sur les côtes écossaises en l'an 1019, où il croisera bien sûr l'amour en la personne de la belle Moïrane.

Ses fans les plus assidus auraient volontiers pardonné à Diane Lacombe de s’autoriser une pause bien méritée après la conclusion de son imposante trilogie, ne serait-ce que pour lui permettre de faire le deuil de ces personnages avec qui elle avait vécu si intensément. Mais la populaire romancière a préféré plonger tête première dans un nouvel univers romanesque. «L’écriture est devenue pour moi un mode de vie, explique candidement l’auteure. J’ai la chance d’être à la retraite, j’écris à temps plein, de neuf à cinq. À ce rythme-là, on peut aisément écrire un livre par année.» C’est à se demander si cette nouvelle épopée ne germait pas déjà dans son esprit alors qu’elle en était aux derniers milles de L’Hermine de Mallaig. «En fait, l’idée m’est venue vers la fin de la rédaction du dernier tome, quand je me suis intéressée à une petite découverte que j’ai faite au fil de mes recherches historiques sur les différents peuples qui ont formé l’Écosse et sur l’apport des Vikings. C’est là que j’ai décidé d’explorer cet aspect de l’histoire écossaise», explique Diane Lacombe.

En dépit de quelques parentés thématiques – dont le motif de l’amour contrarié qui unissait Sorcha et Baltair dans la trilogie et qui, cette fois, lie le païen Gunni à la chrétienne Moïrane –, Gunni le Gauche se distingue des œuvres qui l’ont précédé. «D’abord, je n’ai pas l’impression pour le moment qu’il s’agira d’une saga, contrairement à ce que voudrait mon éditeur, lance la romancière. Dans le cas de « Mallaig », j’ai pensé presque dès le début en termes de trilogie. Cette histoire n’arrivait pas à se terminer dans mon esprit, j’ai toujours senti qu’elle devait se développer sur plusieurs époques avec, comme fil conducteur, ce lieu : Mallaig. Lors de l’écriture de La Châtelaine de Mallaig, le personnage de l’Hermine m’avait beaucoup interpellée, et m’a d’ailleurs fait retourner dans le temps pour raconter son histoire. Pour Gunni, j’ai jusqu’à présent l’impression que c’est un roman unique, qu’il n’y aura pas de retour en arrière ni de suite…» Quoique…

Rencontre des cultures
En filigrane de ce roman, Diane Lacombe aborde un thème qui est tout à fait d’actualité, celui de la concurrence, voire du conflit entre deux religions, deux systèmes de pensée, deux conceptions du monde : en l’occurrence, les croyances vikings auxquelles souscrit son héros, et la foi chrétienne que voudrait bien lui voir épouser la belle Moïrane. «Je ne sais pas si j’ai été sensible à ce qui se passe ces jours-ci, affirme Diane Lacombe. Il est vrai que j’étais en pleine rédaction de mon roman l’hiver dernier quand a éclaté la controverse des caricatures de Mahomet. Mais la question religieuse s’est imposée au fil de mes lectures. Vous savez, les Vikings ont été les derniers Européens à adopter la religion du Christ et j’ai été franchement fascinée par la manière dont ça s’est fait. Comme l’ensemble des peuples celtiques, ces gens n’ont pas tout de suite renoncé à leurs croyances et à leurs dieux, et ils ont fait se côtoyer tout ça dans une même pratique religieuse, très reliée à la terre, à la mer, aux forêts. Leur histoire n’illustre pas tant un duel entre deux religions que la manière dont elles ont pu se côtoyer dans le quotidien.»

D’un livre à l’autre, en tous cas, l’intérêt de Diane Lacombe pour l’Écosse et l’époque médiévale ne se dément pas. Comme par le passé, elle fait intervenir au fil de son intrigue des personnages aux références historiques exactes. «Les rois dont il est question ici ont vraiment existé, tant ceux de la Norvège que ceux de l’Écosse. Il faut peut-être rappeler que ces pays n’étaient pas encore unifiés comme aujourd’hui, et que s’y côtoyaient plusieurs royaumes. J’ai cet intérêt pour le Moyen Âge depuis très longtemps; je suis fascinée par l’espèce d’homogénéité de ces sociétés-là, sans doute liée à la religion, mais aussi par tout le système féodal. Bien sûr, avec Gunni, je suis remontée plus loin dans le temps, au tout début du Moyen Âge. Et c’est peut-être une zone moins familière, sur laquelle j’avais moins d’information», expose la romancière.

Du coup, l’écriture de ce nouveau roman a exigé de Diane Lacombe davantage de recherche documentaire, ce qui n’était certes pas pour lui déplaire, tant son amour pour ce qu’elle qualifie de pays d’adoption est profond. «Plus je travaille sur l’Écosse, plus j’y séjourne en visite, et plus je trouve d’affinités entre l’Écosse et le Québec, que ce soit sur le plan du pays dans sa géographie que sur celui du peuple lui-même», remarque-t-elle. Difficile alors de passer sous silence le séjour de dix jours en Écosse auquel la romancière conviait, en juin dernier, une trentaine de fidèles lectrices et lecteurs pour souligner la parution de la «Trilogie de Mallaig» en coffret. «C’était une belle aventure, nous formions un beau groupe, même s’il réunissait des personnes qui ont beaucoup voyagé et qui n’aiment pas forcément les voyages organisés, à commencer par moi-même, rigole l’auteure. Ce qui était intéressant dans cette excursion thématique, c’est que nous l’avions conçue en fonction des lieux où se déroulent mes romans. J’avais avec moi des lecteurs et ç’a donné des rencontres et des discussions passionnantes autour des tables, à l’heure du souper. Voilà ce qui était extraordinaire : de discuter littérature avec des lecteurs assidus, qui ne lisent pas que du Diane Lacombe, bien sûr, et qui m’ont permis de faire encore d’autres découvertes.»

Visitez aussi le site Internet de l’auteure [www.edvlb.com/DianeLacombe], où l’on peut lire notamment deux nouvelles inédites.

Bibliographie :
Gunni le Gauche, VLB éditeur, 432 p., 24,95$
La Châtelaine de Mallaig, Sorcha de Mallaig et L’Hermine de Mallaig, VLB éditeur, 544 p., 496 p. et 526 p., 29,95$ ch.

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