Prix des libraires jeunesse: finalistes 12-17 ans

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Ils sont neuf Québécois, trois finalistes dans chacune des trois catégories, a avoir conquis le cœur du comité de sélection du Prix des libraires du Québec. Le libraire a contacté chacun de ces finalistes, tous aussi originaux que doués, afin qu’ils nous ouvrent la porte de leur atelier d’écriture. Ci-dessous, vous trouverez les entrevues avec les finalistes de la catégorie 12-17 ans. 

Le grand lauréat de chacune des catégories sera connu en septembre. Entre-temps, le sort de leur livre se retrouve entre les mains de tous les libraires du Québec, qui voteront afin de récompenser les grands récipiendaires. Pour en apprendre davantage sur le Prix des libraires du Québec, nous vous invitons à lire l’article : Le Prix des libraires du Québec : Lire un peu, beaucoup, passionnément, à la folie!

 

MARTINE LATULIPPE

Pour Le cri

Éditions Québec Amérique

Martine Latulippe nous offre une rude plongée dans la vie d’Alexia, jeune fille qui rêve de faire partie de la gang populaire de son école, notamment pour le beau Antoine. Mais Alexia se rendra progressivement compte que le groupe intimide outrageusement Maude, sa voisine et amie d’enfance. Entre désir de préserver ses valeurs et besoin de plaire, ce roman, loin de sombrer dans le pathos, donne la parole à une protagoniste qui expérimente ce que bien des lecteurs ou lectrices vivent : être témoins sans savoir comment réagir.   

 

Décider de traiter de l’intimidation à l’école était un choix risqué. Pourquoi avoir choisi l’angle de celle qui regarde, plutôt que de celle intimidée?

J’avais l’histoire du Cri en tête depuis des années, mais j’avais du mal à me lancer dans l’écriture… J’ai essayé de me placer dans la peau de l’intimidée, mais je craignais que ça sonne faux, n’ayant rien vécu de tel. Même chose pour l’intimidateur. J’ai finalement choisi de donner la parole à une jeune fille qui sera témoin d’une telle situation, comme je l’ai déjà été. Beaucoup d’adolescents vivront l’intimidation sous cet angle, celui du témoin, de l’observateur.

Vous écrivez beaucoup de séries pour la jeunesse (« Julie », « Émilie Rose », « Marie P », etc.). Travaillez-vous de la même façon lorsque vous écrivez une série que lorsque vous écrivez un livre « unique »?

C’est assez différent. Chaque fois, je garde plus longtemps en tête mon histoire unique. Comme si, avant d’entreprendre le projet, je voulais bien connaître les personnages, les étoffer, découvrir leur histoire, leurs motivations. Dans le cas d’une série, je connais déjà mes personnages, leur entourage, leur façon de parler, leurs réactions… je me lance dans l’action plus rapidement !

Avez-vous un rituel d’écriture précis?

Non… je dois avouer que je n’ai aucune discipline ! Je passe mon temps à prendre des notes partout, j’ai cinq ou six carnets commencés en même temps et j’y écris sans arrêt. Les idées viennent le plus souvent quand je ne suis pas chez moi. J’aime être dépaysée, hors de mon élément habituel. C’est très inspirant ! Pour vous dire à quel point j’aime écrire partout, je viens de terminer un roman (Marie-P) que j’ai écrit entièrement dans des chambres d’hôtel ces derniers mois, lors de tournées scolaires ! Par contre, une constante : ma période d’écriture préférée est sans conteste le soir.

Quel effet ça vous fait d’être dans la liste des finalistes du Prix des libraires du Québec, donc d’être reconnue par les libraires?

C’est un grand honneur, un grand bonheur ! Je ne compte plus le nombre d’heures que j’ai passées (et que je passe encore !) en librairie, j’ai souvent eu de gros coups de cœur de lecture à la suite de recommandations de libraires, je suis donc pleinement consciente de l’importance du rôle qu’ils jouent dans le milieu du livre ! Savoir que Le cri leur a plu me touche beaucoup.

 

 

ANDRÉ MAROIS

Pour Les voleurs de mémoire

Aux éditions de la courte échelle

C’est une dystopie se déroulant en 2039 que nous offre André Marois. Avec Les voleurs de mémoire, l’auteur d’origine française utilise comme point de départ la devise québécoise « Je me souviens » afin d’établir sa trame narrative. Alors que la canicule fait rage sur tout le pays, une étrange maladie qui efface la mémoire se répand telle une épidémie. Le lecteur suivra donc Lolla, 14 ans, proclamée l’Aînée de la nouvelle génération des Québécois. C’est en sauvant un hors-la-loi contaminé que les choses se corseront… Les Voleurs de mémoire fait suite à Les voleurs d’espoir, mais notez que les deux romans se lisent indépendamment sans problème.

 

Vous écrivez pour les jeunes, mais également pour les adultes. Quel bonheur trouvez-vous à écrire pour un public jeunesse, et quelles sont les principales contraintes?

L’écriture de mes deux Voleurs fut un pur plaisir. Imaginer un monde, plonger dans le futur, inventer des machines, créer des noms, ce n’est que du bonheur. La principale contrainte du public jeunesse – adolescent dans mon cas – est de respecter l’intelligence des lecteurs et de ne jamais tomber dans la facilité ni le prêchi-prêcha.

Les voleurs de mémoire est en fait la suite de Les voleurs d’espoir, paru en 2001. Que s’est-il passé entre 2001 et 2012? Pourquoi avoir pris autant d’années pour écrire la suite?

J’ai toujours voulu écrire cette suite, mais j’ai été pris par d’autres projets d’écriture. Jusqu’au jour où j’ai lu un article sur les dystopies qui m’a fait découvrir que j’en avais écrit une sans le savoir. J’en ai parlé sur mon blogue, en racontant que j’avais toujours pensé à une suite pour mes Voleurs d’espoir. Nadine Robert, éditrice jeunesse à la courte échelle, a lu mon billet et m’a aussitôt invité à écrire ce deuxième tome — ce que je me suis empressé de faire. Il faut parfois un petit encouragement ou un coup de pied au derrière pour se lancer dans une nouvelle écriture. Merci Nadine pour ces Voleurs de mémoire!

Internet est très présent dans votre œuvre : il sert parfois les bons, parfois les méchants. Quelle opinion avez-vous de cette nouvelle technologie? 

Internet nous fait vivre en direct une fabuleuse révolution des communications et du partage du savoir. Comme tout outil, il peut servir à faire du bien autant que du mal, selon qui l’utilise. Pour un romancier de polar et de science-fiction dans mon genre, il représente donc un extraordinaire terrain de jeu.

Quel effet ça vous fait d’être dans la liste des finalistes du Prix des libraires du Québec, donc d’être reconnu par les libraires?

C’est une grande fierté, car les libraires sont des lecteurs exigeants et des passeurs de choix. Se retrouver finaliste offre la perspective d’être découvert par un plus large public. C’est donc un véritable encouragement, qui m’a décidé à écrire le troisième tome de mes Voleurs. Après 2024 et 2039, nous irons faire un tour en 2053.

 

LAURENT CHABIN

Pour 15 ans ferme 

Aux éditions Hurtubise

Laurent Chabin, qui manie aussi habilement l’écriture de polar pour la jeunesse que celle pour les adultes, sème une énigme particulièrement intéressante avec 15 ans ferme : qu’est-ce qui relie entre eux un riche avocat, son épouse et un immigrant roumain? Sans qu’on ne s’y attende, ce sera la thématique de l’esclavage contemporain – l’écart entre riches et pauvres, le respect entre les classes, etc. – qui viendra donner toute sa saveur à ce roman dont l’enquête est ficelée de main de maître.  

 

Vous écrivez pour les jeunes, mais également pour les adultes. Quelles sont les limites à ne pas dépasser lorsqu’on écrit des romans policier pour un public adolescent par rapport à un public adulte? 
 
L’écriture de romans pour adolescents, par rapport à un public adulte (en dehors d’évidentes restrictions en matière de scènes de sexe), n’implique pour moi aucune limite particulière, si ce n’est qu’il vaut mieux éviter les passages ennuyeux et inutiles à l’intrigue (extrêmement fréquents dans la littérature dite pour adultes), ainsi que le nombrilisme et les problèmes personnels particuliers aux quinquagénaires, dont les ados se moquent bien.
 
On retrouve beaucoup d’injustices sociales dans votre roman, en trame de fond. En quoi cela vous touche-t-il? Pourquoi avoir choisi d’en parler?
 
Les injustices sociales ne peuvent qu’apparaître dans des romans qui se veulent réalistes, puisqu’ils font justement (et malheureusement) partie de la vie réelle. Mon approche de ces problèmes dans mes romans policier pour ados est cependant très orientée : je cherche surtout à montrer qu’ils ne sont pas inévitables et qu’on n’est pas obligé de les accepter.
 
Vous écrivez à un rythme assez impressionnant! Combien d’heures par jour accordez-vous à l’écriture? Avez-vous un rituel d’écriture précis?
 
N’ayant aucune autre activité que l’écriture, mon rythme est tout à fait illusoire (en fait, j’écris très lentement). Lorsque j’écris un roman, je le fais avec un minimum d’interruptions possible, afin de rester dans l’atmosphère de l’histoire le temps de son écriture. Ce qui suppose en général un rythme de 7 jours sur 7, avec 6 à 8 heures quotidiennes. Évidemment, ce rythme idéal, je ne le maintiens jamais… Mon seul rituel d’écriture est d’ordre spatial : je ne suis capable d’écrire ailleurs que dans mon bureau. C’est idiot et contraignant, mais je n’y peux rien…
 
Quel effet ça vous fait d’être dans la liste des finalistes du Prix des libraires du Québec, donc d’être reconnu par les libraires d’ici? 
 
Je suis bien sûr ravi d’être finaliste de ce prix. Cependant, me considérant moi-même comme un écrivain québécois (ce qui semble d’ailleurs évident pour les lecteurs que je rencontre à longueur d’année lors de nombreuses rencontres en milieu scolaire), la question me semble un peu incongrue… je serais bien plus étonné d’être reconnu par les libraires du Zimbabwe ou du Laos!

 

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